Mikel Arteta et Win : l'histoire d'une mascotte emblématique à Arsenal
À Arsenal, il y a Mikel Arteta, et puis il y a Win. La hiérarchie est claire. Même pour un labrador chocolat.
La chienne, star improvisée des célébrations du titre de Premier League en mai, est devenue bien plus qu’une simple mascotte depuis son arrivée au centre d’entraînement de Hertfordshire en mai 2023. Win vit au rythme du club, se faufile entre les terrains, s’installe dans les bureaux, apaise les tensions. Elle ne jappe pas, ne s’agite pas : elle observe, elle sent, elle lie. Un chien de thérapie, officiellement. Un symbole, officieusement.
Kai Havertz, David Raya, Mikel Merino – qui lui donne des ordres en espagnol et a raconté combien sa présence l’a aidé pendant ses trois mois d’absence pour une blessure au pied – font partie de ses proches. Mais quand il s’agit de choisir son humain préféré, les “sources proches de Win” sont formelles : Arteta règne aussi là.
L’entraîneur l’a même emmenée chez lui pour Noël l’an dernier, après avoir été déterminant dans sa venue quelques jours seulement après que son équipe a terminé pour la première fois dauphine de Manchester City. Les peluches à son effigie se vendent désormais à la boutique du club. L’originale, elle, passe la plupart de ses journées au centre d’entraînement, prise en charge par un membre du staff à plein temps.
« J’ai choisi le chien avec soin et, à mes yeux, c’est la représentante parfaite de ce que nous sommes aujourd’hui », expliquait Arteta en 2023. « Win a besoin que nous soyons responsables, parce que nous devons aussi prendre soin d’elle, de ses émotions et de ses besoins. »
Ce détail en dit long. Tout part de là chez Arteta : le contrôle des marges, l’attention aux émotions, la culture du quotidien. C’est ce qui a sorti Arsenal du rang des suiveurs pour en faire un champion. Et, cette semaine, l’Espagnol a planté un nouveau jalon en prolongeant jusqu’en 2030 un contrat estimé à plus de 20 millions de livres par saison. Son message, au moment de parapher : « ce n’est que le début ». À Londres, on parle désormais de dynastie, pas seulement de cycle.
Un pouvoir qui s’étend
La durée de ce nouveau bail n’est pas anodine. Elle projette Arteta au-delà de la barre symbolique des dix ans sur le banc, lui qui fêtera en décembre sa septième année à la tête de l’équipe première. Arsène Wenger et ses presque 22 ans restent loin devant, mais la comparaison n’est plus taboue. Il y a trente ans, presque jour pour jour, Wenger prenait ses fonctions et s’emparait progressivement des leviers du club. Arteta, que le Français avait nommé capitaine en 2014, suit à sa manière ce même chemin d’influence grandissante.
Arrivé en provenance du staff de Pep Guardiola à Manchester City, d’abord comme head coach, il a très vite changé de dimension. En septembre 2020, après avoir remporté la FA Cup six mois seulement après avoir succédé à Unai Emery, il est officiellement promu manager. Les intitulés changent, le périmètre aussi. Des dirigeants s’en vont, son poids augmente.
À 44 ans, deuxième plus jeune entraîneur de l’histoire à remporter la Premier League après José Mourinho, Arteta dispose aujourd’hui d’une ligne directe avec le co-président Josh Kroenke. Il intervient sur la plupart des grandes décisions, terrain et hors terrain confondus. Son empreinte s’affirme partout.
Dernier exemple en date : l’Emirates Stadium. Le club a annoncé cette semaine qu’il renonçait à un projet de grande expansion de l’enceinte. Arteta aurait exprimé de sérieuses réserves sur les perturbations qu’impliquerait un déménagement temporaire à Wembley ou ailleurs. Kroenke Sports & Entertainment, le propriétaire, se montre également refroidi par le coût d’une augmentation de capacité à 70 000 places, malgré un accord record à 4 milliards de dollars pour le rachat des Los Angeles Angels en Major League Baseball le mois dernier.
En revanche, aucune hésitation quand il s’agit de son entraîneur : KSE a fait d’Arteta le manager le mieux payé de Premier League, avec une nette revalorisation par rapport aux 10 millions de livres plus 5 millions de prime pour qualification en Ligue des champions convenus en 2024. À l’échelle mondiale, seul Diego Simeone à l’Atlético de Madrid dépasserait ces chiffres.
Maître du projet sportif
Sur le sportif, la mainmise est tout aussi nette. Dans les derniers jours du mercato, Arsenal a renoncé à l’opportunité Malick Fofana. L’ailier belge était proposé, la tentation existait, mais Arteta a tranché : non. Il voulait protéger l’émergence de Max Dowman, phénomène de 16 ans, et ne pas lui fermer la porte. Un choix fort, presque risqué.
Avec la blessure aux ischio-jambiers de Christos Tzolis en sélection grecque, qui devrait l’éloigner au moins trois semaines, la décision de ne pas recruter un attaquant supplémentaire pourrait lui revenir en boomerang. Mais le signal est clair : même depuis l’arrivée d’Andrea Berta au poste de directeur sportif en mars 2025, c’est Arteta qui garde le dernier mot.
Son intensité quotidienne interroge sur la durée. Peut-il vraiment tenir aussi longtemps que Wenger dans un tel climat de pression permanente ? Pour l’instant, le corps répond. Quelques cheveux gris, pas plus. Le visage reste le même que le jour de sa nomination pour son premier poste d’entraîneur principal.
Ce qui, lui, a changé, ce sont les objectifs. Il ne s’agit plus de ramener Arsenal dans le top 4. Il s’agit de conserver le titre et d’enchaîner, comme dans les années 1930, quand le club alignait les sacres. Il s’agit aussi de conquérir enfin l’Europe, après cette finale de Ligue des champions perdue aux tirs au but face au Paris Saint-Germain la saison passée.
Win se promène dans les couloirs, muse silencieuse d’un projet qui ne cesse de grandir. Arteta, lui, regarde déjà plus loin. Jusqu’où peut-il encore pousser Arsenal, maintenant qu’il a les clés du club… et même celles du chien ?



