MacAnthony et Vince : la controverse autour de Robbie Savage à Peterborough
Derrière le simple mouvement d’un entraîneur, c’est un vrai bras de fer de propriétaires qui s’est ouvert entre Forest Green Rovers et Peterborough United. Au centre de la tempête : Robbie Savage, 51 ans, nommé sur le banc de Peterborough le 2 octobre, et des accusations d’« approche illégale » qui jettent une ombre sur l’opération.
Vince dénonce une « approche illégale »
Dale Vince, propriétaire de Forest Green Rovers, n’a pas mâché ses mots. Sur les ondes de BBC Radio Gloucestershire, il a raconté sa version d’un feuilleton qui, selon lui, a dérapé très tôt.
Selon Vince, Peterborough aurait d’abord suivi le protocole en demandant officiellement la permission de parler à Savage. Réponse de Forest Green : non. Fin de l’histoire ? Pas du tout.
« Peterborough est venu nous voir et a dit : ‘Nous voudrions parler à votre manager’. Nous avons dit non et ils lui ont parlé quand même », explique Vince. « Ensuite, il est venu nous voir et a dit : ‘J’ai entendu dire que Peterborough veut me parler’. Donc c’est une approche illégale. »
Pour le patron de Forest Green, le club de League One a franchi la ligne rouge. Il raconte un entraîneur pris en étau, ballotté entre son club actuel et un prétendant décidé à l’arracher, quitte à tordre les usages.
Savage au milieu du gué
Dans ce récit, Robbie Savage apparaît comme le personnage coincé au centre du champ de tir. Vince insiste sur la dimension personnelle du dossier.
« C’est un ami et il nous a dit qu’il avait un besoin personnel intense de partir. C’était impossible de mener une vraie négociation », confie-t-il.
Forest Green annonce publiquement, fin septembre, que son manager a reçu l’autorisation de parler à un autre club. Quelques jours plus tard, l’offre de Peterborough est confirmée.
Mais pour Vince, la manière laisse un goût amer. Il décrit un processus chaotique, fait de revirements et de promesses verbales qui se dérobent.
« Il est allé là-bas le lundi, ils lui ont offert le poste verbalement, puis ils ont nié lui avoir fait cette offre », détaille le propriétaire de Forest Green. « Ensuite, ils ont dit qu’ils allaient passer à leur deuxième choix, le laissant dans une situation très compliquée, et nous n’avons eu d’autre choix que de dire : ‘Prenez-le, c’est ce qu’il y a de mieux pour lui’. »
Les mots sont lourds : « Peterborough n’a montré aucun respect pour la position de Robbie », lâche Vince, qui affirme avoir finalement cédé « sur leurs conditions », par souci du bien-être de son ami plus que de l’intérêt de son club. Et de conclure, amer : « Le football n’est pas un mauvais milieu, mais il y a des gens qui lui donnent une mauvaise réputation. »
La riposte ferme de MacAnthony
Face à ces accusations, Darragh MacAnthony n’a pas tardé à répondre. Le président de Peterborough United a choisi X pour défendre la conduite de son club, et le ton est sans équivoque.
Selon lui, la nomination de Savage a respecté à la lettre la réglementation en vigueur. Il parle d’un processus « 100 % correct et approprié, suivant toutes les règles ». Pas de zone grise, pas de manœuvre en coulisses : c’est le message qu’il veut faire passer.
MacAnthony rappelle aussi son expérience : vingt ans de propriété dans l’EFL, dit-il, avec un respect affirmé des procédures. Une manière de rejeter en bloc l’idée d’une approche illégale ou d’un jeu trouble derrière le dos de Forest Green.
Pas de surenchère verbale, toutefois. Le patron de Peterborough clôt sa prise de parole publique par un « bonne chance à Forest Green pour la nomination de leur nouveau manager », comme pour tourner la page tout en laissant à l’autre camp la charge des accusations.
Un dossier qui pourrait ne pas en rester là
Pour l’instant, Forest Green n’a pas confirmé avoir saisi la Football Association. C’est un point clé. Sans plainte formelle, l’affaire reste un duel de versions, porté par deux propriétaires aux récits radicalement opposés.
D’un côté, Vince affirme que les règles ont été contournées, que son club a été mis devant le fait accompli et que Savage a été déstabilisé par une cour maladroite et insistante. De l’autre, MacAnthony assure que tout a été fait dans les clous, avec le sérieux d’un dirigeant aguerri.
Entre les lignes, c’est aussi une question d’image. Forest Green se présente comme le club qui a privilégié l’homme à la transaction, acceptant de perdre son manager pour répondre à ce qu’il décrit comme un besoin profond de celui-ci de changer d’air. Peterborough, lui, veut apparaître comme un club structuré, respectueux des règles, simplement déterminé à trouver le bon successeur à Luke Williams.
Savage tourne la page sur le terrain
Pendant que les dirigeants croisent le fer par médias interposés, Robbie Savage, lui, a déjà commencé sa nouvelle vie sur le banc de Peterborough. Et de manière convaincante.
Son équipe vient de s’imposer 3-1 sur la pelouse de Leicester City, une victoire qui donne du crédit à ce choix sportif, quelles en soient les coulisses. Ce week-end, Peterborough reçoit Burton Albion pour le premier match de championnat à domicile de Savage.
Les projecteurs seront braqués sur le terrain, mais l’ombre de cette affaire planera encore au-dessus du club. Si Forest Green décide de pousser le dossier plus loin, la question ne sera plus seulement de savoir si Savage est l’homme de la situation pour Peterborough, mais si son arrivée deviendra un cas d’école sur la manière dont les clubs s’arrachent leurs entraîneurs dans le football moderne.




