Jorge Jesus prend les rênes de la Seleção
La Fédération portugaise a tranché. Après l’échec en huitièmes de finale de Coupe du monde face à l’Espagne, Roberto Martinez s’en va, et c’est Jorge Jesus qui prend les commandes du Portugal. À 71 ans, le technicien lisboète hérite d’une sélection qui co-organisera le Mondial 2030, mais qui n’a plus vu le dernier carré depuis 2006. Le défi est immense, le personnage aussi.
Un vétéran aux cicatrices de 36 ans de banc
La carrière de Jorge Jesus s’étire sur 36 ans et raconte une obsession : gagner. Deux passages à Benfica, un saut spectaculaire chez le rival Sporting CP en 2015, une parenthèse flamboyante à Flamengo, des expériences fortes à Al Hilal, Fenerbahce puis Al Nassr. Partout, ou presque, il a laissé une empreinte.
Son palmarès parle pour lui : 25 trophées, dont trois titres de champion du Portugal avec Benfica, un championnat du Brésil avec Flamengo, et le titre en Saudi Pro League avec Al Hilal puis avec Al Nassr. Un collectionneur de coupes, mais surtout un entraîneur qui a bâti sa réputation sur des équipes agressives, intenses, capables d’imposer leur rythme.
Ces trois dernières saisons, il vivait au cœur de la Saudi Pro League. La dernière, à Al Nassr, a marqué un tournant : il y retrouve Cristiano Ronaldo, qu’il avait accepté de rejoindre en expliquant ne pas pouvoir « refuser l’invitation » de la légende portugaise. Ensemble, ils ramènent au club son premier titre en sept ans. Une manière de rappeler, à distance, que Jorge Jesus sait encore mener un vestiaire rempli de stars.
Il a quitté Al Nassr à l’issue de la saison 2025-26. Ange Postecoglou lui a succédé sur le banc du club de Riyad. Jesus, lui, attendait le bon appel. Il vient de Lisbonne.
Le Portugal, entre héritage et urgence
Le décor de sa prise de fonction est paradoxal. Le Portugal n’est pas une sélection en ruine. Elle a gagné l’Euro 2016, soulevé la Nations League en 2019 puis de nouveau en 2025. Elle reste une habituée des grands rendez-vous. Mais le plafond de verre mondial résiste : plus de demi-finale de Coupe du monde depuis 2006, malgré des générations dorées qui se succèdent.
La défaite en huitièmes contre l’Espagne, lundi, a scellé le sort de Roberto Martinez. Le cycle semblait épuisé. Il fallait une rupture de style, une main ferme, une personnalité capable de tenir un vestiaire expérimenté et d’installer un nouveau cadre avant 2030. Jorge Jesus arrive avec ce profil-là : autoritaire, exigeant, obsédé par le détail tactique.
Le contexte change, pourtant, sur un point fondamental : Cristiano Ronaldo a annoncé plus tôt ce mois-ci qu’il ne disputerait plus de Coupe du monde. 146 buts en 233 sélections, record absolu. Une ère se ferme officiellement. La prochaine Coupe du monde sera co-organisée par le Portugal avec l’Espagne et le Maroc, tandis que l’Uruguay, l’Argentine et le Paraguay accueilleront les premiers matches de la compétition. Le pays sera au centre du tournoi… sans son plus grand symbole sur le terrain.
C’est dans ce vide symbolique que Jorge Jesus doit s’installer. Il connaît Ronaldo, il connaît la pression, mais il devra désormais bâtir une Seleção qui ne vit plus à travers lui.
Un sélectionneur qui aurait pu être au Brésil
Le nom de Jorge Jesus circulait depuis longtemps au plus haut niveau international. En mars 2025, The Athletic révélait qu’il figurait parmi les principaux candidats au poste de sélectionneur du Brésil, aux côtés de Carlo Ancelotti. C’est finalement l’Italien qui a pris la tête de la Seleção brésilienne après son départ du Real Madrid en mai.
Le Portugal a donc récupéré un entraîneur qui figurait sur les tablettes de l’une des nations les plus prestigieuses du football mondial. Une forme de reconnaissance tardive, mais lourde de sens. Jesus arrive avec ce statut-là : celui d’un technicien dont le football a séduit sur plusieurs continents, de Lisbonne à Rio, de Riyad à Istanbul.
Une mission claire : ramener le Portugal au sommet mondial
La question n’est plus de savoir si Jorge Jesus est assez grand pour le poste. Elle est de savoir s’il peut, à son âge, imprimer suffisamment vite sa marque sur une sélection qui n’a plus le temps d’attendre.
Le Portugal jouera “sa” Coupe du monde en 2030, à domicile ou presque. La génération qui arrive devra porter ce poids. Les titres européens récents ont installé une exigence nouvelle : ne plus seulement exister, mais viser la dernière marche.
Jorge Jesus a bâti sa carrière sur des paris audacieux et des décisions tranchées, comme lorsqu’il avait quitté Benfica pour Sporting CP en 2015, déclenchant un séisme dans la capitale. Cette fois, il ne change pas seulement de club. Il prend en main le destin d’un pays qui veut enfin transformer son potentiel mondial en réalité.
La Seleção entre dans l’ère Jorge Jesus avec une certitude : elle ne manquera ni de caractère, ni d’ambition. Reste à savoir si cela suffira, dans cinq ans, pour entendre à nouveau l’hymne portugais en demi-finale d’une Coupe du monde.




