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Moises Caicedo : L'héritier de Makelele à Chelsea

En 2003, quand Roman Abramovich commence à remodeler l’ouest londonien à coups de millions, Chelsea arrache Claude Makelele au Real Madrid. Un coup de force. Le Français, déjà installé parmi l’élite mondiale, devient très vite la pièce maîtresse d’un projet qui va changer le visage du club.

Un an plus tard, José Mourinho débarque. Le décor bascule. Le “Special One” façonne une équipe quasi intouchable lors de sa première saison de Premier League : seulement 15 buts encaissés en 2004-05. Au cœur de ce mur bleu, Makelele. Il éteint les attaques adverses avant même que John Terry ou Petr Cech n’aient besoin d’intervenir. Il redéfinit le rôle de sentinelle. Le fameux numéro 6, celui qui modifie un match sans forcément apparaître sur la feuille de stats.

Héritage

Vingt ans plus tard, un autre milieu porte cet héritage à Stamford Bridge : Moises Caicedo. Recruté en 2023 pour un montant avoisinant les 100 millions de livres en provenance de Brighton, l’Équatorien a longtemps été freiné par des pépins physiques. Mais le moteur tourne de nouveau à plein régime. Et la comparaison avec Makelele commence à revenir avec insistance.

Gustavo Poyet, ancien milieu de Chelsea, tempère pourtant l’emballement tout en soulignant l’importance du joueur. Selon lui, Caicedo doit maintenir ce niveau “pendant quelques années” avant de pouvoir être placé au même rang que Makelele. Trop tôt pour graver son nom dans cette lignée. Mais déjà impossible de nier son poids dans l’équipe actuelle.

Impact sur l’équipe

La différence saute aux yeux. Poyet rappelle le contraste entre les premiers matches sans Caicedo et les derniers avec lui. Le milieu sud-américain change le visage du collectif, surtout dans le système que Xabi Alonso tente de mettre en place, en libérant les trois joueurs offensifs devant lui. Il sécurise, il équilibre, il couvre. Il permet aux autres de briller.

Un autre facteur entre en jeu : la présence de Jordan Henderson à ses côtés. Un renfort que peu imaginaient aussi précieux. Le vétéran anglais lui offre un cadre, de la parole, de l’expérience. Caicedo peut alors être pleinement lui-même, plus agressif, plus influent, sans porter seul tout le poids de l’axe. Poyet le dit clairement : cette saison, le numéro 25 est un joueur clé. À condition de rester sur pied.

Historique des milieux défensifs

L’histoire des grands milieux défensifs à Chelsea ne s’arrête pas à Makelele. En 2016-17, N’Golo Kanté marche sur la Premier League. Champion surprise avec Leicester, il enchaîne avec un titre sous Antonio Conte et installe une autre forme de domination : celle d’un joueur qui semble couvrir le terrain à lui seul. Poyet l’avoue : il n’a jamais vu quelqu’un courir autant.

Makelele, Kanté, Caicedo. Trois profils différents, une même fonction vitale. Lire le jeu avant les autres. Se placer là où le danger va naître, pas là où il vient d’exploser. Boucher les angles, guider les partenaires, orienter le pressing, absorber les transitions. Le football moderne adore parler de possession, de circuits de passes, de style “Barcelona” ou “Guardiola”. Poyet rappelle une évidence souvent oubliée : sans un vrai numéro 6, “à l’ancienne”, planté devant la défense, aucune grande équipe ne tient longtemps.

Caicedo, lui, coche déjà beaucoup de cases. À 24 ans, il s’impose comme l’un des premiers noms couchés sur la feuille de match. Son volume de jeu, sa capacité à gratter des ballons, à relancer proprement et à commander le bloc en font un repère pour ses partenaires. Il a même porté le brassard de capitaine sur certaines rencontres, signe clair de la confiance accordée en interne.

Son palmarès commence à se remplir, avec une Conference League et une Coupe du monde des clubs déjà en poche. La question est désormais simple : peut-il, à son tour, mener Chelsea vers le titre en Premier League, comme Makelele et Kanté avant lui ? Poyet, présent en tribune lors d’un match face à Bournemouth, insiste sur un détail souvent invisible pour le grand public : la fluidité offensive repose sur ce joueur que l’on regarde rarement. Celui qui, sans frapper aux 25 mètres ni multiplier les dribbles, dicte pourtant l’équilibre général par ses placements, ses consignes, ses couvertures.

Pendant que Chelsea continue de dépenser massivement pour entourer son milieu – avec Cole Palmer, Morgan Rogers, Joao Pedro ou Emi Martinez pour compléter le puzzle offensif – le centre de gravité de l’équipe reste le même : ce numéro 25 qui protège, oriente et relance l’ambition du club.

La comparaison avec Makelele attendra encore. Mais si Chelsea veut remonter au sommet de l’Angleterre et de l’Europe, tout indique que la route passera, une fois de plus, par son numéro 6.