Hernán Crespo sur Gonçalo Ramos : un bon joueur mais pas un top player
Hernán Crespo connaît le métier d’attaquant comme peu d’autres. Quand l’ancien buteur de l’Argentine parle d’un numéro 9, chaque mot pèse lourd. Interrogé par La Gazzetta dello Sport sur Gonçalo Ramos et le montant de son transfert, il n’a ni dégainé le procès expéditif, ni offert l’absolution totale. Il a disséqué.
D’abord, il a posé le cadre. « Je suis entraîneur de Atlas au Mexique, pas dirigeant de Milan en Italie, donc c’est difficile pour moi de donner une réponse précise », a-t-il rappelé, presque pour écarter d’emblée le débat purement comptable.
Mais sur le joueur, Crespo ne se cache pas. Il connaît Gonçalo Ramos. Il le décrit comme « un bon joueur, un excellent avant-centre » et assure qu’il finira par marquer. Tôt ou tard. La nuance arrive aussitôt : avec le prix payé pour son transfert, les supporters attendaient un buteur d’élite, un finisseur implacable. Or, pour Crespo, le Portugais n’a jamais été ce genre de sniper.
Il renvoie d’ailleurs à la froideur des chiffres : sur ses trois dernières saisons au PSG, Ramos a inscrit 53 buts en 131 matches. Une production honorable, mais loin des standards des tueurs de surface. « Ça ne fait pas une moyenne extraordinaire : même pas un but tous les deux matchs », souligne-t-il.
Le constat de Crespo
Et le constat ne s’arrête pas là. Malgré son apport constant, Ramos n’a jamais été un titulaire indiscutable sous Luis Enrique, dans une équipe sacrée championne d’Europe deux années de suite. Pour Crespo, le verdict est clair : « Un excellent joueur, d’accord, mais on ne peut certainement pas le qualifier de top player. »
Là où l’Argentin change de registre, c’est sur tout ce que l’on ne voit pas dans une simple ligne de statistiques. Derrière la disette de buts, il insiste sur la dimension tactique et le volume de travail du Portugais. Ramos court, presse, ouvre des brèches, étire les défenses. Il use les adversaires, parfois sans récompense personnelle.
Crespo insiste sur cette générosité. Pour lui, Ramos « se dépouille sur le terrain » et se met « toujours au service de l’équipe ». Ce n’est pas un détail, c’est même un socle. Et l’Argentin va plus loin : si, en plus de tout ce « sale boulot », le Portugais trouvait régulièrement le chemin des filets, « on parlerait d’un phénomène ».
Son style, justement, n’est pas celui d’un renard de surface figé dans la zone de vérité. Ramos aime décrocher, combiner, se lier au jeu, créer des espaces pour les appels des autres. Des détails qui, aux yeux de Crespo, comptent énormément dans l’évaluation globale d’un attaquant.
Il ne nie pas pour autant la nature du poste. Un avant-centre est jugé sur ses buts. Il « est né pour ça » et « est payé pour cette mission ». Mais Crespo rappelle qu’on peut peser sans marquer : par des passes décisives, des déplacements synchronisés avec le reste de l’équipe, un pressing constant qui dérègle les défenses.
Un chiffre illustre ce profil : on lui rappelle que Ramos est le joueur de Milan qui court le plus. Le regard de Crespo s’illumine presque. À 51 ans, il sait ce que cela signifie dans un vestiaire. Il parle d’une qualité « admirable », de quelque chose qui « devrait rendre les supporters heureux ». Ramos ne se cache pas, il se bat, il ferraille avec les défenseurs, il « se crève » pour récupérer le ballon.
Le jugement de Crespo
Alors, le jeter déjà ? Crespo refuse. « Pour l’instant, je ne le raye pas », lâche-t-il. Une phrase simple, mais lourde de sens venant d’un ancien buteur de ce calibre.
Les attentes face à la réalité
Reste le prix. Là, l’Argentin ne se voile pas la face : dès qu’on ramène le débat au montant du transfert, « on entre dans un champ de mines ». Les attentes explosent, la patience se réduit, chaque match sans but devient un procès.
Entre la froideur du marché et la réalité du terrain, Gonçalo Ramos avance donc sur une ligne fine. Crespo, lui, a choisi son camp : celui de l’attaquant qui travaille, qui use, qui sert le collectif. À Milan, la question est désormais simple : combien de temps les buts mettront-ils à rejoindre l’effort ?




