Manchester United : Michael Carrick sous pression après la défaite à Como
Même scène, mêmes regards vides, même marche solitaire vers le parcage visiteurs. À Watford, Ole Gunnar Solskjaer l’avait faite avant de perdre son poste. À Como, Michael Carrick vient de la répéter.
Après une défaite 4-1 en Italie, le coach de Manchester United a traversé la pelouse pour aller s’excuser auprès des supporters. Comme son ancien patron l’avait fait après le 4-1 encaissé à Vicarage Road. Même score. Même geste. Même malaise.
Dans les deux cas, un joueur mis de côté par le club avait marqué : Donny van de Beek à Watford, Joshua Zirkzee à Como. Les parallèles s’enchaînent et donnent à cette période un parfum de déjà-vu particulièrement inquiétant pour Carrick.
Il devrait encore être sur le banc ce week-end pour la réception de Bournemouth. Mais personne, à Old Trafford, n’ignore que son avenir tient désormais à un fil.
Un banc fragilisé, une liste de successeurs déjà dressée
Les bookmakers n’attendent pas. Les dirigeants non plus. Dans les coulisses, le nom du successeur circule déjà.
Selon The I Paper, Unai Emery serait le « rêve » de certains décideurs de Manchester United. L’entraîneur d’Aston Villa a marqué les esprits par sa manière de reconstruire une équipe bouleversée cet été. Sa capacité à remodeler un effectif en profondeur plaît à Old Trafford.
Un autre profil séduit : Fabian Hürzeler, auteur d’un départ impressionnant de saison à la tête de Brighton. Un coach jeune, offensif, moderne, qui coche de nombreuses cases pour une direction en quête d’un projet à long terme.
Et si United décidait de se tourner vers un technicien libre, le vivier est large : Eddie Howe, Antonio Conte, Kieran McKenna, Julian Nagelsmann sont tous sans club et apparaissent comme des options crédibles si la hiérarchie choisit une rupture nette.
Les cotes parlent : Howe devant Carrick, Conte et Nagelsmann en embuscade
Les chiffres ne font pas de sentiment. Selon Bet365, Michael Carrick n’est même pas dans le trio de favoris pour occuper le banc de Manchester United au 1er janvier 2027.
Le mieux placé se nomme Eddie Howe, coté à 6/4 pour être l’entraîneur des Red Devils à cette date. L’ancien manager de Newcastle devance Julian Nagelsmann, proposé à 7/2, et Antonio Conte, à 9/2 pour s’asseoir dans le fauteuil le plus exposé d’Angleterre.
Carrick n’arrive qu’ensuite, à 11/2. Derrière lui, Kieran McKenna pointe à 12/1, Unai Emery à 14/1. Plus loin encore, Cesc Fabregas et Fabian Hürzeler sont affichés à 16/1, Gareth Southgate et Mauricio Pochettino à 25/1. Suivent Roberto Martinez, Carlo Ancelotti, Darren Fletcher, Thomas Tuchel, Diego Simeone, Luis Enrique, Ole Gunnar Solskjaer, Ange Postecoglou, Brendan Rodgers, Daniel Farke, Ralf Rangnick ou encore Sebastian Hoeneß, tous plus ou moins lointains dans la hiérarchie des possibles.
Les noms défilent, le message est clair : le poste de Carrick est ouvertement considéré comme prenable.
Carrick, seul face aux fans : excuses publiques, colère rentrée
Au coup de sifflet final à Como, Michael Carrick n’a pas cherché à se réfugier derrière ses joueurs. Il a foncé vers le parcage visiteurs, les mains levées, pour s’excuser.
« Je dois m’excuser auprès des supporters. Je tiens à ce club autant que n’importe qui, voire plus, avec la position qui est la mienne et ce que je ressens pour ce club. Jouer de cette manière, ce n’est pas acceptable. »
Le ton est grave, la déception palpable.
« Je ressens la même chose qu’eux. Il y a beaucoup de valeurs dans ce club, ce que nous représentons et la manière dont nous voulons faire les choses. On peut gagner, on peut perdre, mais la façon dont nous avons joué ce soir n’était pas acceptable. Je voulais juste que les fans sachent que je souffre pour eux. »
Interrogé sur sa propre situation, il coupe court.
« Je n’ai pas pensé à ma position. C’est pour les supporters. J’étais comme l’un d’eux en regardant ça, et je n’étais pas du tout content. »
Un discours d’homme touché, mais qui ne suffit plus à masquer la fracture sportive.
Tactique sous tension : Carrick et Bruno Fernandes ne voient pas le même match
La défaite à Como n’a pas seulement exposé les faiblesses de United. Elle a aussi mis en lumière un désaccord frontal entre le coach et son capitaine.
Carrick assume ses choix et pointe d’abord l’attitude de son équipe :
« En deuxième période, nous avons en partie pressé en individuel, homme à homme, et nous avons quand même encaissé un but sur ça. Quel que soit le système, quelles que soient les tactiques, si tu ne cours pas, si tu ne cours pas vers l’avant et si tu ne reviens pas, tu ne gagneras pas. »
Il ne s’arrête pas au tableau d’affichage.
« Ce n’était pas seulement les buts, pour être totalement honnête. C’était la manière, la façon dont nous avons joué par moments, la façon dont nous avons abordé ce match. C’est ça qui a été difficile à regarder pour moi. »
Bruno Fernandes, lui, cible davantage le plan de jeu. Au micro de TNT Sport, le capitaine ne cache pas ses réserves :
« C’est une décision du staff de ne pas presser en individuel et parfois de laisser de l’espace derrière pour essayer de récupérer le ballon. Mais parfois, quand tu laisses trop le ballon à ces équipes, elles prennent confiance. »
Quand on lui demande frontalement si le manager s’est trompé, la réponse tombe, tranchante :
« C’est au manager et au staff de juger ça, pas à moi. Parfois, il faut être plus courageux sous pression, prendre le risque de presser haut et de les mettre mal à l’aise. »
Un capitaine qui met en cause la stratégie, un entraîneur qui accuse le manque de courses : la fracture n’est plus seulement comptable, elle est aussi idéologique.
Ratcliffe, Wilcox, Berrada : réunion au sommet en vue
Selon The Guardian, l’avenir de Michael Carrick est désormais « en balance » après cette humiliation en Ligue des champions à Como. Le quotidien affirme que Jason Wilcox, directeur du football, Omar Berrada, directeur général, et Sir Jim Ratcliffe, co-propriétaire, doivent échanger sur le cas Carrick avant la réception de Bournemouth dimanche en Premier League.
The Telegraph va plus loin : cette rencontre pourrait être décisive. Une sorte de dernière audition, sous pression maximale, dans un Old Trafford qui gronde.
La boucle est presque bouclée. Un entraîneur sous le feu, un vestiaire qui se fissure, des successeurs déjà projetés sur son siège, des supporters à apaiser. Reste une question brutale : Bournemouth sera-t-il le match du sursaut… ou le dernier chapitre de l’ère Carrick à Manchester United ?




