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Irlande du Nord écrase l'Ukraine 3-0 : Une jeunesse qui s'affirme

Michael O'Neill avait passé la semaine à éteindre les braises de Lyon 2016. Pas de nostalgie, pas de discours sur les exploits d’antan. Juste un message répété : l’important, c’est ce qui arrive.

Vendredi soir à Trnava, son équipe lui a donné raison. Spectaculairement.

Une jeunesse décomplexée qui frappe fort

Face à une Ukraine qui ne perd presque jamais, l’Irlande du Nord a signé un 3-0 aussi net que brutal. Un score, mais surtout une déclaration d’intention. L’avenir, c’est maintenant.

La moyenne d’âge du onze de départ ? 22 ans. La plus jeune équipe nord-irlandaise depuis la Seconde Guerre mondiale. Sur le terrain, pourtant, on aurait juré voir un groupe rodé, sûr de lui, presque cynique dans la gestion des temps forts.

Le seul trentenaire approchant, ou presque, c’était Ciaron Brown. À 28 ans, le défenseur d’Oxford était l’unique titulaire de plus de 25 ans. C’est lui qui a montré la voie dès la 9e minute. Sur une remise de Ruairi McConville, Brown se retrouve au bon endroit, au bon moment, et ouvre le score. Simple, clinique.

La pression ne retombe pas. Michael O'Neill avait décidé d’offrir une première titularisation au jeune Kieran Morrison, 19 ans. Pari gagnant. Son centre, parfaitement dosé, trouve Isaac Price, qui double la mise. Price, 23 ans, signe son premier but international depuis un peu plus d’un an. Deux actions, deux éclairs de jeunesse, et une Ukraine déjà sonnée.

Brown, patron discret devenu homme de la soirée

La soirée de Brown ne s’arrête pas là. À une demi-heure de la fin, son coup de tête finit au fond dans des circonstances étranges, Dmytro Riznyk étant pris à contre-pied et totalement battu. Deux buts pour un défenseur central, dans le match le plus abouti de sa carrière internationale.

Ce doublé récompense un joueur qui, depuis longtemps, avance loin des projecteurs mais rarement loin du niveau. Aligné dans une défense à cinq, il a été le visage le plus visible d’un bloc qui vient d’enchaîner un troisième clean sheet consécutif.

Autour de lui, tout respire la fraîcheur. Sur les côtés, Brodie Spencer et Terry Devlin, appelés au poste de latéraux, ont répondu présent. Mais ce sont surtout les deux autres centraux, McConville et Tom Atcheson, qui ont crevé l’écran.

McConville, 21 ans, défenseur de Norwich City, a dominé sa surface. Autoritaire dans les duels, propre dans ses interventions, il s’offre même une passe décisive sur le premier but. Et détail révélateur de l’état d’esprit : sur le troisième but, il laisse le ballon franchir la ligne sans le pousser lui-même, pour laisser Brown signer son doublé. Un geste qui en dit long sur la cohésion du groupe.

À ses côtés, Atcheson, 20 ans, joueur de Blackburn Rovers, n’a pas tremblé. Déjà aperçu en mars pour ses débuts au pays de Galles, il a cette fois dégagé une sérénité étonnante pour son âge. Michael O’Neill l’a résumé en un mot : « terrifiques », lui et McConville. Pour le sélectionneur, ces deux-là « n’ont pas de plafond » et sont déjà prêts pour l’échelon supérieur.

Une victoire qui change d’échelle

Ce 3-0 ne remplacera pas la nuit de Lyon dans l’imaginaire collectif. Mais il s’en approche par la portée. Sur les douze derniers mois, seules la Suède et la France avaient réussi à faire tomber l’Ukraine. Désormais, l’Irlande du Nord s’invite dans ce club fermé.

Le contexte renforce encore la performance. Pas de Dan Ballard, blessé. Pas d’Ethan Galbraith. Pas de Conor Bradley, le latéral de Liverpool. Justin Devenny sur le banc au coup d’envoi. Une équipe rajeunie, privée de cadres, qui va s’imposer avec autorité à l’extérieur.

Shea Charles avait déjà offert à la sélection sa toute première victoire à l’extérieur en Nations League, au bout du temps additionnel, en Géorgie. Cette fois, c’est la plus large victoire loin de ses bases depuis cinq ans. Le genre de résultat qui change le regard sur un groupe.

L’ancien international Stephen Craigan, au commentaire en Slovaquie, a parlé d’une soirée potentiellement « sismique » pour cette jeune génération. Le mot n’est pas excessif. Car au-delà des trois points, c’est tout un horizon qui s’ouvre.

Objectif Ligue A et Euro 2028

Les calculs sont simples. Si l’Irlande du Nord termine ce rassemblement de quatre matches sans défaite, elle abordera les deux dernières rencontres de novembre lancée à pleine vitesse. La première place du groupe offrirait une promotion historique en Ligue A de la Nations League.

Ce n’est pas anecdotique. Intégrer la Ligue A, c’est s’assurer un groupe à cinq équipes pour les qualifications de l’Euro 2028, avec en prime un possible filet de sécurité : un barrage en cas de campagne ratée. Une forme d’assurance-vie sportive qui change la manière de planifier un cycle.

Pour l’instant, le discours reste mesuré dans le vestiaire, mais la confiance monte. « Il y a une grande solidarité dans ce jeune groupe, on adore se retrouver, on adore venir en sélection. C’est une question de dynamique, et on est en train de la construire », glisse Price, lucide et ambitieux.

Michael O’Neill, lui, savoure aussi la montée en puissance de Brown, qu’il estime supérieur au niveau de League One où il évolue avec Oxford. Trois fois 90 minutes à ce niveau, dans un rôle de taulier, ce n’est pas rien. Vendredi, il a assumé pleinement son statut de joueur le plus expérimenté sur la pelouse. Et il a montré à tous que l’expérience, parfois, peut aussi se mesurer en caractère plus qu’en âge.

Reste une question, désormais : si cette génération, si verte et déjà si solide, parvient à boucler ce cycle sans défaite, jusqu’où pourra-t-elle pousser les portes qu’elle vient d’entrouvrir à Trnava ?