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L'Espagne sous De la Fuente : victoires et exigence constante

Luis de la Fuente avance à pleine vitesse, mais le pied reste sur le frein. L’Espagne déroule, enchaîne les victoires et les buts, mais son sélectionneur ne lâche pas son discours : le calendrier use, les corps tirent, et la gestion devient presque un art de survie.

Après un 3-2 renversant à Wembley contre l’Angleterre puis un 4-1 maîtrisé face à la Croatie, la Roja survole sa poule de Nations League. Six points sur six, des buts, des certitudes. Et pourtant, la blessure de Ferran Torres est venue rappeler la facture d’un mois de septembre surchargé.

« Le désavantage de ce format, c’est qu’il y a peu de temps pour récupérer. Nous priorisons la santé du footballeur et nous préférons avoir un joueur en parfaites conditions », a martelé De la Fuente, lucide, au moment de préparer la réception de la République tchèque avant un nouveau voyage en Croatie le 6 octobre. Le message est clair : personne ne sera sacrifié sur l’autel du rythme infernal.

Yamal, étincelle permanente mais pas intouchable

Au cœur de cette trêve, un nom revient sans cesse : Yamal. Le prodige du Barcelona a illuminé l’Angleterre avec un but, puis démoli la Croatie avec deux réalisations et une passe décisive. Deux titularisations, deux masterclass, une impression de facilité déconcertante pour un joueur de son âge.

De la Fuente, lui, refuse pourtant de céder à l’emballement. Pas de statut d’intouchable, pas de totem.

« Nous allons aligner l’équipe la plus adaptée pour le match de demain. Nous l’avons en tête, mais ce soir nous lui donnerons les derniers détails », a-t-il confié, prudent mais déterminé. Sur le cas précis de son jeune ailier, il a insisté sur l’idée d’un joueur utile partout, tout le temps : « Il est important à n’importe quel moment du match. Dès le début ou à partir de la 60e ou de la 45e minute. Ça ne coûte ni plus ni moins de le laisser sur le banc. Quand nous le faisons entrer, c’est parce qu’il est efficace pour l’équipe. C’est un plaisir de le voir, il est chaque jour plus mûr. Il interprète toutes les situations, y compris en dehors du match. Une excellente nouvelle. »

Le message derrière le compliment est limpide : le talent ne suffira pas à figer une hiérarchie. Dans cette Espagne-là, personne ne se repose sur son statut, pas même le joueur le plus excitant du moment.

Rotations assumées, même dans les cages

Le classement donne pourtant des arguments à la continuité. L’Espagne est en tête avec six points, devant l’Angleterre et la Croatie, trois points chacun, la République tchèque fermant la marche, sans le moindre point. Un début de campagne idéal, qui pourrait inciter certains à verrouiller un onze type.

De la Fuente fait exactement l’inverse.

Pour lui, les « rotations » ne sont pas un mot creux ni un simple effet d’annonce. « Quand on parle de rotations, on parle de choisir les joueurs qui sont les meilleurs pour le match. À tous les postes », a-t-il insisté. Y compris au poste le plus sacré de toutes les sélections : celui de gardien.

Interrogé sur une éventuelle modification dans les buts, il n’a fermé aucune porte : « Il peut y avoir un changement à n’importe quel poste. » Une phrase qui en dit long sur sa ligne de conduite. Personne n’est à l’abri, tout le monde est concerné. La concurrence n’est pas un slogan, c’est un principe de fonctionnement.

Dans ce contexte, chaque match devient un examen. Trouver l’équilibre entre solidité défensive et éclat offensif, sans brûler les organismes, sans briser la dynamique. L’Espagne joue, gagne, mais se construit surtout une profondeur de groupe qui pourrait peser lourd quand les matches couperets arriveront.

Vieilles connaissances, nouveau piège

Face à la République tchèque, la Roja croisera deux visages familiers : Santi Denia et Pablo Amo, membres du staff adverse et fins connaisseurs de la maison sélection. Ils savent comment travaille De la Fuente, ils connaissent ses habitudes, ses mécanismes, ses réflexes tactiques.

Le sélectionneur espagnol ne nie pas cette proximité, il la revendique même, mais refuse d’en faire un facteur décisif. « Nous nous connaissons très bien », a-t-il reconnu, avant de rappeler l’essentiel : « Ceux qui changent les matches, ce sont les footballeurs, ceux qui donnent un air différent. » Une manière de rappeler que les idées ne valent que par ceux qui les exécutent.

Avec un brin d’ironie, il a glissé qu’il ne leur avait « pas tout dit » de ce qu’il savait. Le ton est léger, les résultats donnent le sourire, mais la mise en garde tombe aussitôt. Le vrai danger ne vient pas de la connaissance mutuelle entre bancs, mais d’un ennemi bien plus sournois : la suffisance.

« Il faut être dans l’excellence à chaque match. Beaucoup de difficulté, beaucoup d’exigence. Ça peut être un piège pour ceux qui ne les connaissent pas. Nous n’allons pas être surpris. Nous devons être meilleurs, parce que ce que nous avons fait lors du dernier match ne nous suffira pas. »

Voilà le cadre. Une équipe en tête, un jeu séduisant, une pépite qui affole l’Europe, mais un sélectionneur qui refuse de regarder le classement comme un coussin de confort. La Roja avance, change, tourne, s’adapte. La question n’est plus de savoir si elle peut gagner ces matches de poule.

La vraie question, désormais, est de voir jusqu’où cette exigence permanente peut la mener quand viendront les nuits où la moindre erreur ne pardonne plus.

L'Espagne sous De la Fuente : victoires et exigence constante