Fédération mexicaine : Camp ou Mondial, le choix des joueurs
La Fédération mexicaine de football a posé le décor sans la moindre nuance. Les joueurs de Liga MX convoqués pour le camp de préparation au Mondial seront présents à Mexico… ou ils regarderont la Coupe du monde à la télévision.
Le message est tombé avec la froideur d’un couperet. Le rassemblement débute ce mercredi 6 mai au Centre de Haute Performance de Mexico, en dehors de la fenêtre internationale Fifa, en plein cœur des play-offs de Liga MX et des demi-finales de Concacaf Champions Cup. Un choix assumé, frontal, qui place les clubs face à un dilemme brutal.
Les joueurs ont jusqu’à 20h, heure locale, pour se présenter. Passé ce délai, la sanction est immédiate : exclusion de la liste pour la Coupe du monde 2026, que le Mexique co-organise avec les États-Unis et le Canada.
Un camp hors calendrier, une ligne rouge très claire
La semaine dernière, la FMF a dévoilé les 20 joueurs de Liga MX retenus par Javier Aguirre pour ce camp dans la capitale. Douze d’entre eux ont déjà la garantie d’une place dans le groupe pour le Mondial. Les autres jouent gros : leur présence à ce rassemblement pèse lourd dans la balance.
Le communiqué fédéral ne laisse aucune porte entrouverte : « Tous les joueurs doivent se présenter au Centre de Haute Performance à Mexico. Sur instruction du staff technique, tout joueur qui ne se présentera pas aujourd’hui au camp d’entraînement sera exclu de la Coupe du monde. »
Pas de marge, pas de compromis. Aguirre l’a répété en conférence de presse, dans la foulée de la déclaration de la FMF : « Comme vous le savez, le communiqué est très clair : celui qui ne vient pas sera hors du Mondial. Nous ne pouvons pas être flexibles, pas du tout. »
Le message vise directement les clubs encore engagés sur plusieurs fronts. Et il tombe à un moment où chaque match de Liga MX et de Concacaf Champions Cup pèse lourd.
Toluca, Chivas et un accord sous tension
Au centre de la tempête, deux noms : Toluca et Chivas de Guadalajara.
Toluca dispute ce mercredi le match retour de la demi-finale de Concacaf Champions Cup face à Los Angeles FC, avec un retard de 2-1 à combler après le premier acte. La veille, le club a officiellement demandé à la FMF de pouvoir retenir deux internationaux, l’attaquant Alexis Vega et le latéral gauche Jesus Gallardo, pour privilégier ce rendez-vous continental.
Une requête perçue comme une entorse à l’accord passé avec les clubs de Liga MX. Car Chivas, eux, avaient déjà joué le jeu. Le club de Guadalajara a libéré cinq éléments : le gardien Raul Rangel, le milieu Luis Romo, le milieu né aux États-Unis Brian Gutierrez, l’ailier Roberto Alvarado et l’attaquant Armando Gonzalez.
La demande de Toluca a immédiatement fait grincer des dents à Guadalajara. Sur X, le président de Chivas, Amaury Vergara, a réagi sèchement : « Les accords ne valent que lorsque toutes les parties les respectent. J’ai donné instruction à la Direction sportive pour que nos joueurs se présentent demain aux installations du club. »
En toile de fond, Chivas prépare son quart de finale retour des play-offs de Liga MX, après une défaite 3-1 contre Tigres lors du premier match. Le timing est cruel : enjeu national d’un côté, survie en phase finale de l’autre.
Chivas se range derrière la sélection
Ce mercredi, Chivas a clarifié sa position et choisi son camp. Celui de la sélection.
Dans un communiqué, le club a pris soin de souligner qu’il n’entrerait pas en conflit avec le rêve mondialiste de ses joueurs : « Nous respectons le désir de nos joueurs de représenter le Mexique à la Coupe du monde 2026, et nous ne serons en aucun cas un facteur qui entrave cette possibilité. Ils se présenteront donc au camp d’entraînement à l’heure et de la manière appropriée. »
Un message qui résonne avec les propos d’Aguirre. Le sélectionneur, loin d’allumer les clubs, a tenu à calmer le jeu : « Personne n’a rompu l’accord. Jusqu’ici, les play-offs se sont joués sans les joueurs de l’équipe nationale. Pour l’instant, nous sommes tous d’accord avec ce que nous avons signé, ce que nous avons discuté, ce que nous avons vu : ils nous ont soutenus sans condition. »
Pour lui, il ne s’agit pas d’un bras de fer, mais d’un engagement commun autour d’un projet qu’il qualifie d’« unique ». Il insiste : rien d’extraordinaire ne se passe, tout suit le plan établi, avec le soutien des fans, des joueurs, des dirigeants et des médias.
Une préparation sous haute exigence
Le Mexique dévoilera sa liste définitive le 1er juin. Entre-temps, la sélection se testera face au Ghana le 22 mai, à l’Australie le 31 mai, puis à la Serbie le 4 juin. Trois affiches pour rôder les automatismes avant le grand saut.
Le 11 juin, au mythique Estadio Azteca, le pays hôte lancera son tournoi face à l’Afrique du Sud. Ce jour-là, personne ne se demandera si un camp d’entraînement en mai valait un quart de finale de Liga MX ou une demi-finale de Concacaf Champions Cup.
Mais ce soir, pour les joueurs concernés, le choix est brutal. Rester avec le club pour un match décisif, ou monter dans le train du Mondial au prix d’un sacrifice immédiat. La FMF a tracé une ligne nette. À eux de décider de quel côté de l’histoire ils veulent se trouver.




