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Newcastle et Jaissle : un pari risqué ou un coup de génie ?

Newcastle a tranché. Pour succéder à Eddie Howe, le club s’en remet à un Allemand de 38 ans, sans la moindre minute d’expérience en Premier League. Un pari. Peut-être un coup de maître.

Car le technicien germanique a déjà marqué des points en interne comme en externe avec ses premiers mots, sa communication maîtrisée et une attitude qui plaît. Il arrive pourtant dans un contexte brutal : la moitié de la Premier League s’est retrouvée récemment à la recherche d’un nouvel entraîneur, asséchant le marché des coachs « prêts à l’emploi » et déjà rôdés au championnat anglais. Les profils disponibles, capables d’apporter à la fois expérience du très haut niveau et connaissance du pays, ne courent pas les rues.

La fin de l’ère Howe

Newcastle sort de près de cinq ans d’Eddie Howe. Cinq années intenses, conclues par 231 matchs sur le banc, une qualification en Ligue des champions et un trophée en Carabao Cup en 2025. Une période fondatrice de l’ère nouvelle sous pavillon saoudien.

À l’annonce de son départ, le technicien de 48 ans a livré un message chargé d’émotion. Il a expliqué avoir pris sa décision « après une période de réflexion personnelle », estimant que « le bon moment » était venu pour se retirer de son poste d’entraîneur de Newcastle United.

Howe a parlé d’un engagement total, de « près de cinq ans à donner [sa] vie, [son] cœur et [son] âme au club avec une énergie inlassable », avant de reconnaître qu’il devait « se retirer, recharger les batteries et faire une pause », convaincu que c’était « dans l’intérêt du club et de [lui]-même ».

Il a insisté sur le fait qu’il avait « toujours placé les intérêts de Newcastle avant [les siens] dans chaque décision » prise, et que celle-ci ne faisait pas exception. Puis il a conclu en qualifiant ce passage à la tête des Magpies de « privilège de [sa] vie », avouant qu’il était « difficile de mettre en mots » ce que le club, la ville et les supporters représentaient pour lui et sa famille.

Une page se tourne. Brutalement.

Un marché saturé, des pistes verrouillées

Newcastle a exploré le marché. Longtemps. Le club a été lié à Jose Mourinho avant que le « Special One » ne choisisse de retourner au Real Madrid. D’autres noms ont circulé, tout aussi séduisants sur le papier : Andoni Iraola, Enzo Maresca, Oliver Glasner.

Problème : tous ont déjà trouvé preneur en Premier League. Iraola à Liverpool, Maresca à Manchester City, Glasner à Nottingham Forest. Les Magpies arrivent après la bataille, face à un marché où les entraîneurs en vue ont soit déjà un banc, soit des ambitions encore plus hautes.

Le cas de Fabian Hürzeler, aujourd’hui à Brighton, illustre bien la difficulté. À 33 ans, le coach allemand figure dans les profils qui auraient logiquement pu intéresser Newcastle. Mais il est considéré comme attendant une opportunité jugée « plus prestigieuse ».

Barnes : « Qui a l’expérience Premier League disponible ? »

Pour John Barnes, ancien milieu de Newcastle, ce contexte explique en grande partie le choix Jaissle. Interrogé par GOAL, dans le cadre d’une intervention pour 247Bet, il a posé la question qui fâche : où trouver, aujourd’hui, un entraîneur disponible avec une vraie expérience de la Premier League ?

« Où allez-vous chercher de l’expérience en Premier League ? Qui allez-vous prendre ? Je ne sais pas qui est disponible pour leur apporter cette expérience », a-t-il lancé.

Selon lui, Newcastle a donc décidé d’emprunter une autre voie, en sortant du cercle habituel des coachs déjà installés dans le championnat. Et c’est là que le bât blesse pour les Magpies : les entraîneurs qui brillent dans des clubs comme Brighton ou Bournemouth ne regardent plus forcément vers St James’ Park comme un tremplin.

Barnes estime que ces profils-là visent plutôt des géants historiques : « Si vous regardez l’entraîneur de Brighton ou celui de Bournemouth, comme Iraola l’était, ils regarderont vers un club comme Manchester United, Liverpool, Arsenal, Chelsea si des changements surviennent. »

Son constat est tranchant : « Je ne pense pas qu’un entraîneur qui réussit dans ces clubs va forcément dire : “Eh bien, je vais aller à Newcastle”, avec tout le respect que je leur dois. »

Selon lui, un coach qui performe dans ce type de structure choisira soit de rester en place, soit d’attendre une ouverture dans un club perçu comme plus prestigieux.

Un pari obligé pour rester dans le jeu

Newcastle se retrouve donc dans une zone grise. Trop ambitieux pour recycler un profil de second plan. Pas assez « institution » pour attirer automatiquement le prochain grand nom à la mode, déjà confortablement installé en Premier League ou en quête d’un banc dans un club historique.

Dans ce paysage saturé, le choix d’un jeune entraîneur européen sans expérience du championnat anglais ressemble moins à une lubie qu’à une conséquence logique du marché. Un risque, oui. Mais un risque presque imposé.

Reste une question, la seule qui comptera vraiment dans quelques mois : ce pari sur Jaissle fera-t-il de Newcastle un véritable poids lourd durable du haut de tableau, ou marquera-t-il le premier vrai coup d’arrêt du projet ?