Leny Yoro : Premier match marquant sous Zidane
Zinedine Zidane n’a pas mis longtemps à marquer de son empreinte son retour chez les Bleus. Lundi soir, au terme d’une trêve internationale dense avec quatre rencontres de Ligue des nations, le nouveau sélectionneur a lancé Leny Yoro dans le grand bain. Et le défenseur de Manchester United lui a répondu avec un match plein, dans une victoire éclatante contre la Belgique (4-1).
Didier Deschamps parti après quatorze ans de règne, Zidane a repris le flambeau à 54 ans, avec une génération en pleine transition. Dans ce décor, Yoro n’était même pas censé être là. Le début de saison avait été poussif, la première liste s’était faite sans lui. Il a fallu le forfait d’Ibrahima Konaté, blessé, pour que son nom apparaisse, tardivement, sur la feuille.
Les trois premiers rendez-vous sont passés sans lui. Trois matches, trois fois sur le banc. La France a dominé Turkiye, fait plier la Belgique une première fois, puis partagé les points avec l’Italie. Yoro a observé, patient, silencieux. Lundi, tout a changé.
Zidane lui ouvre la porte, Yoro la défonce
Pour la manche retour face aux Belges, Zidane tranche : Yoro débute. D’entrée. À 20 ans. Dans un stade acquis à la cause des Bleus, face à un adversaire qui ne pardonne rien. Le décor idéal pour se brûler les ailes. Ou pour s’imposer.
La France encaisse un but en contre-attaque en première période. Un coup de froid. Mais le jeune défenseur ne s’effondre pas. Il tient, se replace, gagne ses duels, lit les trajectoires. Peu à peu, son assurance saute aux yeux. Parmi les vingt-deux sur la pelouse, il fait partie de ceux qui dégagent le plus de calme.
Devant, la révolte arrive d’ailleurs. Désiré Doué accélère le rythme, Rayan Cherki prend le jeu à son compte, Michael Olise finit par faire exploser la défense belge. Les vagues bleues se succèdent, les filets tremblent, le score enfle jusqu’à 4-1. La soirée devient une démonstration.
Au coup de sifflet final, Zidane n’oublie pas celui qui vivait sa première. Interrogé sur la prestation de son jeune défenseur, l’ancien Ballon d’Or coupe court à tout débat : « Il a fait un très grand match aujourd’hui. Je suis très content pour lui. Il a très bien fait son rôle. » Sobre, mais lourd de sens. Quand Zidane souligne, le vestiaire écoute.
« Je ne pouvais pas rêver mieux »
Yoro, lui, savoure. Le sourire est large, mais le discours reste lucide. Devant les caméras de Canal + Foot, il laisse tomber une phrase qui résume tout : il savait la portée du moment.
« Honnêtement, je ne pense pas que j’aurais pu rêver mieux. Un match à domicile contre la Belgique, avec ma famille dans les tribunes. C’était vraiment un très beau match. Bien sûr, on aurait espéré un clean sheet, mais on a la victoire, donc on ne va pas se plaindre. C’était incroyable. »
Le regret du but encaissé montre le défenseur, l’exigence. Le reste, c’est le gamin qui réalise que sa carrière vient de changer de dimension. Une première cape, une prestation solide, un sélectionneur conquis : la soirée coche toutes les cases.
De Zidane à Carrick : un message clair pour Manchester United
Cette éclaircie en Bleu tombe à un moment clé pour sa saison en club. À Manchester United, Leny Yoro a déjà goûté aux critiques. Certaines de ses sorties ont été jugées trop irrégulières, parfois fébriles. Depuis qu’il a succédé à Ruben Amorim, Michael Carrick s’appuie surtout sur Harry Maguire et Lisandro Martinez pour verrouiller l’axe.
Samedi, United joue gros. Un choc déjà lourd de conséquences face à Tottenham, autre équipe en difficulté. Match à gagner, impérativement. Dans ce contexte, la question s’impose : peut-on vraiment laisser sur le banc un défenseur qui vient de signer une telle prestation sous le maillot des Bleus, adoubé par Zidane lui-même ?
Martinez doit revenir tard de sélection, avec un détour par le match testimonial de Lionel Messi dans la nuit de mardi à mercredi. Fatigue, décalage, gestion des organismes : tout s’accumule. Carrick devra trancher. Miser sur la hiérarchie installée ou surfer sur la vague de confiance d’un jeune central qui vient de prouver qu’il pouvait répondre présent au très haut niveau.
Ayden Heaven reste une option, mais sa mauvaise passe récente en fait une solution secondaire. Matthijs de Ligt, lui, envoie des signaux positifs à l’entraînement. Les sensations reviennent, le corps suit. Pourtant, le relancer d’emblée dans une rencontre aussi brûlante comporte un risque évident.
Dans ce paysage, Yoro apparaît comme le point d’équilibre possible. Ragaillardi par sa semaine en sélection, conforté par les mots de Zidane, il arrive à Carrington avec un statut légèrement différent. Pas encore celui d’indiscutable, mais plus vraiment celui du jeune à ménager.
Samedi, face à Tottenham, on saura si Michael Carrick a entendu le message envoyé par l’équipe de France. Et si la nuit belge de Leny Yoro marque simplement un tournant international… ou le début d’un vrai basculement dans sa place à Manchester United.




