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Graham Potter et la Suède : renaissance au Mondial

Quand Graham Potter est arrivé à l’entraînement de la Suède affublé d’un Stetson, la semaine dernière, c’était d’abord une blague. Un clin d’œil à ce Mondial disputé au Texas, une façon de détendre le vestiaire avant le grand départ.

Mais derrière le chapeau de cow-boy, beaucoup voyaient aussi l’image d’un entraîneur à qui il ne restait plus qu’un dernier bar avant la sortie. Deux limogeages en quinze mois, Chelsea puis West Ham, une réputation écornée et la sensation que la grande scène lui avait peut-être échappé pour de bon.

À l’Estadio Monterrey, au Mexique, la réponse a claqué comme un coup de fouet. Cinq buts passés à la Tunisie, un 5-1 brutal qui a posé d’entrée le ton du Group F : la Suède n’est pas venue pour faire du tourisme.

Un 5-1 qui efface des mois de doutes

Cette équipe-là n’avait inscrit que quatre buts sur toute sa phase de qualification, sous les ordres de Jon Dahl Tomasson. En une soirée, elle en a marqué un de plus. Même adversaire modeste ou pas, l’écart est saisissant.

Potter, lui, ne s’est pas emballé devant les micros, mais il a laissé filtrer ce qu’il fallait de satisfaction. Il a rappelé qu’on ne sait jamais comment un tournoi démarre, qu’il y avait de la confiance dans le travail, mais que seule la vérité du match compte. Ce soir-là, cette vérité lui a enfin souri.

Car la route jusqu’à Monterrey a été tout sauf rectiligne. Sous Tomasson, la Suède a coulé en qualifications : dernière de son groupe derrière la Suisse, le Kosovo et la Slovénie, sans la moindre victoire en six rencontres. L’accès direct au Mondial s’est envolé, le sélectionneur aussi.

Potter a débarqué en octobre, trop tard pour réparer les dégâts. La Suède s’est accrochée à ce qu’il lui restait : son classement en Uefa Nations League (34e), qui lui a ouvert une voie de rattrapage. Elle l’a saisie à deux mains, en éliminant d’abord l’Ukraine, puis la Pologne, pour arracher son billet.

Cette voie détournée a offert à Potter un double enjeu : qualifier un pays qui avait manqué le Mondial 2022, et prouver qu’il n’était pas qu’un entraîneur de projet séduisant, condamné à échouer dès que la pression grimpe.

De Chelsea et West Ham au retour aux sources

Rien ne laissait penser, en début de saison, que Potter se retrouverait à la tête de la Suède dans un Mondial nord-américain. Il avait démarré sur le banc de West Ham, avant d’être licencié fin septembre, avec seulement six victoires en 23 matches de Premier League. Avant cela, son passage à Chelsea avait tourné au fardeau : l’impression d’un club trop grand, trop vite, pour un technicien pourtant encensé à Brighton.

En Angleterre, la tension permanente l’avait rendu irritable face aux médias. Les conférences de presse s’étaient durcies, le ton aussi. L’image d’un coach brillant mais dépassé par le tumulte s’était installée.

Avec la Suède, c’est un autre visage qui réapparaît. Plus léger, plus aligné avec son environnement. Il revient surtout dans le pays où tout a vraiment commencé pour lui : Ostersunds FK, qu’il a fait grimper du quatrième niveau à l’Allsvenskan, avec une coupe nationale et une campagne européenne historique en prime. Sept ans qui l’ont façonné.

Avant le tournoi, il confiait à BBC Sport qu’il se sentait « très suédois » dans sa façon de travailler. Deux de ses enfants sont nés là-bas, il a passé des années à se fondre dans la culture locale. Sur ses réseaux, on le voit arpenter les paysages, lire des auteurs nordiques, participer à la vie culturelle. L’intégration n’a jamais été un slogan.

Surtout, il a profité de ces derniers mois pour reconstruire une sélection cabossée. Loin de l’image du touriste émerveillé, il a remis de l’ordre, des repères, des automatismes. Le résultat, face à la Tunisie, a sauté aux yeux.

Isak, Gyökeres et une attaque à 125 millions

Le retour à 100 % d’Alexander Isak change tout. L’attaquant de Liverpool, évalué à 125 millions de livres, a formé avec Viktor Gyökeres, le buteur d’Arsenal, une paire qui pèse lourd, très lourd, sur n’importe quelle défense. Les deux hommes se sont trouvés, se sont cherchés, se sont servis. Chacun a offert un but à l’autre. Pour un sélectionneur, difficile de rêver meilleure entame.

Cette double pointe, chère et redoutable, redonne à la Suède une dimension offensive qu’elle n’avait plus affichée depuis longtemps sur la scène internationale. Après l’absence au Qatar en 2022, la voilà de retour avec un duo capable de faire mal à tous les niveaux de la compétition, si la mécanique reste huilée.

Le reste de l’effectif, lui, doit encore se roder à ce type de rendez-vous. Victor Lindelöf est le seul à avoir déjà disputé un Mondial. Kristoffer Nordfeldt figurait dans le groupe en 2018 en Russie, mais n’avait pas joué une minute. Le groupe manque de vécu, et c’est là que le rôle de Potter devient central : transformer l’enthousiasme en lucidité, l’énergie en structure.

Avec le format actuel, ce 5-1 place déjà la Suède en bonne position pour atteindre les seizièmes de finale. Le goal-average, dans ce genre de tournoi, pèse souvent plus lourd qu’on ne l’imagine en ouverture.

Les Pays-Bas en ligne de mire, les fantômes du passé en arrière-plan

Il ne faut pas s’y tromper : la Tunisie, 56e au classement mondial, ne représente pas le sommet de ce que la Suède affrontera dans ce Mondial. Le vrai test arrive samedi, face aux Pays-Bas (18h00 BST), un des favoris déclarés de la compétition.

Potter le sait. Il martèle que son équipe doit se concentrer sur ce qu’elle contrôle : le jeu, les performances, le collectif. Les pronostics, les commentaires extérieurs, il les laisse à ceux qui les fabriquent. Un Mondial vit de ces projections, mais lui n’a pas oublié ce que coûte une hype mal maîtrisée.

L’histoire suédoise dans la compétition, elle, rappelle que ce pays sait parfois surgir de l’ombre. Deux troisièmes places, en 1958 et en 1994. La première avec un autre Anglais, George Raynor, sur le banc. La seconde lors d’un Mondial déjà organisé aux États-Unis. Les superstitieux y verront des signes, les autres des coïncidences amusantes.

Pour l’instant, Potter avance avec son chapeau, ses certitudes retrouvées et un groupe qui vient de se découvrir un visage offensif. Il ne sait pas jusqu’où cette aventure ira. Mais une chose est claire : pour un entraîneur qu’on disait à court de cartouches, ce Mondial ressemble déjà à bien plus qu’une dernière tournée dans un saloon perdu.