José Mourinho : élégance de Zidane et amour de Rome
José Mourinho parle rarement à moitié. Quand il se confie, il déroule une vie entière de football, de vestiaires et de finales européennes. Dans un long entretien accordé à Sport Week, l’actuel entraîneur de Benfica a revisité sa carrière, ses choix, ses certitudes… et même la prochaine Coupe du monde.
Zaniolo, la prophétie accomplie
Nicolò Zaniolo l’avait déjà raconté : pour lui, Mourinho est un « maître », capable d’anticiper le scénario d’un match avec une précision presque déroutante. Interrogé sur cette réputation, le Portugais esquisse un sourire.
« Presque », corrige-t-il.
Puis il lâche un exemple très concret. La finale de l’Europa Conference League entre sa Roma et Feyenoord, à Tirana. « Une chose que j’avais prédite et qui s’est vraiment produite, c’est que Zaniolo marquerait le but décisif », raconte-t-il. On connaît la suite : contrôle, piqué, trophée. La première coupe européenne de l’histoire de la Roma, et une prédiction de plus à ranger dans la légende de Mourinho.
Zidane, la définition de l’élégance
Au fil de l’entretien, la discussion glisse vers les joueurs qui incarnent une idée, un concept. On lui demande de citer celui qui, pour lui, représente l’élégance absolue.
Mourinho n’hésite pas. « Le premier nom qui me vient à l’esprit, c’est Zinedine Zidane. »
Il sait très bien que cette réponse peut faire sourire certains de ses anciens soldats. « Marco Materazzi pourrait m’en vouloir de le dire », concède-t-il. Mais pour lui, regarder jouer Zidane, « c’était de la pure beauté ». Une phrase simple, nette, qui résume ce que beaucoup ont ressenti devant le numéro 10 français, sans jamais trouver les mots justes.
Inter, Real Madrid et la ville de son cœur
Dans ce voyage à travers ses souvenirs, Mourinho revient aussi sur un moment clé : son départ de l’Inter pour le Real Madrid. Avec le recul, referait-il le même choix ? Sa réponse ne laisse aucune place au doute : oui, il partirait à nouveau pour le club madrilène.
Puis la question se fait plus intime : sa ville préférée comme entraîneur. Il aurait pu citer Londres, Madrid, Milan. Il choisit autre chose. « L’important, c’est d’être avec les gens que j’aime. Ça pourrait même être le désert du Sahara », lâche-t-il, avant de préciser tout de même : « Pour moi, la plus belle ville du monde, c’est Rome. »
Rome, où il a laissé un trophée européen, une empreinte émotionnelle et un stade qui continue de scander son nom, même après son départ.
Portugal, une génération pour régner
Impossible d’éviter le sujet qui agite déjà la planète football : la prochaine Coupe du monde. Mourinho ne se cache pas derrière des formules prudentes. Il croit à fond au potentiel de son pays.
« Le Portugal peut tout faire », affirme-t-il. Il rappelle le titre en Nations League, puis l’Euro 2016. Et surtout, il insiste sur la qualité actuelle de l’effectif : « Cette génération est techniquement supérieure à celle qui a gagné en 2016. »
Il n’oublie pas la concurrence. Il cite le Brésil de Carlo Ancelotti, l’Argentine, ces géants programmés pour aller au bout. Mais il maintient : le Portugal peut gagner ce Mondial. Pas comme un outsider romantique, mais comme un candidat sérieux au titre.
Iran, politique et mérite sportif
Le débat se déplace ensuite sur un terrain plus sensible : la participation de l’Iran à la Coupe du monde. Gianni Infantino a confirmé la présence de la sélection iranienne, mais les tensions au Moyen-Orient alimentent encore les doutes autour de sa participation effective.
Dans ce contexte, Paolo Zampolli, envoyé spécial de Donald Trump, multiplie les déclarations pour pousser l’Italie comme remplaçante potentielle de l’Iran en cas de forfait.
Mourinho, lui, refuse le mélange des genres. « Une chose, c’est la politique, une autre, c’est le sport », tranche-t-il. Pour lui, le principe est clair : « Les joueurs iraniens qui se sont qualifiés pour la Coupe du monde méritent de la jouer. » Il glisse au passage un tacle à la nouvelle formule de la compétition, qu’il juge gonflée à l’excès : un Mondial « avec trop d’équipes ». Mais cela ne change rien à son point de vue : ceux qui ont gagné leur place sur le terrain doivent la conserver.
Un entraîneur qui parle de beauté en pensant à Zidane, de loyauté en pensant à l’Iran, de puissance en évoquant le Portugal, et qui continue de jurer fidélité à Rome : Mourinho n’a pas changé. Il a simplement plus d’histoires vraies à raconter.




