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Viktor Gyökeres : l’heure de vérité à Arsenal contre Leeds

Même onze pendant cinq journées, même certitudes, même hiérarchie offensive. Mikel Arteta avançait avec un front four immuable. Puis tout s’est fissuré en quelques jours.

Les ischios de Kai Havertz et Christos Tzolis ont sauté, et avec eux la continuité offensive d’Arsenal. Le poste de numéro 9 va changer, l’aile gauche aussi. Eberechi Eze offre une solution naturelle côté gauche. Reste la vraie question : Viktor Gyökeres peut-il enfin s’imposer en pointe ?

Pour l’instant, son histoire à Arsenal ressemble à un moteur qui tousse. Cinq apparitions toutes compétitions confondues cette saison, seulement deux titularisations, 192 minutes de jeu et… un tir tenté. Aucun but. Pour un avant-centre arrivé avec la réputation d’un finisseur brutal et généreux dans l’effort, le contraste est saisissant.

Le début de saison a surtout confirmé autre chose : Havertz est devenu le numéro 9 de référence d’Arteta. L’Allemand colle mieux aux mécanismes d’attaque positionnelle, à ces décrochages dans le half-space, à ce jeu dos au but qui ouvre des lignes de passe aux milieux. Gyökeres, lui, donne parfois l’impression d’être en marge du circuit, à contre-temps d’un collectif ultra huilé.

Mais le calendrier lui tend la main. Et Leeds arrive au meilleur moment.

Un adversaire qu’il connaît, un contexte qu’il aime

Face à Leeds, le Suédois a déjà laissé son empreinte. Trois buts en deux matchs de Premier League contre les Whites la saison dernière. Une défense qu’il connaît, des repères déjà installés, et la certitude qu’il sait comment les faire reculer.

Son break international renforce encore ce sentiment d’opportunité. Gyökeres a marqué à chaque match avec la Suède pendant ce long rassemblement. Une dynamique qui rappelle fortement ce qui s’était passé en mars dernier : alors que des doutes entouraient déjà son efficacité à Arsenal, il était parti avec la sélection, avait porté la Suède vers la Coupe du monde avec quatre buts en deux rencontres, puis était revenu à Londres transformé.

Résultat : cinq buts en huit matchs dans la foulée, une série décisive dans la conquête du titre pour les Gunners. Ce n’était pas un simple coup de chaud, mais la preuve qu’il sait convertir une bonne forme internationale en impact immédiat en club.

Le décor est donc planté : Arsenal a besoin de lui, Havertz est à l’infirmerie, Leeds lui réussit, la confiance avec la Suède est revenue. Reste à savoir s’il peut, cette fois, s’installer durablement plutôt que simplement s’embraser sur une courte période.

Le joueur qui ne “colle pas” encore… mais qui peut tout changer

Aujourd’hui, Gyökeres incarne presque le profil paradoxal de l’effectif d’Arteta : un joueur de très haut niveau qui semble ne jamais être totalement à sa place. Ni super-sub évident, ni titulaire indiscutable, ni projet à long terme clairement lisible dans le système.

Son volume de course, sa puissance dans l’attaque de la profondeur, son agressivité sur le premier pressing sont pourtant taillés pour la Premier League. Là où ça coince, c’est dans la finesse des enchaînements dans les petits espaces, ces zones où Arsenal aime asphyxier l’adversaire par la répétition de triangles courts et de renversements rapides. Havertz y excelle, Gyökeres y cherche encore ses marques.

Face à Leeds, il n’aura plus l’alibi du manque de rythme international, ni celui de l’absence de confiance. Il aura surtout du temps de jeu, ce qui lui a cruellement manqué depuis août. Un vrai match pour lui, avec une responsabilité claire : occuper la surface, peser sur les centraux, offrir une menace constante dans le dos de la défense.

Car si Arsenal a su vivre avec un Gyökeres discret jusque-là, la blessure de Havertz change tout. L’équipe ne peut plus se permettre un numéro 9 fantomatique. Elle a besoin de buts, de présence, de certitudes.

Carrière en suspens… ou point de bascule ?

La question n’est plus seulement de savoir si Gyökeres va enfin marquer. Elle est plus large, plus tranchante : son aventure à Arsenal est-elle en train de se figer dans le rôle inconfortable de remplaçant de luxe, ou ce trou d’air de Havertz va-t-il devenir son tournant ?

Il a déjà prouvé, la saison passée, qu’un déclic avec la Suède pouvait déclencher une série en club. Il a déjà prouvé, face à Leeds, qu’il savait faire mal à cette défense. Il a déjà prouvé, lors du sprint vers le titre, qu’il pouvait porter une partie de la charge offensive d’un candidat au sacre.

Ce qui lui manque, c’est une séquence de matchs où il n’est plus “le joueur qui ne rentre pas tout à fait dans le système”, mais celui autour duquel on ajuste quelques détails pour tirer profit de ses qualités propres.

Le moment est là. Arsenal a un titre à défendre, un système à préserver, un numéro 9 à relancer. Gyökeres, lui, a une carrière à remettre en marche.

Leeds saura très vite s’il n’était qu’une solution de secours… ou le point de départ d’une nouvelle version de l’attaque d’Arteta.