Manchester City confronté à une pièce à conviction d'Etihad
Manchester City pensait tenir une ligne de défense claire pour tenter de faire annuler le verdict historique qui l’a reconnu coupable d’avoir enfreint plus de 100 règles de la Premier League. Une pièce ressortie des archives américaines vient brutalement fissurer ce scénario.
Une défense déjà fragilisée
Selon les informations de Sky Sports News, City prépare son appel en soutenant que les fonds supplémentaires liés à certains contrats de sponsoring ne provenaient pas de son actionnaire majoritaire, Abu Dhabi United Group (ADUG), mais directement du gouvernement d’Abu Dhabi.
L’argument est central. Il vise à dissocier l’argent des propriétaires de celui de l’État, afin de contester l’idée d’un maquillage de financements d’actionnaires en revenus commerciaux.
Problème : une déclaration d’Etihad datée de mai 2015, adressée aux départements américains du Commerce, des Transports et d’État, dit exactement l’inverse de ce que City tente aujourd’hui de faire valoir.
Dans ce document, la compagnie aérienne rejette explicitement l’idée que le gouvernement d’Abu Dhabi ait payé son sponsoring avec Manchester City. Elle y affirme avoir financé l’accord avec le club « à partir de sa propre liquidité », en insistant sur le caractère courant, dans le secteur aérien, des partenariats avec des clubs et des stades.
Un texte de 2015 qui change tout
Ce dépôt de 60 pages répondait à des accusations de subventions publiques faussant la concurrence. Etihad, dont l’unique actionnaire est le gouvernement d’Abu Dhabi, y expliquait être détenue par l’État depuis sa création, tout en martelant ne pas recevoir de subventions.
La compagnie détaillait son modèle de financement : combinaison de fonds propres, prêts de l’actionnaire et emprunts commerciaux. Pour Etihad, ces apports ne constituent pas des subventions, mais des investissements rationnels dans une entreprise jugée viable.
Ces phrases, écrites noir sur blanc en 2015, prennent aujourd’hui un relief explosif. Elles contredisent frontalement la version que Manchester City tente d’imposer dans le cadre de son appel devant la Premier League.
La commission disciplinaire ne s’est pas laissée convaincre
Cette semaine, une commission disciplinaire indépendante a conclu que City avait contourné les règles financières en déguisant 830 millions de livres de financements d’actionnaires en revenus de sponsoring sur neuf saisons, de 2009 à 2018.
Les avocats du club auraient déjà, lors de l’audience de 2024, avancé la thèse d’un financement direct par le gouvernement d’Abu Dhabi, distinct des propriétaires, malgré les liens évidents entre les deux entités.
La commission a balayé cette explication. Dans sa décision, publiée mardi, le panel de trois personnes estime que cette version a été « élaborée bien après les faits » pour tenter de masquer « les réalités du Disguised Funding Scheme », ce système de financement déguisé au cœur du dossier.
Ironie lourde : lors de l’appel devant le Tribunal arbitral du sport à Lausanne, quand City contestait sa suspension de deux ans pour non-respect du fair-play financier de l’UEFA, le club défendait une position opposée à celle d’aujourd’hui. À l’époque, il était soutenu par le témoignage de l’ancien directeur général d’Etihad Airways, James Hogan, qui assurait que les obligations de sponsoring envers City avaient été payées « à partir des propres fonds d’Etihad ».
Deux lignes de défense, deux époques, un même dossier. Et un fossé grandissant entre les versions.
Le club a confirmé son appel vendredi et continue de nier toute faute.
Un calendrier d’appel sous haute tension
Sur le plan procédural, la bataille ne fait que commencer. Selon Sky Sports News, l’appel a été déposé jeudi à 19h, déclenchant un compte à rebours strict prévu par le règlement de la Premier League.
Les règles actuelles imposent que l’appel soit entièrement bouclé en 12 semaines. Cela nous mène à la semaine précédant Noël. L’audience d’appel, elle, ne peut pas dépasser cinq jours, et doit se tenir d’un seul bloc.
Une nouvelle commission de trois membres, différente de celle de première instance, disposera ensuite de 30 jours pour délibérer et rendre son jugement. Sur ce rythme accéléré, la décision tomberait vers la troisième semaine de janvier.
Ce dispositif express a été introduit cette saison pour que, autant que possible, les sanctions sportives frappent les clubs dans la même saison que les infractions concernées.
Vers un bras de fer juridique prolongé ?
Le scénario pourrait pourtant s’étirer bien au-delà de ce calendrier serré. Manchester City pourrait contester l’application de ces nouvelles règles de procédure à son cas précis.
L’argument est simple : le club a été mis en cause en 2023, l’audience disciplinaire s’est tenue en 2024, à une époque où ce régime accéléré d’appel ne figurait pas encore dans le handbook de la Premier League. Les avocats du club pourraient donc soutenir que ces règles, adoptées ensuite, ne doivent pas s’appliquer rétroactivement.
Un expert juridique cité par Sky Sports News estime que City disposerait d’une base solide pour défendre cette position. Si cette ligne était retenue, l’appel pourrait échapper au cadre de 12 semaines et se prolonger bien au-delà de la saison en cours.
Derrière les chiffres, les dates et les procédures, une question domine : jusqu’où Manchester City est-il prêt à aller pour défendre son récit face à des documents, des témoignages et des décisions qui, eux, ne changent plus ?




