Emiliano Martinez : Un nouveau départ à Chelsea
À 34 ans, Emiliano Martinez a tout plaqué pour repartir de zéro. Un transfert surprise à 7,5 millions de livres vers l’ouest de Londres, bouclé à la toute fin du mercato, et une prise de pouvoir immédiate dans les buts de Chelsea. Sans période d’adaptation, sans transition douce. Il est arrivé, il a enfilé le maillot numéro un, et Robert Sanchez a pris la direction de Como, en prêt, après un premier match de Premier League jugé trop fragile par Xabi Alonso.
Le technicien espagnol n’a pas hésité longtemps. Il lui fallait une assurance, un gardien de scène européenne, un caractère. Martinez sortait d’un passage brillant à Villa Park, marqué par un sacre en Europa League. Mais derrière ce succès se cachait une cicatrice profonde : une finale de Coupe du monde perdue 1-0 contre l’Espagne, aux États-Unis. Un échec qui l’a poursuivi jusque dans ses nuits et qui a fini par dicter son départ des Midlands.
« Il m’a fallu du temps pour réfléchir ; perdre la finale de la Coupe du monde a fait très mal », a reconnu le gardien devant les médias, à la veille d’un amical contre le Bénin.
Le poids de cette défaite, malgré un parcours où l’Argentine avait écarté l’Angleterre en route vers la finale, ne l’a jamais vraiment quitté. Il a cherché l’air, ailleurs. « J’ai essayé de changer de club pour me rafraîchir mentalement, et j’y suis parvenu. Je suis venu ici, à Chelsea, et c’est la meilleure chose que j’ai faite parce que je me sens utile, rapide et bien. »
Tout est dit. Changer de décor comme on change de vie. Se réinventer dans un vestiaire en reconstruction, dans un club qui se débat avec ses propres contradictions. Mais pour Martinez, la boussole reste la même : « Au final, je dois représenter mon pays, ma famille, et je dois faire de mon mieux. » La phrase claque comme un credo, simple et brut.
L’Argentin a retrouvé le maillot de l’Albiceleste dans la nuit de mercredi, lors d’un succès 3-0 en amical contre le Bénin. Un match qui n’avait rien d’anodin : il faisait partie de la tournée d’adieu internationale de Lionel Messi. La star a marqué sur penalty, comme pour signer une dernière fois le tableau avant d’éteindre la lumière avec sa sélection.
Interrogé sur son capitaine, Martinez n’a pas cherché à enjoliver. « Évidemment, j’ai essayé d’aider autant que possible, et il le sait, a-t-il expliqué. On en parle souvent, et c’était l’un des plus grands honneurs de ma carrière de l’aider à atteindre ce qu’il désirait le plus, parce que c’est le plus grand joueur de l’histoire. » Pas de superlatifs gratuits, juste une conviction assumée.
Le gardien sait pourtant que l’après-Messi s’annonce vertigineux. Il ne se raconte pas d’histoires : « Il laisse un vide immense, mais il y a ici des gars qui ont une vraie personnalité. » Une phrase lourde de responsabilité, presque un défi lancé à la nouvelle génération argentine.
À Londres, un autre défi l’attend, tout aussi massif. Se sentir « utile, rapide et bien », c’est une chose. Stabiliser une défense qui prend l’eau, c’en est une autre. Depuis le début de saison, l’équipe de Xabi Alonso encaisse plus de buts que n’importe quelle autre formation de Premier League. Les chiffres sont cruels, les failles trop visibles. Chelsea subit, recule, doute.
Martinez n’a pas été recruté pour faire de la figuration. Il doit incarner le contre-choc, imposer sa voix, sa présence, son expérience des grandes soirées européennes et des finales mondiales, même perdues. La trêve de trois semaines en championnat a figé les problèmes, elle ne les a pas effacés. Samedi, Bournemouth débarque à Stamford Bridge.
Le décor est planté. Au milieu d’une défense fébrile, un champion meurtri par une finale perdue tente de se reconstruire tout en reconstruisant un club. La question est simple : qui sauvera l’autre en premier ?



