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Manchester City : défense de titre sous tension en Women's Super League

Quand Manchester City a lancé la défense de son titre en Women's Super League, une interrogation a immédiatement flotté au-dessus de la saison : cette équipe peut‑elle vraiment tout jouer à fond ? Championne d’Angleterre pour la première fois depuis dix ans, une ossature presque intacte, seulement trois recrues estivales… et un calendrier qui ne pardonne pas.

Andrée Jeglertz, lui, n’a pas eu le choix. Il devait faire tourner, assumer l’ambition en championnat comme en Women's Champions League, et prouver qu’il sait manier l’art le plus délicat du football moderne : la gestion d’effectif. Pour l’instant, il tient le tempo.

Une série parfaite… et des retournements de situation

City a démarré la saison pied au plancher. En WSL, tout a été gagné. En Europe, personne ne les a encore fait tomber. Le plus frappant, ce n’est pas seulement le bilan comptable, mais la manière dont cette équipe refuse de lâcher.

À Munich, menées 2-0 par le Bayern, les Mancuniennes arrachent un nul. Contre le Real Madrid, elles reviennent encore pour accrocher le 1-1. En championnat, elles ont déjà récupéré six points après avoir été menées, plus que n’importe quelle autre équipe. Cette équipe encaisse les coups, puis répond. Souvent plus fort.

Les chiffres racontent la même histoire : sur les 16 buts inscrits en WSL, 10 l’ont été en seconde période, dont trois dans le temps additionnel. City frappe tard, City frappe encore. Et souvent, City renverse tout.

Le banc comme arme fatale

La profondeur de l’effectif n’est plus un concept abstrait, elle se voit chaque week-end. Jeglertz n’a pas encore aligné deux fois de suite le même onze. Pourtant, le jeu reste fluide, le rythme ne se casse pas. Mieux : les changements font basculer les matches.

Beth Mead est entrée pour offrir une passe décisive contre Birmingham City. Kerstin Casparij a marqué sur son premier ballon face à Arsenal. Contre les Gunners, encore, City s’impose 4-2 après une seconde période maîtrisée, ponctuée par ce but de la vice-capitaine néerlandaise à la 63e minute, à peine entrée en jeu.

L’entraîneur l’assume : la dernière demi-heure est devenue un moment clé. Selon lui, les changements opérés dans ce créneau ont "souvent renversé le match". Et le constat est implacable : celles qui sortent du banc changent la physionomie des rencontres, quel que soit le nom sur le maillot.

Kerstin Casparij l’a résumé sans détour après Arsenal : elle savait à la pause qu’elle entrerait, elle a eu le temps de se préparer, de se mettre dans son match. Elle insiste sur un point : la clarté du discours d’Andrée Jeglertz lui permet de jouer libérée, de suivre son instinct, d’oser. C’est là que se gagne une saison longue : dans la confiance de celles qui ne commencent pas, mais qui finissent.

Les leçons du passé

City connaît la chanson. Deuxième de WSL derrière Chelsea en 2019 et 2020, le club n’avait pas dépassé les huitièmes de finale en Europe. En 2021, les Anglaises terminent encore dauphines en championnat, atteignent au moins les quarts dans toutes les coupes, y compris en Women's Champions League. Une saison pleine, mais coûteuse.

Le contrecoup ne s’est pas fait attendre : éliminations précoces en qualifications européennes, chute au classement domestique, troisième puis quatrième place en WSL. Une alerte sévère. Personne au club ne veut revivre ce scénario.

Cette fois, la gestion des minutes est scrutée. Kerstin Casparij, Khadija Shaw, Yui Hasegawa ont toutes joué moins qu’à ce stade de la saison passée en championnat. Sam Coffey, pièce maîtresse du milieu, a pris part à chaque rencontre, mais n’a disputé l’intégralité du temps réglementaire qu’une seule fois. Le message est clair : tout le monde est important, mais personne n’est indispensable au point d’être cramée en février.

Exigence maximale, même dans l’"OK"

Pourtant, personne ne se satisfait du simple bon départ. Lauren Hemp, en forme étincelante, l’a rappelé : les deux nuls européens ne sont "pas notre standard", même face à des adversaires du calibre du Bayern Munich ou du Real Madrid.

Jeglertz partage ce sentiment. Il souligne la qualité de la seconde période face au Real, reconnaît que City a déjà affronté "deux équipes d’un très haut niveau". Deux matches, deux points, aucune défaite, deux bonnes mi-temps. Mais pas encore ce match plein, ces 90 minutes qui laissent l’impression d’une prestation totale. Pour lui, c’est "un bon début, pas idéal". Le ton est donné : le niveau d’exigence interne dépasse le simple classement.

La phase de groupes n’en est qu’à ses débuts, avec encore quatre matches à jouer en Europe. En WSL, seules cinq journées ont été disputées. La route est longue, et le club le sait mieux que personne.

Un effectif éprouvé, mais toujours debout

La liste des joueuses en convalescence pourrait inquiéter plus d’un entraîneur : Vivianne Miedema, Sydney Lohmann, Rebecca Knaak, Risa Shimizu sont en phase de retour, tandis que Sam Coffey a pris un coup lors de la victoire cruciale contre Arsenal. Malgré cela, City tient, City enchaîne.

La résilience n’est plus un simple slogan. Elle se voit dans la manière dont cette équipe refuse de lâcher un ballon, une course, un duel, même au bout du temps additionnel. Elle se voit dans cette capacité à faire entrer du banc des joueuses capables de changer le scénario d’un match en quelques minutes.

Casparij l’a dit sans détour : "On a une résilience et une mentalité incroyables dans ce groupe. On a des joueuses extraordinaires qui sortent du banc et changent le match." Dans une saison qui s’annonce longue, dense, parfois brutale, c’est ce genre de phrase qui compte autant que les statistiques.

Rien n’est encore gagné, prévient-elle. Mais si Manchester City continue à marier cette rotation intelligente, cette faim de renversement et cette exigence permanente, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si ce groupe peut jouer sur tous les tableaux. Plutôt de savoir qui pourra vraiment l’en empêcher.