Jeff Bezos et Liverpool : Impact sur les supporters des Reds
Les supporters de Liverpool savent désormais un peu mieux à quoi s’attendre si Jeff Bezos fait son entrée à Anfield. Le fondateur d’Amazon, l’un des hommes les plus riches de la planète, fait partie d’un consortium sur le point de racheter environ 30 % du club, toujours majoritairement détenu par Fenway Sports Group (FSG).
Sur les ondes de talkSPORT, l’expert en finances du football Stefan Borson a décortiqué ce que cette arrivée pourrait réellement changer pour Liverpool.
FSG, un pari à 300 millions devenu mine d’or
Borson a d’abord rappelé le chemin parcouru par FSG depuis son arrivée en 2010. À l’époque, Liverpool est en difficulté.
« Ils ont acheté le club pour 300 millions de livres et vous vous souviendrez qu’il était en détresse », a-t-il expliqué. « Quand ils l’ont racheté, le club était assez proche de l’administration. C’était très sérieux. Ils l’ont eu à un prix d’aubaine. »
Depuis, FSG a transformé l’actif. Sur le plan business, Borson estime qu’ils ont « pratiquement tout fait parfaitement » et qu’ils en récoltent aujourd’hui les fruits. Ils ont déjà cédé des parts à d’autres co-investisseurs de private equity. Résultat : selon lui, avec cette nouvelle opération, « ils sont à zéro », autrement dit leur mise initiale est déjà largement couverte.
La vente annoncée de ce nouveau bloc de parts pourrait représenter « un milliard de livres dans leur poche », avance Borson, qui y voit un signal clair : un pas vers une sortie totale à terme.
Bezos arrive… mais pas de chèque en blanc
Gabby Agbonlahor a posé la question que se posent tous les supporters : qu’est-ce que cela change concrètement pour Liverpool sur le marché des transferts ?
« Les supporters de Liverpool qui nous écoutent vont dire : “On a déjà des propriétaires milliardaires, on dépense beaucoup d’argent. Est-ce qu’on pourra dépenser plus maintenant ? Les règles sont toujours là, non ? On ne peut pas dépenser ce qu’on veut, alors qu’est-ce que ça change ?” »
Borson n’a pas entretenu le rêve d’un mercato sans limites.
« C’est ça, le point clé : ils sont déjà dans ce monde de propriétaires de private equity et de grandes fortunes », a-t-il répondu. Selon lui, « très peu de choses changent en termes de ce qu’ils peuvent dépenser ». Il a rappelé que le club sort tout juste d’un été où il a déjà investi « 400 millions de livres ».
Les règles financières encadrent toujours les dépenses, quel que soit le nom sur le carnet de chèques. L’arrivée de Bezos ne fera pas sauter les plafonds réglementaires.
Un club ou un “actif global” ?
Alan Brazil a tenté de rassurer les supporters en leur demandant de ne pas paniquer. Borson, lui, a pointé un autre type d’inquiétude, plus identitaire.
À ses yeux, une partie des fans risque de mal vivre la montée en puissance d’un discours purement financier autour de Liverpool.
« Je pense que c’est plutôt l’inverse », a-t-il expliqué à propos de la panique. « Ils vont probablement s’opposer légèrement à la commercialisation de Liverpool Football Club en tant qu’actif global. »
Il décrit un langage très “Wall Street” : « actifs », « classes d’actifs », valorisations… Un vocabulaire qui tranche avec l’image d’un club populaire, ancré dans sa ville.
« C’est ce genre de choses qui va faire dire aux supporters : “Minute, on est un club de football” », prévient-il.
Mais Borson rappelle que Liverpool n’est pas un cas isolé. Les clubs du “top six” évoluent désormais dans des sphères de valorisation où ils se négocient environ six fois leur chiffre d’affaires, ce qui en fait des organisations valorisées en plusieurs milliards de livres. Le football d’élite joue désormais à cette échelle-là.
Un consortium ambitieux… et une porte ouverte sur l’avenir
Pour l’instant, FSG garde la main. Bezos et ses partenaires ne visent qu’une participation minoritaire. Mais la porte vers une prise de contrôle totale reste entrouverte pour l’avenir.
Le consortium est mené par Amit Bhatia, gendre du magnat de l’acier Lakshmi Mittal. La famille Mittal détient déjà une participation minoritaire dans le club de Championship QPR. Parmi les autres noms associés au projet figure Eduardo Saverin, co-fondateur de Facebook.
Le mois dernier, un porte-parole de FSG a confirmé l’intérêt : « Un consortium d’investisseurs dirigé, géré et représenté par Amit Bhatia a exprimé son intérêt pour un investissement minoritaire stratégique dans Liverpool Football Club. »
Sous la houlette de FSG, Liverpool a retrouvé les sommets : deux titres de Premier League et une sixième couronne européenne sont venus garnir l’armoire à trophées. Le club aborde maintenant une nouvelle ère sportive, avec Andoni Iraola fraîchement nommé sur le banc et le coup d’envoi de la saison 2026/27 de Premier League qui approche.
Reste une question brûlante : à l’heure où les grands clubs deviennent des “actifs” à plusieurs milliards, jusqu’où Liverpool pourra-t-il rester fidèle à son âme tout en ouvrant la porte à Jeff Bezos et à la finance mondiale ?




