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Loris Karius : de Kiev à la Mannschaft, un retour en Bundesliga

Loris Karius n’a jamais vraiment quitté cette nuit de Kiev. Huit ans plus tard, son nom reste associé à la finale de Ligue des champions 2018, à ces deux erreurs fatales contre le Real Madrid, à ce choc à la tête et à une carrière brisée en plein vol. Mais le gardien allemand a décidé que cette histoire ne serait pas le dernier chapitre.

Aujourd’hui, à 33 ans, il garde les buts de Schalke, vient de ramener le club en Bundesliga et regarde de nouveau vers le très haut niveau. Vers la sélection. Vers Jürgen Klopp.

« Je peux redevenir un candidat »

Interrogé par le WAZ sur le nouveau départ de l’équipe d’Allemagne sous la houlette de Klopp, Karius ne s’est pas défilé. Il ne sait pas ce que prépare le nouveau sélectionneur. Mais il connaît sa propre feuille de route.

« Je joue maintenant en Bundesliga avec Schalke – les conditions ne sont pas mauvaises. Si je réalise des performances de très haut niveau, peut-être que je peux redevenir un candidat », a-t-il expliqué.

La formule est simple, presque brute : tout donner pour Schalke, et voir ensuite ce qui vient. Karius insiste : il donnera « tout » pour le club de Gelsenkirchen, et le reste suivra ou non. Pour l’instant, l’obsession est claire : s’imposer avec le maillot bleu roi.

Klopp, le passé commun et la cicatrice de Kiev

Klopp, lui, sait exactement ce que Karius peut offrir. C’est lui qui l’avait fait venir à Liverpool depuis Mainz 05 en 2016, lui qui en avait fait son numéro 1 pendant un temps à Anfield. Le pari semblait gagnant. Jusqu’à Kiev.

Cette finale de Ligue des champions 2018 a tout fait exploser. Liverpool s’incline 3-1 face au Real Madrid, Karius commet deux erreurs majeures, joue avec une commotion cérébrale dont on mesurera la gravité après coup. Le gardien vient de révéler à quel point la chute a été violente.

« Jusqu’à ce moment-là, ma carrière n’avait fait que grimper, puis je me suis soudainement écrasé spectaculairement – tout en bas », confie-t-il.

Le mot est fort : crash. Il décrit une phase noire, une incompréhension totale. « Dans cette période, j’avais le sentiment que personne ne pouvait me comprendre. Je ne voulais plus m’entraîner, je ne voulais plus jouer. » À 25 ans, il a même pensé à arrêter sa carrière. Net.

Il ne rejouera plus jamais pour Liverpool après cette finale perdue. S’ensuivent un prêt à Besiktas entre 2018 et 2020, puis une saison à Union Berlin en 2020/21. En 2022, Liverpool ne lui propose pas de nouveau contrat. L’histoire s’arrête là, sans au revoir.

Des années d’errance, puis la renaissance à Schalke

Après Liverpool, la trajectoire reste cabossée. Deux ans à Newcastle United, une demi-année sans club. Le silence, le doute, l’ombre. Puis l’appel de Schalke, au début de l’année 2025.

Là, enfin, Karius se remet dans le sens de la marche. La saison dernière, l’ancien international allemand chez les jeunes joue un rôle majeur dans la remontée de Schalke en Bundesliga. Dans un club où la pression est permanente, où le moindre faux pas fait trembler tout un bassin industriel, il retrouve ce qui lui manquait : la confiance, la continuité, un rôle central.

Il ne s’en cache pas : il se sent bien. Très bien, même. « Je peux très bien imaginer terminer ma carrière ici. Pour le moment, je ne pense à rien d’autre », assure-t-il.

Les mots disent tout : plus de fuite en avant, plus de projets lointains. Schalke comme refuge, mais aussi comme tremplin. Car le gardien ne se contente pas de savourer. Il vise plus haut.

Klopp ouvre les portes : tout à gagner, rien de garanti

Vendredi, lors de sa première conférence de presse à la tête de l’Allemagne, Klopp a envoyé un message clair à tout le pays. Nouveau cycle, nouvelle hiérarchie à construire, nouvelles têtes à installer.

« J’ai un nombre incroyable d’idées. Tous ceux qui sont éligibles pour l’équipe nationale doivent faire des efforts. C’est un nouveau départ. Des joueurs auront une chance alors qu’ils ne s’y attendent même pas encore », a lancé le sélectionneur, qui dit avoir 57 joueurs de champ dans son viseur pour sa première liste.

Le message est brutal pour les installés, galvanisant pour les autres. Tout est ouvert. Tout est à gagner.

Et dans ce grand jeu de chaises musicales, un poste cristallise toutes les attentions : celui de gardien numéro 1.

Le trône laissé vacant par Neuer

Manuel Neuer a refermé le livre. Revenu spécialement pour la Coupe du monde 2026, il a disputé un dernier tournoi décevant, conclu par une élimination en huitièmes de finale face au Paraguay. Après ce fiasco, il a pris une nouvelle fois sa retraite internationale.

La succession est désormais totalement ouverte. Avant le retour de Neuer, Oliver Baumann (TSG Hoffenheim) occupait la place de titulaire dans le but allemand. Alexander Nübel (Besiktas) et Jonas Urbig (Bayern Munich) se voient aussi une vraie chance de prendre le relais.

Un autre nom reste incontournable : Marc-André ter Stegen. Le gardien du Barcelona, annoncé tout proche d’un prêt à l’Ajax, devait initialement succéder à Neuer après l’Euro 2024. Une série de blessures a brisé ce plan. Il n’a pas dit son dernier mot, loin de là. Ses ambitions restent intactes.

Dans ce paysage dense, Karius n’est pas favori. Mais il existe une brèche. S’il enchaîne les prestations solides, semaine après semaine, avec Schalke en Bundesliga, son nom ne restera pas au bas de la liste. Il peut entrer, réellement, dans les calculs de Klopp.

Septembre, premier verdict

La première grande occasion pour Karius de forcer la main du sélectionneur approche déjà. Fin septembre, l’Allemagne se déplacera aux Pays-Bas en Nations League pour le premier match de l’ère Klopp.

La liste qui tombera avant cette rencontre dira beaucoup. Sur les intentions du nouveau sélectionneur. Sur la hiérarchie dans les buts. Sur le crédit accordé aux hommes en forme, quelle que soit leur histoire.

Pour Karius, ce sera plus qu’une simple convocation potentielle. Ce serait la preuve ultime qu’on peut revenir du « crash spectaculaire » qu’il décrit lui-même, se relever, reconstruire, et frapper de nouveau à la porte de la Mannschaft. La question est simple, presque cruelle : après avoir touché le fond, jusqu’où peut-il remonter ?