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Lia Wälti fait son retour à Brighton pour se sentir valorisée

Lia Wälti n’a pas tourné longtemps autour du pot. Un an après avoir quitté Arsenal pour tenter l’aventure à la Juventus, la milieu suisse est de retour en Women’s Super League, cette fois sous le maillot de Brighton. Et derrière ce transfert, il y a bien plus qu’un simple choix sportif.

« Je manquais du sentiment d’être valorisée en tant que footballeuse », confie la capitaine de la Suisse. Le mot est lâché : valorisée. Soutenue. Considérée. Tout ce qu’elle dit avoir perdu en Italie.

De la vitrine Arsenal au choc italien

Pendant sept saisons, Wälti a incarné le cœur du milieu d’Arsenal. 183 matches, quatre trophées majeurs, dont la Ligue des champions et le titre en WSL. Une période où elle a vécu de l’intérieur la montée en puissance du football féminin en Angleterre, avec des stades qui se remplissent, une culture de supporters qui s’installe, des structures qui se professionnalisent.

L’été dernier, à 32 ans, elle choisit la Juventus. Un nouveau pays, un grand nom, un défi différent. La réalité la frappe de plein fouet.

Elle parle de « différences extrêmes » en matière de professionnalisme. Pas pour dénigrer la Serie A féminine, insiste-t-elle, mais parce que la comparaison avec la WSL est brutale. « Le football en Angleterre, en WSL, a un standard qui n’est comparable à aucun autre championnat », explique-t-elle. Derrière cette phrase, il y a une forme de désillusion : « C’est un peu triste et décevant de voir que beaucoup de filles à l’étranger n’ont pas les mêmes opportunités ou standards en termes d’environnements professionnels. »

Des tribunes vides et un vide culturel

Ce qui lui manque le plus ? Le bruit. La vie autour des matches. La sensation de faire partie d’un spectacle que les gens attendent.

En Italie, dit-elle, il n’y a « absolument pas de culture de fans » autour du football féminin. « Pas seulement à la Juve, en général dans le pays. » Des tribunes clairsemées, parfois vides. Des rencontres qui ressemblent davantage à des séances d’entraînement qu’à des affiches de championnat. « Chaque match donnait un peu cette impression-là. »

À l’inverse, l’Angleterre lui a offert une autre dimension. Même les petits stades, pleins, vibrent. On sent la curiosité, puis l’attachement du public. Elle a vécu la croissance de ce mouvement, match après match, saison après saison. Y renoncer s’est finalement révélé impossible.

« Je manquais le sentiment d’être soutenue à 100 %, d’avoir le sentiment que tout est mis en place pour nous », résume-t-elle.

L’image à l’écran, un révélateur

Pour Wälti, le problème dépasse largement les tribunes. Il commence aussi par ce que les gens voient… ou ne voient pas.

« Il faut amener le jeu aux gens. Il faut presque les forcer à le regarder. J’ai eu l’impression que c’est comme ça que ça a commencé en Angleterre », analyse-t-elle. Diffusion régulière, créneaux visibles, réalisation soignée : le produit est mis en valeur.

Ailleurs, notamment en Italie, le contraste est saisissant. Mauvaise couverture, matches peu ou pas diffusés, caméras mal placées. « On ne voit pas la vitesse, ni les tactiques, ni rien, et on ne prend pas de plaisir à regarder le match. » Quand, en Angleterre, les grandes enceintes et les angles de caméra offrent une lecture claire du jeu, le spectacle devient plus attractif. Le public suit.

Des terrains indignes et des talents perdus

La pelouse. Ou ce qui en tient lieu. Pour Wälti, c’est là que commence le vrai fossé.

Elle parle de terrains artificiels usés jusqu’à la corde, de pelouses naturelles défoncées. « Dans beaucoup de pays, tu joues soit sur les pires synthétiques, soit sur les pires gazons. Même une équipe de Premier League qui jouerait là-dessus aurait l’air mauvaise, parce que ce n’est tout simplement pas possible de produire du beau football. »

La Suisse n’échappe pas à ces manques. Elle connaît ce paysage, elle y a grandi. Et c’est parce qu’elle a vu l’autre côté – celui d’une ligue qui investit massivement – qu’elle se dit aujourd’hui « passionnée » par l’idée de pousser au changement. Mais elle sait aussi que le nerf de la guerre reste le même partout : l’argent, et la patience. « Il faut faire le premier pas, investir dans tout ça avant de recevoir quelque chose en retour. Beaucoup de pays n’ont ni l’argent, ni la patience. »

Le résultat, il est cruel : « Beaucoup de talent dans le football féminin se perd parce que les joueuses sont dans de mauvais environnements, où personne ne les voit, ou parce qu’elles n’ont pas la chance d’atteindre leur potentiel. »

Une frustration italienne, un choix clair pour Brighton

En Italie, Wälti a tenté de faire bouger les lignes. Elle a parlé, insisté, alerté. Sans écho. « Quand on s’exprimait, rien ne se passait. C’était frustrant. » Au moment de réfléchir à son avenir, alors qu’il lui restait un an de contrat à la Juventus, la décision s’est peu à peu imposée.

Elle voulait retrouver un cadre qu’elle connaît : exigeant, structuré, ambitieux. Brighton cochait toutes les cases.

Le club anglais a annoncé au printemps un projet fort : la construction du premier stade spécifiquement dédié au football féminin en Europe, pour un coût estimé entre 75 et 80 millions de livres. Ce n’est pas un simple signal, c’est une déclaration d’intention. Déjà en 2021, l’équipe féminine avait intégré les installations de l’American Express Elite Football Performance Centre, après un investissement de 8,5 millions de livres.

Sur le terrain, Brighton a atteint la finale de la Women’s FA Cup en mai, une première dans son histoire, et affiche désormais l’ambition de venir bousculer le top 3 de la WSL sous la direction de Dario Vidosic.

Wälti savait où elle mettait les pieds. « Après cette expérience en Italie, je savais un peu mieux ce que je voulais, ou ne voulais plus », explique-t-elle. Elle avait déjà une grande confiance dans le projet de Brighton, nourrie par ce qu’elle voyait de l’extérieur et par les retours du vestiaire anglais. « J’ai entendu d’autres joueuses parler des investissements du club, je n’ai entendu que des choses positives. Il n’y a pas de meilleur retour que celui des joueuses. »

Les premiers jours sur place ont confirmé son intuition. « Dès les premiers moments avec le club, j’ai senti que c’était le bon endroit : un club qui se soucie du football féminin, qui investit dedans, avec les bonnes personnes en place. »

À 33 ans, la capitaine de la Nati arrive à Brighton avec son vécu, ses exigences et une conviction : si l’Angleterre a montré la voie, d’autres pays peuvent suivre. À condition de le vouloir vraiment.