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Eze à Arsenal : entre talent et incertitude

Eze n’en est plus à sa première remise en question à Arsenal. Ni dans le vestiaire, ni dans les tribunes. Son statut oscille, son influence aussi. Et, cette saison, le doute a clairement pris le dessus.

L’image reste tenace : en décembre 2025, sur la pelouse face à Aston Villa, il se relâche un instant. Matty Cash surgit et ouvre le score. Arsenal s’incline 2-1. Eze commence le match suivant… puis disparaît du onze de départ pour les quatre rencontres de championnat suivantes, cantonné au banc. Un signal fort dans un club où la concurrence ne pardonne rien.

Ce n’est pas faute d’être apprécié. À 28 ans, Eze est adoré dans les groupes d’Arsenal et de l’Angleterre. Sa personnalité, son sourire, son aisance technique en font une figure attachante. Mais même là, les regards se durcissent. Le sélectionneur des Three Lions, Thomas Tuchel, a récemment glissé qu’il « revenait à sa vraie forme » à l’entraînement lors du dernier rassemblement. Une phrase qui dit tout : s’il revient, c’est qu’il était parti. Son niveau n’a pas été à la hauteur des attentes depuis le début de saison.

Et ces attentes ont explosé cet été. Arsenal a cherché un attaquant de tout premier plan. Le club s’est sérieusement penché sur le cas du Madrilène Vinicius Jr et de l’attaquant d’Atletico Madrid Julian Alvarez. Aucun n’est arrivé. Résultat : l’absence de recrue offensive majeure place un projecteur brutal sur ceux qui sont déjà là. Eze en première ligne.

Le club a bien recruté Christos Tzolis en provenance de Club Brugge. Le Grec a immédiatement pris le couloir, devenant le titulaire de Mikel Arteta sur l’aile cette saison. Jusqu’à cette blessure aux ischio-jambiers, contractée en sélection. Coup dur pour Arsenal. Occasion en or pour Eze.

Le couloir gauche s’ouvre, enfin. Eze y est aligné en Ligue des champions, face à Lille. Il marque. On se dit alors que le déclic est là, que la porte vient de s’ouvrir pour de bon. Mais le souffle retombe aussitôt : contre Forest, il ne parvient pas à confirmer. Le débat repart.

Analyse du Problème

Pour Matt Upson, ancien défenseur d’Arsenal et de l’Angleterre, le cœur du problème est limpide : Eze ne sait pas encore vraiment qui il est dans cette équipe.

« Je pense que trouver son rôle et sa position a été un défi », explique-t-il. À Arsenal, la nuance n’existe pas : soit vous imposez votre rôle, soit vous glissez dans la rotation. « Quand vous arrivez dans un club de la stature et de la qualité d’Arsenal, si vous ne montrez pas que vous verrouillez un poste, c’est très, très difficile de garder votre place dans l’équipe. »

Aujourd’hui, Eze dépanne côté gauche. Un poste qu’Upson juge presque contre-nature pour lui. « Il comble un peu sur le côté gauche, ce qui ne lui convient pas particulièrement, mais il a dû le faire. Il ne joue pas comme un véritable ailier pour moi et je pense que connaître son rôle, dans un club comme Arsenal, c’est capital. »

Le contraste avec Crystal Palace reste frappant. Là-bas, Eze illuminait les matches. Il a inscrit des buts spectaculaires dans des moments majeurs, dont ce but décisif en finale de FA Cup 2025 face à Manchester City. Des gestes qui ont convaincu Arsenal d’aller le chercher. Des actions qui ont façonné son image de joueur capable de faire basculer une saison.

Upson résume bien cette dualité : « Tout ce très haut niveau que nous avons vu chez lui, qui a fait de lui un joueur ciblé par Arsenal, c’est la cerise sur le gâteau. » Problème : sans base solide, la cerise n’a plus de gâteau où se poser.

« Quand les fondations ne sont pas tout à fait en place – les situations dans lesquelles vous vous retrouvez, la vitesse à laquelle vous arrivez sur le ballon, votre position sur le terrain, votre état d’esprit par rapport à votre rôle et à ce que vous devez faire – alors il devient difficile de produire ces moments qui font de vous un top joueur.

À Palace, Eze a longtemps brillé en partant de la gauche, mais ses deux dernières saisons dans le sud de Londres l’ont vu évoluer dans un rôle plus axial, proche d’un numéro 10. Un poste taillé pour sa vision, son toucher, sa capacité à casser les lignes. À Arsenal, ce territoire appartient déjà au capitaine Martin Odegaard. Et Mikel Arteta ne semble pas disposé à aligner régulièrement les deux dans l’axe, compte tenu de la densité et des profils qu’il possède au milieu.

Le chemin d’Eze vers le onze de départ se rétrécit donc. Coincé entre un poste de numéro 10 déjà verrouillé et une aile gauche qui ne correspond pas parfaitement à son profil, il doit réinventer sa place. Vite.

Pour Upson, la clé est autant mentale que tactique. Eze doit intégrer, presque absorber, ce que son entraîneur exige de lui. « C’est presque un processus pour lui, s’il veut progressivement s’imposer comme titulaire plus régulièrement à Arsenal », insiste l’ancien défenseur. Comprendre les demandes, ajuster son intensité, accepter le standard quotidien d’un club qui vise les titres.

Et c’est là que le défi devient immense. « Je pense que comprendre tout ça est vraiment important, et avoir ce niveau d’intensité, ce qui, à mon avis, a été une adaptation pour lui, en venant d’où il vient vers un grand club, avec un manager dont l’intensité est difficilement surpassable. »

Le talent d’Eze ne fait débat pour personne. Son passé à Crystal Palace le prouve. Sa cote auprès de ses coéquipiers aussi. Mais Arsenal n’achète pas des souvenirs. Arsenal réclame des certitudes. À lui, désormais, de prouver qu’il peut être plus qu’un éclat ponctuel sur l’aile gauche, plus qu’un joker de luxe.

Dans un club où les saisons se jouent sur des détails, combien de temps lui restera-t-il pour trouver enfin son vrai rôle ?