Manchester United impressionne à Trondheim avec le nouveau Carrick-ball
Manchester United n’a pas simplement gagné à Trondheim. Il a imposé sa loi. Un 5-0 sec face à Rosenborg, première victoire de la pré-saison, mais surtout un match qui raconte autre chose qu’un simple score fleuve : l’évolution d’une équipe et d’un entraîneur qui commence à imprimer sa marque.
Un « Carrick-ball » revisité
Lorsque Michael Carrick a récupéré une équipe en difficulté, son premier réflexe a été simple : courir. Vite. Fort. Exploiter chaque transition, chaque espace, avec des flèches comme Bryan Mbeumo et Patrick Dorgu, et les cerveaux créatifs de Bruno Fernandes et Matheus Cunha.
Les chiffres de la saison passée le prouvent : troisième équipe du championnat en nombre de contre-attaques par match, meilleure en buts par contre, deuxième en expected goals sur ces phases. En revanche, dès qu’il fallait faire le jeu, la vieille blessure post-Sir Alex Ferguson réapparaissait. Treizième en possession, onzième en durée moyenne de possession. Trop peu pour une équipe censée dicter le tempo.
À Trondheim, le décor était pourtant idéal pour voir ces limites réapparaître. Rosenborg en plein milieu de saison, plus affûté physiquement, à domicile, capable en théorie de garder le ballon et d’imposer son rythme. Sur le papier, United devait vivre de transitions pour exister.
Sur le terrain, c’est l’inverse qui s’est produit.
Sans Bruno Fernandes, sans Matheus Cunha, United a semblé étrangement à l’aise avec le ballon. Par séquences, Rosenborg a été étiré, déplacé, démonté. Au cœur de ce nouveau visage, un homme : Joshua Zirkzee, point d’ancrage technique, capable de faire « coller » le ballon en attaque et de lancer les combinaisons.
Les Red Devils n’ont pas renié leurs armes habituelles. Le deuxième et le quatrième but rappellent que la transition reste une spécialité maison. Mais on sent déjà la patte du Carrick version entraîneur installé, pas seulement pompier : un jeu plus posé, une volonté de contrôler davantage, et un indice clair sur la raison pour laquelle le profil de Youri Tielemans l’a tant séduit.
Zirkzee, soirée de gala… et vraie question
À Trondheim, l’homme du match officieux ne souffre aucune contestation : Joshua Zirkzee. Le numéro 11 de United, souvent critiqué depuis son arrivée en 2024, a enfin livré la prestation que beaucoup attendaient de lui.
Son problème est connu : pas assez tueur pour un pur numéro neuf, pas assez dominant pour déloger Bruno Fernandes en numéro dix. Entre deux rôles, entre deux statuts. Mais par éclairs, sa qualité technique rappelle ce genre de joueurs qui semblent jouer à leur propre rythme, façon Dimitar Berbatov.
Face à Rosenborg, il a tout rassemblé. Un aimant à ballons, toujours disponible entre les lignes, propre sur les remises, tranchant sur les demi-tours. Soixante minutes, deux buts à son actif : une passe décisive sur l’ouverture du score, puis un bijou personnel.
Son but, justement, restera comme l’image de la soirée. Une une-deux ciselée avec Harry Amass, fraîchement entré, quelques pas de danse balle au pied, deux défenseurs laissés sur place, puis la même feinte appliquée au gardien avant de conclure dans le but vide. Une action qui résume tout : sang-froid, toucher, imagination.
De quoi relancer le débat : faut-il lui offrir un rôle majeur la saison prochaine ? La réponse est moins romantique. Le rythme du match lui convenait parfaitement, loin de l’intensité constante de la Premier League. Ce 5-0 ne balaie pas les doutes sur sa capacité à tenir la cadence anglaise semaine après semaine. Benjamin Sesko semble toujours mieux armé pour mener la ligne à terme. Ce que Trondheim raconte surtout, c’est comment Carrick pourrait utiliser Zirkzee – et, à terme, le Slovène – comme point de fixation créatif dans ce nouveau système.
Les gamins de Carrington prennent la lumière
À Manchester United, les soirs de jeunes qui explosent ne sont jamais anodins. Trondheim pourrait devenir l’un de ces repères.
Shea Lacey, titularisé en numéro dix, a mis du temps à entrer dans son match. Puis il a pris le ballon, le temps, et sa chance. On l’avait déjà aperçu en équipe première, notamment avec cette frappe presque géniale lors du 2-2 contre Burnley. Cette fois, avec plus de responsabilités, il a affiché une maturité surprenante. Son but d’ouverture, calme et maîtrisé, symbolise ce qu’il peut apporter. Les supporters l’ont élu joueur du match. Ce n’est pas anodin.
L’engouement autour de lui s’était un peu essoufflé ces douze derniers mois. Il n’était plus le visage le plus brillant de l’académie. Mais il y a manifestement de quoi bâtir. Un profil qui, bien accompagné, peut prétendre à un vrai rôle dans le groupe pro.
Sur le côté, Harry Amass a signé un retour remarqué. Entré à la pause, le latéral, freiné par les blessures en fin de saison dernière après des débuts prometteurs à Sheffield Wednesday, a rappelé pourquoi on l’attendait autant. Son but illustre son sens du timing pour surgir dans la surface depuis le poste de latéral. Défensivement, il a tenu son couloir gauche avec sérieux, et avec ballon, il a dégagé une vraie intelligence. United cherche un autre latéral gauche. Faut-il vraiment le bloquer derrière Luke Shaw sans lui offrir une vraie chance de devenir sa doublure attitrée ?
Jacob Devaney et Ethan Williams, eux, garderont à vie le souvenir de leurs buts. Deux jeunes qui pourront toujours dire : « J’ai marqué avec Manchester United ». Parfois, une carrière se construit sur ce genre de point de départ.
Mais l’autre nom à retenir, c’est Jaydan Kamason. Le latéral droit de 19 ans n’a pas tout bien fait. Par moments, il s’est retrouvé en difficulté dans son placement sans ballon. Avec ballon, en revanche, il a illuminé son couloir. Deux passes décisives, toutes deux sur des centres rasants parfaitement dosés, et une palette de dribbles qui évoque davantage un ailier qu’un défenseur. Carrick ne l’a pas ménagé : plus de minutes que la plupart des autres jeunes. Un signe fort de confiance.
JJ Gabriel, l’attente prolongée
Reste une absence qui a fait parler : celle de JJ Gabriel sur la pelouse. À 15 ans, le prodige de l’académie cristallise déjà les attentes. Sa présence dans le groupe pour ce déplacement en Norvège avait suffi à enflammer une partie des supporters, impatients de découvrir ce qui se cache derrière le buzz.
Ils ont attendu. Rien. Le jeune attaquant est resté sur le banc, chasuble fluo sur les épaules, sans entrer en jeu.
Faut-il y voir un message pour calmer l’emballement ? Pas forcément. Avant la rencontre, Michael Carrick avait laissé entendre que Gabriel aurait du temps de jeu au fil des amicaux. Trondheim n’était peut-être que la première étape : l’odeur du vestiaire, le voyage avec les pros, la sensation de toucher du doigt ce monde-là.
La pré-saison ne fait que commencer. United, lui, a déjà envoyé un signal : ce ne sera pas seulement une équipe de contre. Ce sera une équipe qui veut tenir le ballon, faire grandir ses jeunes et imposer un style.
La vraie question, désormais : à quoi ressemblera ce « nouveau » Manchester United lorsque la lumière se rallumera, un samedi après-midi, en Premier League ?




