Les Matildas punies par le Mexique à la dernière seconde
Pendant 90 minutes, l’Australie a tenu le ballon, occupé le camp adverse, installé son jeu. Mais pas le tableau d’affichage. Et c’est là que tout a basculé.
Au McDonald Jones Stadium de Newcastle, devant 23 167 spectateurs, les Matildas ont payé cash leur manque de tranchant offensif et une certaine nervosité au milieu. Le Mexique, solide, patient, menaçant en transition, a fini par les punir dans le temps additionnel. Diana Ordóñez a surgi à la 90e+2 pour offrir une victoire 1-0 aux visiteuses, seulement leur deuxième succès en 12 confrontations face à l’Australie.
Un coup de massue, mais pas un accident.
Domination australienne, danger mexicain
Joe Montemurro avait aligné un onze de gala : Sam Kerr, Caitlin Foord, Mary Fowler, Ellie Carpenter pour sa 100e sélection, Steph Catley, Emily Van Egmond, Alanna Kennedy… Une ossature rodée, une équipe qui sort d’une finale de Coupe d’Asie et qui vise déjà la Coupe du monde 2027 au Brésil.
Dès le coup d’envoi, le plan semble clair. L’Australie monopolise la balle, installe un siège dans la moitié de terrain mexicaine. Le jeu penche nettement à gauche : Foord, Kerr et Torpey enchaînent les courses dans la surface, les centres se succèdent, les combinaisons aussi. Mexico recule, plie, mais ne rompt pas.
Les premières alertes sont australiennes. Foord se crée une occasion dès la 3e minute, Kerr se retrouve plusieurs fois en position dans la surface, Fowler distille quelques passes lumineuses. Pourtant, à chaque fois, il manque quelque chose : la dernière touche, le dernier geste, un peu de puissance dans la frappe, un peu de précision dans la tête.
Et pendant que les Matildas attaquent, le Mexique commence à respirer.
Le milieu se fissure, Mexico s’installe
Après un quart d’heure à sens unique, le match change de visage. Les pertes de balle australiennes se multiplient, Mackenzie Arnold se met en difficulté sur une relance, et le Mexique s’engouffre dans les espaces.
Montserrat Saldívar, adolescente sans complexe, prend Ellie Carpenter en un contre un, déborde, frappe. C’est à côté, mais l’avertissement est clair. Un peu plus tard, Nicolette Hernández trouve encore Saldívar dans la surface : la tentative file au ras du poteau. L’Australie, qui semblait en contrôle total, se découvre soudain fragile en transition.
Au milieu, Alanna Kennedy, repositionnée en sentinelle, peine à verrouiller la zone. Les lignes s’étirent, les duels se perdent, et le bloc mexicain, d’abord bas, commence à avancer. L’équipe de Pedro López n’a que deux tirs en première période, aucun cadré, mais chaque incursion donne l’impression de pouvoir faire très mal.
En face, les Matildas continuent de pousser sans vraiment percer. Le symbole, c’est cette contre-attaque éclaire à la 29e minute : Fowler récupère, Foord part côté gauche, sert Kerr, qui se retourne et glisse un ballon pour Amy Sayer, seule face à la gardienne. Le geste est presque parfait… mais la passe arrive légèrement derrière, et Sayer ne trouve que le poteau. Une action splendide, gâchée par un détail. Toute la soirée australienne tient là.
Foord insiste, le Mexique résiste
Au retour des vestiaires, l’Australie remet la pression. Le ballon reste dans le camp mexicain, les vagues vertes et or se succèdent. Foord multiplie les courses, les feintes, les prises d’initiative. Elle obtient des fautes, provoque, tente de casser les lignes. Van Egmond se projette davantage, Kennedy commence à se montrer près de la surface adverse.
Mais le Mexique ne cède pas. La défense, menée par Rebecca Bernal et Kimberly Rodríguez, ferme systématiquement la porte dans les 20 derniers mètres. Les centres sont repoussés, les frappes contrées ou trop timides pour inquiéter Esthefanny Barreras.
Et dès que l’Australie se livre un peu trop, El Tri Femenil contre. À la 54e minute, Carpenter perd un ballon plein axe, Saldívar file au but, profite d’une glissade de Catley, se présente en bonne position… et expédie sa frappe dans les nuages. Le genre d’occasion qui change un match. Elle vient pourtant d’annoncer la suite.
Montemurro tente d’injecter du sang frais : Hayley Raso entre, Charlize Rule et Beattie Goad apportent de l’énergie sur les côtés, Chidiac vient densifier le milieu. En face, Pedro López lance Charlyn Corral, attaquante en forme, pour peser davantage sur les contres.
Le stade pousse, les Matildas accentuent la pression. Foord tente un geste derrière la jambe d’appui, Fowler frappe de loin, Van Egmond se retrouve à plusieurs reprises à l’entrée de la surface. Mais rien n’y fait. Les 19 tirs australiens manquent de précision, de puissance ou de lucidité.
Un dernier contre, un seul coup fatal
À l’entrée du temps additionnel, on se dit que l’Australie, au pire, sauvera un nul frustrant. Les Matildas viennent encore de s’approcher, Kerr a une demi-ouverture, Arnold vient couper un centre brûlant dans sa surface. Le match semble filer vers un 0-0 logique : une équipe dominatrice mais maladroite, l’autre opportuniste mais imprécise.
Puis tout craque.
À la 90e+2, le Mexique récupère le ballon et se projette à toute allure. Les Australiennes sont désorganisées, coupées en deux. Alice Soto, entrée en jeu, voit l’espace et glisse une passe parfaite dans la course de Diana Ordóñez, isolée côté droit. L’attaquante ne tremble pas : contrôle, frappe croisée, le ballon passe sous le gant droit d’Arnold.
Silence glacé à Newcastle. 1-0 pour le Mexique. Les Matildas, qui avaient semblé les plus proches d’ouvrir le score pendant une bonne partie de la seconde période, se retrouvent fauchées en plein élan, punies sur ce qu’elles craignaient le plus : un contre en fin de match.
Montemurro lucide, Foord sans détour
Après la rencontre, Joe Montemurro ne cherche pas d’excuses. Il souligne la qualité de l’adversaire, insiste sur l’importance de ces matches pour préparer la Coupe du monde, mais pointe surtout l’évidence : la zone de vérité a fait défaut. Son équipe a manqué de tranchant, de réalisme, de cette « cruauté » offensive indispensable au plus haut niveau.
Caitlin Foord tient le même discours. Elle parle de resserrer les lignes, de mieux gérer les temps faibles, de soigner la dernière passe, de frapper plus souvent. Elle rappelle que le staff lui a demandé de continuer à provoquer dans la surface, d’aller chercher un penalty, d’exploiter les tacles approximatifs mexicains. Les intentions étaient là, le résultat, non.
Une alerte avant Sydney
Ce revers n’a rien d’un drame dans l’absolu : ce n’était « que » un match amical, le premier d’une double confrontation pensée comme un laboratoire avant 2027. Mais il sonne comme un rappel brutal.
Sans Kyra Cooney-Cross, Katrina Gorry, Clare Hunt ou Charli Grant, l’Australie testait des équilibres différents. Le match a mis en lumière des failles au milieu, une difficulté à contrôler les transitions, et une dépendance persistante aux inspirations individuelles de Foord, Kerr ou Fowler dans le dernier tiers.
Mardi, au CommBank Stadium de Parramatta, les Matildas retrouveront le Mexique pour le deuxième acte. Même adversaire, même style agressif, même pressing joueur contre joueur. Une autre occasion de corriger le tir.
La question est simple : cette défaite cruelle restera-t-elle un simple accroc de préparation ou marquera-t-elle le début d’un vrai chantier à moins de trois ans de la Coupe du monde au Brésil ?




