Duel Maroc-Sénégal : la finale contestée qui divise l'Afrique
Soixante-dix-sept jours après la finale, l’Afrique n’a toujours pas de champion. À la place, un feuilleton explosif où se mêlent soupçons de manipulation, arbitrage contesté et luttes d’influence au sommet de la CAF. Au cœur de la tempête : le duel Maroc–Sénégal, transformé en affaire d’État.
Une finale empoisonnée dès l’arrivée au Maroc
Selon le quotidien espagnol AS, la crise ne naît pas au coup d’envoi, mais bien avant. Dès leur arrivée au Maroc, les Sénégalais ont le sentiment que le terrain se dérobe sous leurs pieds.
D’abord, l’hébergement. La délégation des Lions de la Teranga est déplacée d’un hôtel de luxe à Tanger vers le complexe Al-Rihab, un établissement qui ne figure même pas sur la liste des hébergements homologués par la CAF. Un détail, en apparence. Pour les Sénégalais, un premier signal d’alarme.
Face à la protestation officielle, un compromis tombe : transfert à l’hôtel Amfitrit, en périphérie de Rabat. Meilleure adresse, mais ambiance glaciale. À Dakar, on parle d’un “demi-geste”, pas d’une réparation. La confiance, elle, a déjà pris un coup.
Puis vient la question des entraînements. Le Sénégal se voit attribuer le Complexe sportif Mohammed VI, le même centre utilisé comme camp de base par la sélection marocaine. Là, les doutes se transforment en soupçons. Dans l’entourage sénégalais, on dénonce une atteinte au principe d’égalité des chances, on craint des séances observées, des plans de jeu éventés. L’idée d’un huis clos sportif vole en éclats.
La tension monte encore avec la sécurité et la billetterie. À Rabat, la délégation sénégalaise pointe une organisation défaillante dès son arrivée et dénonce une “répartition injuste” des billets pour la finale. À quelques heures du match, le ton se durcit : le Sénégal parle publiquement “d’irrégularités”. L’atmosphère de fête a disparu, remplacée par une suspicion lourde comme un orage.
Une nuit de chaos au stade Moulay Abdallah
Le soir de la finale, le stade Moulay Abdallah ne devient pas le théâtre d’une grande célébration continentale, mais celui d’un chaos mémorable.
Sur la pelouse, un but sénégalais est refusé dans la controverse. Le tournant, peut-être. Peu après, un penalty est accordé au Maroc. La décision met le feu aux poudres. Les protestations sénégalaises explosent, le ton grimpe, les esprits s’embrasent.
Puis la rupture : la sélection sénégalaise quitte le terrain en bloc, dénonçant une “injustice arbitrale flagrante”. Image rare, choc total pour une finale africaine. Le match semble basculer dans l’irrationnel.
Quand le jeu reprend, Ibrahim Diaz tente un geste de patron : une panenka sur penalty. Il la manque. Symbole d’une soirée où rien ne suit le scénario attendu. Derrière, le Sénégal serre les rangs, ne concède plus rien, tient le score et finit par s’imposer en prolongation, sans encaisser de but. Sur le rectangle vert, le vainqueur est clair : ce sont les Lions de la Teranga.
Mais hors du terrain, une autre bataille commence.
CAF, retrait ou simple protestation ?
Pour le Maroc, cette sortie collective du terrain ne relève pas d’un simple coup de colère. La Fédération chérifienne y voit un retrait pur et simple, synonyme de défaite sur tapis vert, 3-0. La CAF adopte d’abord cette lecture des événements. Décision initiale : victoire marocaine par forfait, titre attribué.
Le Sénégal refuse le verdict et porte l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). La bataille se déplace des vestiaires aux bureaux des juristes. Et c’est là que le dossier prend une dimension encore plus dérangeante pour l’instance continentale.
Des “instructions institutionnelles” qui font scandale
Le quotidien AS dévoile des éléments explosifs issus d’une réunion du Comité exécutif de la CAF, le 13 février à Dar es Salaam. Au centre de la polémique : Olivier Safary, président de la Commission des arbitres.
Selon ces révélations, Safary reconnaît que l’arbitre du match a reçu des “instructions institutionnelles” pour ne pas expulser de joueurs sénégalais pendant l’interruption de la rencontre, afin de garantir la reprise du jeu. En clair : une consigne venue d’en haut pour éviter que la finale ne s’effondre définitivement.
Cette admission met le feu aux poudres en interne. Elle ouvre un boulevard aux accusations d’ingérence dans les décisions arbitrales, l’un des tabous absolus du football de haut niveau. Au lieu d’apaiser la crise, la CAF se retrouve davantage exposée, prise entre les feux croisés des deux camps.
Un appel au TAS sous haute tension
La procédure d’appel devant le TAS ne calme personne. À Paris, le 26 mars, les avocats de la Fédération sénégalaise de football sortent de leur réserve. En conférence de presse, ils qualifient l’audience devant le tribunal de “désastreuse” et affirment que le juge semblait avoir “déjà son opinion” avant même les débats.
Le Sénégal attaque aussi la composition même des instances. Dans leur viseur : l’avocat Moez Nasri, membre de la Commission d’appel tout en étant président de la Fédération tunisienne de football. Pour les Sénégalais, c’est un cas clair de conflit d’intérêts, “une contradiction flagrante entre son rôle de juge et celui de partie prenante à la compétition”. Un reproche suffisamment sérieux pour surprendre jusqu’au président de la CAF, Patrice Motsepe, lui-même étonné de voir Nasri siéger dans cette configuration.
Sous cette pression, la première décision de la CAF tombe, puis vacille. Le TAS finit par renverser le verdict initial qui donnait la victoire au Maroc sur tapis vert. Mais il ne parvient pas à clore le débat sur le fond : qui est le véritable champion ?
Un trophée sans propriétaire
Résultat : près de trois mois après le dernier coup de sifflet, le continent reste sans champion officiel. Le Sénégal martèle qu’il a gagné sur le terrain, dans les règles du jeu. Le Maroc s’accroche au droit, aux textes, à la première décision de la CAF qui lui accordait le titre.
Entre les deux, l’instance continentale encaisse. Accusée de “mauvaise gestion” et de “manque de transparence”, la CAF voit son autorité érodée par une affaire qui dépasse largement le cadre d’un simple match.
Le football africain se retrouve donc avec un trophée orphelin, une finale contestée et une question brûlante : combien de temps encore le continent acceptera-t-il qu’une de ses plus grandes compétitions reste sans roi ?




