Messi tire le rideau sur l’Albiceleste au Monumental
Vingt et un ans après ses premiers pas sous le maillot ciel et blanc, Lionel Messi a choisi de dire stop là où tout prend une autre dimension en Argentine : au Estadio Monumental, à Buenos Aires. Un adieu à sa mesure. Un 3-0 net face au Bénin, 93e au classement FIFA, une masterclass tranquille, deux passes décisives, puis un penalty transformé à la 71e minute. Son 126e but en sélection. Le dernier.
Le score, presque anecdotique, n’a servi que de décor à une soirée de culte. Chaque touche de balle du numéro 10 d’Inter Miami a été accueillie comme un cadeau de plus avant la fin. Il avait annoncé en août qu’il quitterait la sélection à l’issue de cette fenêtre internationale. L’Argentine savait que ce moment arrivait. Personne n’était vraiment prêt.
Un adieu sous le regard de Ronaldinho
À des milliers de kilomètres, un autre génie suivait la scène. Ronaldinho, le grand frère de ses débuts au FC Barcelona, a dégainé son hommage sur les réseaux sociaux dès le coup de sifflet final. Un message simple, mais chargé de vécu.
« Quel plaisir et quelle joie d’avoir fait partie de ton histoire dès le premier jour, mon frère », a écrit le Brésilien, rappelant ce lien tissé à l’époque où un adolescent timide, aux cheveux longs, venait bousculer le Camp Nou. « Tu nous as fait sourire et tellement aimer le football. Ton nom est gravé dans l’histoire de ton pays, et du monde entier. »
Le champion du monde 2002 a aussi mis des mots sur ce que Messi a longtemps porté sur ses épaules : l’attente, presque écrasante, de voir l’Argentine redevenir championne du monde. « Seuls nous savons la joie ressentie quand nous avons réalisé notre rêve d’enfants, représenter tout un pays et devenir champions du monde », a-t-il poursuivi. « Tu as tout donné pour ta sélection et pour ton pays. »
Puis, derrière le champion, l’ami a pris le relais. Ronaldinho a évoqué la fatigue d’une carrière entière au plus haut niveau, les blessures invisibles, les renoncements, la famille qui finit par peser plus lourd que n’importe quel trophée. « Je te comprends parfaitement, et je sais que tout ce qui touche à la famille nous fait tout reconsidérer. Profite de la vie, mon frère. Je te souhaite le meilleur, aujourd’hui et pour toujours. »
Messi, les larmes et le père absent
Au coup de sifflet final, le Monumental s’est levé. Messi, lui, a craqué. L’émotion l’a rattrapé au moment de prendre la parole devant une enceinte pleine à craquer. Pas de grande tirade, pas de discours écrit. Juste un homme de 39 ans, lessivé par deux décennies de pression nationale, qui pense d’abord à celui qui n’est plus là.
« C’est beaucoup d’émotions. Évidemment, la première chose à laquelle je pense, c’est mon père », a-t-il confié au micro, la voix brisée. Jorge Messi est décédé en août, à 68 ans. Le fils a dédié ce dernier match à sa mémoire.
Le reste a sonné comme un merci général, adressé au pays entier. « Tout ce qui me reste à faire, c’est dire merci. Ça a tellement compté pour moi de porter ce maillot pendant 20 ans. Je n’ai jamais cessé de me battre, de lutter, ni d’avoir envie d’être ici. »
Puis, sans masque, il a laissé filtrer la douleur de la séparation. « C’est un moment très difficile pour moi. Ne pas revenir sera un grand chagrin. J’aimerais revenir pour toujours, parce que jouer en Argentine est la plus belle chose qui puisse t’arriver. »
La suite, à Inter Miami
Cette fois, le mot « fin » est officiel. Plus de voyages interminables, plus de fenêtres internationales à gérer, plus de pression de tout un pays sur chaque ballon touché en juin ou en novembre. Messi va désormais se consacrer entièrement à Inter Miami, à la MLS, à un calendrier plus respirable pour un corps qui a tout donné.
Le champion du monde 2022, double vainqueur de la Copa América, va pouvoir choisir ses efforts, apprivoiser le temps qui passe plutôt que le subir. Derrière les hommages et les chiffres, c’est aussi ce que soulignait Ronaldinho : ces pauses nouvelles, ces trêves sans avion ni hôtels, ce sont des heures de plus volées au football pour les rendre à la famille.
L’Argentine, elle, se réveille avec un vide immense. Elle a longtemps vécu dans l’angoisse de voir partir son numéro 10 sans Coupe du monde. Elle l’a finalement vu partir avec le trophée le plus précieux, deux titres continentaux et une trace indélébile dans l’histoire du jeu.
Le maillot 10 restera. Le Monumental se remplira encore. Mais ce penalty à la 71e minute contre le Bénin, ce soir de Buenos Aires, restera comme la dernière image d’un règne international sans équivalent. La sélection tourne la page. Le reste du monde, lui, mesure à peine ce qu’il vient de perdre.




