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Michael Carrick : du rêve du big job à la crise à Manchester United

Il avait enfin obtenu ce qu’il voulait. Le « big job ». Manchester United, pour de bon, après avoir arraché une troisième place qui sentait la renaissance. Quelques mois plus tard, Michael Carrick découvre l’envers du décor : le costume est lourd, la marge d’erreur minuscule, et Old Trafford n’attend personne.

Après six journées de Premier League, United pointe à la 13e place. Une seule victoire, un rythme de milieu de tableau, et une impression tenace : cette équipe ne sait plus imposer sa loi. Le récent 1-1 contre un Tottenham réduit à dix n’a rien arrangé. À dix contre onze, à domicile, United a laissé filer deux points qui pèsent bien plus que le simple classement. Ils pèsent sur les épaules du manager.

Les coupes n’offrent aucun refuge. Brighton est venu gâcher la soirée dès le premier tour de League Cup, renvoyant United à ses doutes et ses failles. Élimination sèche, ambiance plombée. L’euphorie qui avait entouré la nomination définitive de Carrick, après le départ de Ruben Amorim plus tôt dans l’année, semble déjà loin.

« Je ne ferai ça que pour le big job »

Sous pression, Carrick voit aussi ressurgir les coulisses de son choix. Son ancien coéquipier Nicky Butt a levé le voile sur l’état d’esprit du technicien avant son retour sur le banc d’Old Trafford. Invité du podcast The Good, The Bad, and The Football, Butt a raconté une conversation qui résonne aujourd’hui comme un avertissement ignoré.

« J’étais avec Michael avant qu’il prenne le job à United, on parlait de management. Il m’a dit : ‘Non, ce n’est pas pour moi. C’est trop, et j’ai la tête partout. Je ne le ferai que pour le big job, et le big job, c’est United.’ »

Carrick savait donc très bien ce qu’il risquait : une exposition maximale, sans filet.

L’ancien milieu a glissé vers le coaching après une carrière de 19 ans au plus haut niveau. Il a brièvement assuré l’intérim sur le banc de United en 2021, avant de se lancer vraiment à Middlesbrough. Trois ans au Riverside, puis un renvoi à la fin de la saison 2024-25 de Championship. Quand Amorim a été limogé en janvier, la direction a tranché : Carrick plutôt qu’Ole Gunnar Solskjaer pour stabiliser un navire déjà chahuté.

Au départ, le pari semble génial. United se hisse dans le top 4 et valide son billet pour la Champions League. Le discours est clair, le jeu plus cohérent, l’optimisme revient dans les travées. Puis les vieux démons réapparaissent.

Une dynamique déjà enrayée

Cette saison, la défaite inaugurale contre Hull City donne le ton. Derrière, un large 5-2 contre Ipswich Town laisse croire à un déclic offensif. Illusion. United peine à contrôler ses matchs, subit trop, concède trop. Une courte défaite face à Manchester City, des points abandonnés contre Everton, Fulham et Tottenham : la trajectoire ressemble dangereusement à celles qui ont coûté leur poste à ses prédécesseurs.

Le contexte n’aide pas. Le club a pris l’habitude de trancher en cours de saison dès que le niveau de performance chute. Carrick le sait : sa « fenêtre de tolérance » se réduit à vue d’œil. Chaque contre-performance alimente la question qui plane au-dessus de lui depuis août : jusqu’à quand ?

Pour l’instant, les dirigeants affichent une forme de soutien. Pas de fuite sur un successeur, pas de guerre ouverte dans la presse. Mais le calendrier qui arrive ne pardonnera rien.

Sept matchs pour un avenir

Avant la trêve internationale de novembre, United doit avaler un bloc de sept rencontres qui ressemble à un test de caractère autant qu’à un examen tactique. Chelsea, Aston Villa en championnat, Roma et Atletico Madrid en Europe : la moindre faiblesse se paiera cash.

Tout commence mardi, au Riyadh Air Metropolitano, sur la pelouse de l’Atletico. United y débarque quatrième de son groupe de Champions League, porté par un 4-0 net et sans bavure contre Sabah. En Europe, l’équipe a montré un visage plus tranchant, plus clinique. Il faudra retrouver ce niveau en Espagne, sous peine de replonger dans le doute.

Pas le temps de souffler. Dimanche, déplacement à Elland Road pour défier Leeds United, rivalité électrique, atmosphère hostile garantie. Deux voyages, deux ambiances, mais un seul enjeu pour Carrick : prouver qu’il peut encore être l’homme du « big job ».

Il l’a voulu, ce poste. Il a attendu United et seulement United. La question n’est plus de savoir s’il le mérite sur la base de son passé de joueur ou de son intérim réussi. La question est simple, brutale, à la hauteur du club : survivra-t-il à ce mois qui vient ?