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Milos Kerkez : La nouvelle étoile de Liverpool

Sur un toit de Chicago, Milos Kerkez rit aux éclats. On vient encore de le féliciter pour un mariage qui n’a jamais été le sien.

« Non ! C’est faux, tout le monde se trompe ! » lâche le latéral de Liverpool, presque excédé de bonne humeur. La fameuse photo où il accompagne une mariée à l’église, dans sa ville de Vrbas, a fait le tour des réseaux. Résultat : des milliers de messages, des “félicitations” à n’en plus finir, jusqu’au sein du vestiaire des Reds. Sauf que le marié, c’était son grand frère, Rade. En Serbie, explique-t-il, c’est simplement la tradition : le plus jeune frère conduit la mariée à l’église.

Lui n’est pas marié. Pas pressé non plus. D’autres engagements l’attendent : s’installer définitivement à Liverpool, assumer le couloir gauche, et sortir de l’ombre immense laissée par Andy Robertson.

D’Iraola à Iraola, le virage parfait

L’été de Kerkez a été tout sauf calme : un retour au pays, des vacances au Monténégro et en Espagne, un réveil brutal un matin en Serbie quand son frère frappe à la porte de sa chambre pour lui annoncer le licenciement d’Arne Slot, un an seulement après un titre de Premier League. Incrédulité. Messages échangés avec le Néerlandais. Puis, presque aussitôt, une nouvelle qui change tout : l’arrivée d’Andoni Iraola.

Pour Kerkez, ce n’est pas un pari. C’est une valeur sûre.

Le défenseur connaît déjà le Basque mieux que quiconque dans le vestiaire de Liverpool. Sous ses ordres à Bournemouth, il est passé du statut de jeune latéral prometteur à celui de défenseur évalué à 40 millions de livres, élu dans l’équipe de l’année de la PFA en 2024-25. Deux saisons qui ont façonné son jeu et son caractère.

« J’étais ravi, honnêtement », confie-t-il à propos du choix de Liverpool. Iraola, dit-il, l’a « aidé » et « beaucoup amélioré ». Il sait aussi que le nouveau coach le « connaît » et le « respecte ». Un luxe rare pour un joueur qui sort d’une première saison agitée à Anfield.

La méthode Iraola, Kerkez la résume sans détour : intensité, duels partout sur le terrain, pressing haut, jeu vers l’avant. À Chicago, sur le centre de performance de Chicago Fire, les corps parlent pour lui : joueurs étendus au sol après les séances, double ration d’entraînement, et ces fameux jeux qu’Iraola appelle « consequences ». Plusieurs équipes, un mini-tournoi, et pour les perdants : des courses. Beaucoup de courses. La quantité dépend de l’humeur du coach. Mais les jambes brûlent toujours.

« Tu as besoin de jambes et d’une grosse condition pour ce qu’il demande », glisse Kerkez. Le message est clair : à Liverpool, on va courir. Longtemps. Et fort.

Un latéral pour déborder, pas pour calculer

La saison passée, Kerkez a parfois semblé coincé dans le cadre tactique très structuré de Slot, avec des latéraux invités à rentrer à l’intérieur et à construire bas. Lui, pourtant, s’est fait un nom autrement : vitesse, énergie, courses à répétition sur tout le flanc, capacité à déborder et à revenir. C’est ce profil-là qui avait séduit Liverpool.

Avec Iraola, il retrouve un environnement familier. « Le coach aime jouer avec les latéraux sur la ligne, en sous-lappant, en dédoublant », explique-t-il. C’est exactement ce qui avait fonctionné pour lui à Bournemouth. Défendre d’abord, insiste-t-il, parce qu’avec Iraola, un latéral doit « défendre vraiment dur ». Tout ce qui vient devant, c’est du bonus. Mais un bonus qu’il compte bien exploiter.

Le deal est simple : fais ton travail derrière, et devant, tu es libre. C’est ce sentiment de liberté qu’il recherche à Anfield. Cette sensation de pouvoir « faire [son] truc », comme il dit, une fois la maison sécurisée.

Une saison « dure pour tout le monde »

Kerkez ne charge pas Slot. Au contraire. Il parle d’un licenciement « surprenant », d’un coach avec qui il reste en contact. Mais il ne maquille pas la réalité : la saison dernière a été « difficile pour tout le monde » à Liverpool. Chaque fois qu’un problème semblait réglé, un autre surgissait.

Arrivé dans le cadre d’un recrutement massif et coûteux, le Serbe a été scruté comme les autres. Peut-être plus que les autres, compte tenu de l’héritage de Robertson. Pourtant, il assure ne pas avoir ressenti cette pression.

« Honnêtement, je m’en fiche de la pression », tranche-t-il. Il répète avoir grandi « différemment » en Serbie. Et il lâche une image qui en dit long : à 10 ans, il conduisait déjà un camion, assis au volant tandis que son père gérait les pédales. L’enfance comme école du sang-froid.

Une famille en première ligne

Son père, Sebastijan, est toujours là. Littéralement. Il lui arrive encore de le conduire au centre d’entraînement de Liverpool. Ses parents ont déménagé en Angleterre pour l’aider à s’installer dans sa nouvelle vie de joueur de Premier League. Ses frères, eux, ont leurs propres trajectoires. Mais le noyau dur, pour Milos, ce sont ses parents.

« Ils sont très importants », insiste-t-il. Son père, surtout, joue un rôle précis : le garder les pieds sur terre. « Il est là pour me mettre parfois une tape sur la tête et me rappeler à l’ordre », raconte le latéral. Deux bons matchs, un peu d’euphorie, et le père intervient. Retour au sol. Retour au travail.

Héritage Robertson, amitié Salah

La figure d’Andy Robertson plane forcément sur le poste. L’Écossais, capitaine de sa sélection et désormais joueur de Tottenham, reste une légende à Anfield. Kerkez a été acheté pour lui succéder, pas pour l’imiter. Mais il a beaucoup appris à ses côtés.

Tout au long de la saison, Robertson l’a pris à part, lui a parlé de centres, de volume de course, de ces « gros poumons » indispensables pour avaler le couloir jusqu’au bout du temps additionnel. Comment lever la tête avant de centrer, où mettre le dernier ballon, comment répéter les efforts saison après saison. Pas de grand discours d’adieu, Robertson était trop ému au moment de quitter Anfield. Mais des traces concrètes, dans le jeu et dans la tête.

Kerkez ne cherche pas à esquiver le poids de cet héritage. « On sait tous ce qu’Andy a fait pour le club. Je ne fuis pas ça », dit-il. Il veut simplement « faire [son] propre chemin ». Travailler, encore, pour montrer ce que signifie, pour lui, jouer pour Liverpool.

Au fil des mois, il s’est aussi rapproché d’une autre icône d’Anfield : Mohamed Salah. Leur relation s’est nouée la saison dernière, jusqu’à devenir une vraie amitié. Avant de quitter le centre d’entraînement d’Axa pour s’envoler vers Chicago, Kerkez tombe sur une émission à la télévision qui détaille le nombre de buts et de passes décisives de l’Égyptien. Environ 380. Il coupe court, quitte la pièce, sidéré. « C’est quoi ça ? » se dit-il. Un rappel brutal : le temps passe, les légendes empilent les chiffres, une nouvelle génération arrive.

Nouvelle ère, même exigence

Sur la tournée américaine, Liverpool vient de battre Sunderland à Nashville. Prochain rendez-vous : Wrexham, mercredi, à New York. Kerkez, lui, avance avec une certitude : il se trouve au bon endroit, avec le bon coach, au bon moment de sa carrière.

Il a déjà montré « un peu » ce qu’il peut apporter. Il promet d’en montrer « plus » cette saison. Il sait ce que représente ce maillot, ce que réclame ce poste, ce que signifie succéder à Robertson dans un club qui ne pardonne pas la complaisance.

L’été a été mouvementé. Le banc a changé, le couloir gauche aussi. Reste une question, simple et tranchante : dans l’ère Iraola qui s’ouvre à Anfield, jusqu’où Milos Kerkez peut-il pousser les frontières de ce flanc gauche ?

Milos Kerkez : La nouvelle étoile de Liverpool