Liverpool d'Iraola : premier aperçu à Nashville
Le décor est inhabituel, l’attente familière. À des milliers de kilomètres d’Anfield, dans le Geodis Park de Nashville, Liverpool s’apprête à ouvrir une nouvelle ère sous la direction d’Andoni Iraola, face à Sunderland, ce samedi (17h heure locale, 23h BST).
Un match amical sur le papier. Tout sauf anodin dans les faits.
Une minute d’applaudissements, puis la nouvelle ère
Avant même le premier ballon, l’émotion primera. La mort de Kevin Keegan plus tôt dans la semaine marquera la soirée : joueurs de Liverpool et de Sunderland porteront un brassard noir, une minute d’applaudissements précédera le coup d’envoi. Hommage à une légende, puis place au futur.
Pour Iraola, ce futur commence ici, dans la « Music City », loin de la ferveur d’Anfield mais sous le même microscope. Trois matches aux États-Unis – Sunderland à Nashville, puis Wrexham à New York et Leeds à Chicago – pour dessiner les premières lignes de son Liverpool.
Le Basque sait exactement dans quoi il s’engage.
Iraola, clair sur sa mission
Pas de grands effets de manche, mais une idée fixe. Iraola l’a répété : tout se jouera sur le terrain.
« Pour moi, maintenant, il s’agit de créer une très bonne équipe à affronter, une équipe très difficile à battre », explique-t-il. « L’équipe que j’imagine – celle que je vois et à laquelle je pense – si nous devenons cette équipe, je pense que nous allons réussir.
« Le plus important que nous puissions offrir, ce sont nos performances. Peu importe si je parle bien ou non, si je dis les bonnes choses ou pas. À la fin, les gens veulent juste voir l’équipe bien jouer et obtenir de bons résultats. Je sais que c’est 90 % de mon travail. »
La Premier League jugera les résultats. La tournée américaine, elle, jugera le style. Comment ce Liverpool va-t-il presser, attaquer, respirer sous Iraola ?
« Il a tout pour réussir à Liverpool »
Le défi est immense : passer de Bournemouth à Liverpool, sans temps d’adaptation accordé par l’environnement. Mais chez les anciens, la confiance est là.
« C’est un énorme pas en avant depuis Bournemouth mais il le mérite. Il a toutes les qualités pour être un grand manager de Liverpool et je suis presque certain qu’il peut le devenir », confie Ian Rush à la BBC.
Le Gallois insiste sur ce qui compte le plus sur les bords de la Mersey : l’intention de jeu.
« Son style de football colle avec Liverpool. Ça aidera aussi avec les supporters. Peut-être qu’avec Slot, c’était un peu plus défensif, mais les supporters veulent se mettre derrière l’équipe. Ils ne le feront que si tu attaques ou que tu presses haut. L’atmosphère était atone par moments la saison dernière. C’est Liverpool, et nous voulons jouer un football de pressing haut. Nous saurons dans les prochains jours à quoi cela ressemble. »
Le message est clair : ici, on ne vient pas pour gérer, on vient pour imposer.
Nashville, ambiance feutrée mais enjeu réel
Ironie du calendrier : pour ce premier aperçu du Liverpool version Iraola, la ville n’est pas totalement à l’heure rouge. Le Geodis Park peut accueillir environ 30 000 spectateurs, mais il reste encore beaucoup de billets en vente. Dans les rues, difficile de deviner que Liverpool est « en ville ».
Cela ne change rien à l’exigence interne. Dans cette capitale de la musique, Iraola doit déjà accorder ses instruments. Obtenir, dès ce premier match, une équipe qui « chante juste », même en rodage.
Un groupe large, des absents de poids
Liverpool voyage avec un groupe de 32 joueurs. Certains ne sont là que pour poursuivre leur rééducation au contact du groupe plutôt que de rester seuls au centre d’entraînement.
Avec la Coupe du monde cet été, l’absence de quelques cadres se comprend. Florian Wirtz, Alexander Isak et Ryan Gravenberch rejoindront la tournée lors de la deuxième semaine du camp. Alexis Mac Allister et Victor Munoz seront les derniers à intégrer le groupe. Cody Gakpo, Virgil van Dijk et Alisson, eux, ne feront pas le voyage.
Dans ce contexte, l’ambiance décrite en interne est celle d’un groupe jeune, frais, presque libéré.
Ian Rush pointe un détail qui compte à ce stade de la préparation : « Szoboszlai et Kerkez n’ont pas disputé la Coupe du monde et je peux vous le dire par expérience, parce que je n’y suis jamais allé : ces joueurs ont eu un long repos et ils seront impatients de s’y remettre. »
Retours, promesses et chantier mercato
Parmi les bonnes nouvelles, Harvey Elliott est de retour dans le groupe. Les plus attentifs auront aussi remarqué la réapparition de Stefan Bajcetic à l’entraînement collectif, jeudi. Le milieu espagnol n’a plus joué pour le club depuis 2024. Sa présence change le visage du milieu, et Iraola veut le voir à l’œuvre.
Mais même avec ces retours, le constat est implacable : ce groupe doit être renforcé avant le début de la Premier League.
Le club savait dès mars, voire avant, que Mohamed Salah partirait. Il n’a toujours pas été remplacé.
Liverpool cible un ailier. Bradley Barcola apparaît comme l’option la plus probable, sans que rien ne soit encore bouclé. En attendant, un nom revient avec insistance dans les séances : Rio Ngumoha. À 17 ans, le jeune ailier s’entraîne sur les deux côtés, capable de jouer à droite comme sur son côté naturel, à gauche.
Le talent ne fait aucun doute. Mais la direction sait qu’un renfort offensif d’envergure reste indispensable cet été.
Rush ne se fait pas d’illusions sur l’ampleur du défi : « Il est encore jeune, mais comme le manager l’a dit, nous avons besoin de quelqu’un pour remplacer Salah et ce ne sera pas facile du tout. Nous avons Isak, qui a bien joué à la Coupe du monde, et j’espère qu’il reviendra comme un nouveau joueur, avec l’envie de prouver deux ou trois choses après la saison dernière. »
Les jeunes à surveiller aux États-Unis
Cette tournée ne servira pas seulement à installer les principes d’Iraola. Elle offrira aussi une vitrine à une génération qui frappe déjà à la porte.
Dans la prochaine semaine, les supporters devraient voir davantage Kieran Morrison, 19 ans, déjà apparu la saison dernière, ainsi que Will Wright, 18 ans, et Josh Sonni-Lambie, 18 ans.
Un autre nom circule avec insistance dans les couloirs : Josh Abe. À 16 ans, le milieu est considéré comme l’un des plus grands espoirs du football anglais. Ces matches amicaux, loin de la pression d’Anfield, offrent un terrain idéal pour un premier aperçu.
Nashville ne vibrera peut-être pas comme le Kop, mais c’est ici que le Liverpool d’Iraola pose sa première pierre. Pressing, rythme, jeunesse, et un vide immense à combler sur l’aile droite : les questions sont nombreuses, les réponses commencent ce soir.




