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Niklas Süle : les jeudis de la balance et le sauna en imperméable

Niklas Süle, confessions d’un colosse : les jeudis de la balance et le sauna en imperméable

Quand Niklas Süle a annoncé mettre un terme à sa carrière, beaucoup ont ressorti les images de ses années au Bayern Munich, ses duels gagnés, ses sprints improbables pour un joueur de ce gabarit. Lui a choisi autre chose. Sur le podcast « Spielmacher », l’Allemand a levé le voile sur un pan beaucoup plus sombre de son passage en Bavière : sa guerre hebdomadaire avec la balance.

Les jeudis de la balance

Tout part d’un nom : Jupp Heynckes. Pour Süle, l’entraîneur légendaire a été « un mentor incroyable ». Mais un mentor exigeant, obsédé par un détail : le poids de son défenseur.

« Nous avions des pesées au Bayern le jeudi », raconte Süle. Et là, le rituel devient presque irréel. Le mercredi, plus rien. Pas un repas. Une journée entière à jeûner. Le soir, direction le sauna… avec un imperméable de pluie sur le dos.

Le défenseur décrit la scène : sauna au sous-sol, sueur à outrance, corps vidé. Le lendemain, la balance affiche deux kilos et demi de moins. Objectif atteint. À quel prix ?

En remontant les trois étages jusqu’à la chambre, Süle vacille. « J’ai ouvert la fenêtre, je me suis penché dehors et j’ai respiré pendant dix minutes parce que je pensais que j’allais m’évanouir », confie-t-il. L’image est brutale. Celle d’un international allemand, joueur du Bayern, réduit à des techniques de boxeur ou de combattant de MMA pour rentrer dans les clous.

Le paradoxe Heynckes

Le week-end arrive. Süle joue. Le Bayern gagne. Heynckes le félicite : « Tu vois ? Tu as beaucoup mieux joué maintenant. » La conclusion de Süle claque : « En réalité, mon poids était exactement le même qu’avant. »

Tout était donc illusion. Une déshydratation express, vite effacée par la récupération naturelle du corps. Le défenseur avait simplement joué ce jeu dangereux, semaine après semaine, pour satisfaire une exigence chiffrée qui, sportivement, ne changeait rien.

Ce n’était pas un caprice isolé. Chez Süle, le poids et la condition physique ont toujours plané comme une ombre au-dessus du talent.

Un colosse qui savait courir

Car au-delà des chiffres sur la balance, il y a le joueur. À son meilleur niveau, Süle n’était pas qu’un grand gabarit. Il était une présence. Une silhouette massive, mais capable d’accélérations que beaucoup n’imaginaient pas. Oui, il allait vite. Très vite, même, pour un défenseur de cette taille.

Sur le côté droit, quand on lui demandait d’occuper le poste de latéral, il devenait presque une anomalie tactique : sans doute l’un des arrières droits les plus imposants physiquement que le football moderne ait connus. Puissance, envergure, vitesse suffisante pour fermer son couloir et accompagner les transitions.

Dans l’axe, c’était un autre registre. Un « nettoyeur » de surface. Fort dans les duels, solide face aux attaquants puissants, assez rapide pour gêner les buteurs les plus explosifs. Un défenseur qui, par séquences, semblait taillé pour dominer sa génération.

Toujours cette même question

Et pourtant, toujours la même discussion. Toujours ce débat sur son poids, sa forme, son sérieux physique. Par moments, Süle paraissait au-dessus de tout ça, capable de jouer, de gagner, de s’imposer, quelle que soit l’aiguille de la balance. À d’autres périodes, cette obsession pour son corps semblait l’enfermer dans un cycle sans fin : critiques, efforts extrêmes, rechutes.

Certaines joueurs, on le sait, performent quel que soit leur gabarit. Peut-être que Süle faisait partie de cette catégorie, finalement. Ou peut-être que, avec une gestion plus saine, moins obsessionnelle, il aurait encore repoussé ses limites, prolongé son sommet, changé la perception de toute une carrière.

Ce qui reste, aujourd’hui, c’est le portrait d’un défenseur capable de fulgurances, d’un colosse qui a parfois semblé coincé entre ce qu’il était, ce qu’on voulait qu’il soit, et ce que la balance affichait chaque jeudi matin.