Héroïnes zambiennes bloquées aux États-Unis à cause des restrictions sanitaires
Leur pays vient de se rapprocher un peu plus des Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Pourtant, les principales artisanes de l’exploit zambien ne peuvent même pas mettre un pied sur le sol américain. La NWSL a confirmé vendredi 16 octobre que plusieurs joueuses de la sélection zambienne féminine, dont des stars du championnat, sont temporairement interdites d’entrée aux États‑Unis en raison de restrictions sanitaires liées à l’Ouganda.
Une qualification en marche, un mur administratif en face
La double confrontation décisive pour les qualifications olympiques s’est jouée en partie à Kampala, en Ouganda. C’est là que tout se complique. Une ordonnance du Center for Disease Control (CDC), prolongée le 11 octobre, interdit l’entrée aux États‑Unis à toute personne ayant séjourné en Ouganda dans les 21 jours précédents. Motif invoqué : protéger la santé publique américaine face au risque d’introduction de la maladie à virus Ebola.
Ces mesures, en place depuis le 18 mai et renouvelées chaque mois, n’ont pas été assouplies, même si l’Ouganda n’a signalé aucune nouvelle transmission locale pendant une période de 42 jours de surveillance post‑épidémie. Le CDC n’a pas fourni de mise à jour malgré les sollicitations.
Dans ce contexte, les joueuses zambiennes se retrouvent prises dans un étau réglementaire, alors même qu’elles reviennent d’une campagne internationale réussie.
La NWSL sous pression, les clubs privés de leurs stars
« À la suite de leur participation avec la sélection féminine zambienne durant la récente fenêtre internationale, plusieurs joueuses observent actuellement les protocoles de ré‑entrée imposés par le gouvernement américain pour les voyageurs en provenance de l’Afrique de l’Est », a indiqué un porte‑parole de la NWSL dans un communiqué. La ligue assure travailler avec ses clubs et les services d’immigration américains pour organiser « le retour en toute sécurité » des joueuses, précisant qu’elles sont « toutes en excellente santé ».
Les noms des joueuses concernées n’ont pas été officiellement communiqués, mais trois figures de la ligue ont disputé les deux manches avec la Zambie : Barbra Banda, deuxième meilleure buteuse de la saison avec 17 buts pour Orlando Pride, Racheal Kundananji des Chicago Stars et Prisca Chilufya d’Angel City. Toutes trois étaient titulaires lors des deux rencontres face à l’Ouganda.
Leur absence potentielle pèse lourd. Pour leurs clubs, c’est un vide sportif. Pour la ligue, c’est un casse‑tête logistique et une affaire d’image, tant ces joueuses incarnent l’essor du football féminin africain sur la scène mondiale.
Banda en feu, la Zambie renverse tout sur son passage
Sur le terrain, la Zambie a pourtant tout fait pour que l’histoire soit belle. Lors du premier match, perdu 2‑1, Barbra Banda s’est muée en passeuse décisive pour offrir à Prisca Chilufya le seul but des Copper Queens. Une lueur dans une soirée frustrante.
Le retour, lui, a viré au récital. Devant leur public, les Zambiennes ont écrasé l’Ouganda 4‑1. Banda a inscrit un doublé, confirmant son statut de star offensive. Natasha Nanyangwe et Eneless Phiri ont complété la démonstration. Au total, un succès 5‑3 sur l’ensemble des deux matchs, et un billet validé pour la prochaine étape des qualifications, face au Ghana en février.
L’élan est là, la dynamique aussi. Mais pour Banda, Kundananji et Chilufya, l’euphorie se heurte à une réalité beaucoup moins glamour : l’attente.
Vingt‑et‑un jours d’attente, deux matchs manqués
Selon les médias locaux, la délégation zambienne a quitté l’Ouganda le 9 octobre, transitant par l’Éthiopie avant de rentrer à Lusaka. Reste une question sans réponse : où se trouvent exactement les joueuses de NWSL à l’heure actuelle, et ont‑elles déjà tenté de rentrer aux États‑Unis ?
Avec la règle des 21 jours, la fenêtre est étroite. Les calculs sont simples : la date théorique de ré‑admission sur le territoire américain tombe le 30 octobre. D’ici là, les trois internationales manqueront deux rencontres de NWSL et ne reviendront qu’à la toute dernière limite pour la fin de la saison régulière.
Pour Orlando Pride, Chicago Stars et Angel City, ce contretemps arrive au pire moment, alors que chaque point peut peser lourd dans la course aux playoffs. Pour les joueuses, c’est un trou dans le rythme, une coupure forcée au cœur de leur meilleure forme.
Entre fierté nationale et incertitude personnelle
Sur les réseaux sociaux, Barbra Banda a choisi la ligne de conduite : détermination. Elle a publié une photo d’elle en maillot de la Zambie, accompagnée d’un message sans détour : « Always stay locked in ». Rester concentrée, quoi qu’il arrive.
La phrase sonne comme un mantra pour toute une génération de joueuses africaines, coincées entre les exigences des calendriers internationaux, les réalités sanitaires mondiales et l’ambition d’imposer leur talent dans les plus grands championnats.
La Zambie, elle, peut déjà se projeter vers ce duel face au Ghana, étape décisive sur la route de Los Angeles 2028. Reste à savoir si, d’ici là, ses stars auront pu retrouver pleinement leur place en NWSL, ou si ce feuilleton sanitaire laissera des traces dans une saison qui se joue désormais au jour près.



