Pourquoi cette pause tombe au pire moment pour De Zerbi et Tottenham
Les dépenses massives entraînent souvent des ambitions élevées, mais dépenser une somme aussi importante que Tottenham l’a fait cet été sur de nombreux joueurs engendre des complications pour n’importe quel entraîneur. Il n’existe pas de solution rapide.
Imaginez qu’on vous donne une grosse somme d’argent pour acheter une tenue de mariage, mais que vous dépensiez tout sur des chaussures roses, un pantalon marron, une chemise jaune et une cravate orange. On conviendrait tous que cela ne fonctionne pas. C’est un peu ce qui s’est passé à Tottenham, où le club a investi environ 400 millions de livres sterling dans de nouveaux joueurs, soutenant pleinement Roberto De Zerbi.
Cette approche est quasi inédite pour un club connu pour sa prudence financière, et elle a fait grimper les attentes des supporters, certains espérant déjà disputer des trophées et une place dans le top quatre. Pourtant, après un début de saison décevant, il faut comprendre que bâtir une équipe demande du temps. Mettre trop de pression sur De Zerbi si tôt, surtout après qu’il ait maintenu le club en Premier League la saison dernière, semble injuste.
Une opportunité à saisir pour De Zerbi
Pour qu’une équipe gagne, un entraîneur doit consacrer du temps, que ce soit sur le terrain ou en créant une dynamique avec ses joueurs. Mais De Zerbi n’a pas eu cette chance, surtout avec la plupart de ses joueurs partis en sélection pendant trois semaines.
Il doit gérer plusieurs problèmes : les résultats décevants à domicile, la difficulté à revenir au score après avoir encaissé le premier but. Son vrai défi est d’intégrer les nouvelles recrues avec celles déjà présentes pour former un collectif performant qui justifie l’investissement énorme du club.
Ce travail réclame patience et minutie, souvent invisibles aux yeux des supporters. Autrefois, on donnait plus de temps aux entraîneurs pour construire une équipe solide, aujourd’hui ce temps semble bien plus court. Après seulement cinq matches, certains fans critiquent déjà De Zerbi comme le pire entraîneur, alors qu’il a démontré son talent ailleurs.
Le temps, clé pour faire fonctionner les combinaisons
De Zerbi est passionné, direct et ambitieux, exigeant un engagement total et un soutien sans faille de la direction. Ce soutien, il l’a reçu, ce qui rend ce début difficile encore plus surprenant.
Avant la saison, je pensais que son principal défi serait d’assembler une équipe à partir de nombreuses recrues différentes, pas juste un groupe de joueurs individuels. J’ai vécu ça à Stoke, avec deux défenseurs centraux opposés dans leur style : l’un voulait reculer pour compenser sa lenteur, l’autre était rapide et laissait de l’espace derrière lui. Il a fallu du temps et beaucoup d’entraînement pour qu’ils fonctionnent ensemble.
Un manager qui construit une équipe doit passer du temps avec ses joueurs. Parfois, plusieurs nouvelles recrues s’adaptent rapidement, et l’équipe démarre bien, comme Sunderland ou Brighton ces dernières saisons. Mais ces clubs ont une identité forte. Quand on sait ce qu’on attend d’un poste, on choisit un joueur adapté.
Sans base solide, accueillir dix nouveaux joueurs en un seul mercato, comme Tottenham, crée des difficultés. Chaque joueur a une personnalité différente et un temps d’adaptation variable, d’autant plus avec un entraîneur aussi exigeant que De Zerbi.
Cette période d’adaptation aurait dû se faire en pré-saison, pour que les joueurs comprennent le style offensif demandé. Mais Tottenham n’a pas eu cette préparation complète et a continué à recruter même après le début du championnat.
Apprendre qui comprend l’importance du collectif
Former un groupe soudé demande du temps, de la patience et une bonne connaissance des forces de chacun. De Zerbi a toujours dû courir après le temps, car son effectif complet n’était pas prêt au coup d’envoi, l’empêchant d’imposer ses principes à tous.
C’est un entraîneur passionné, qui veut être sur le terrain à préparer son système, en possession ou non du ballon, qui selon lui mènera le club au succès. Cette trêve internationale l’empêche de travailler pleinement avec ses joueurs.
Il doit encore découvrir ses joueurs, anciens comme nouveaux, comprendre leur mentalité, détecter qui saisit l’importance du travail collectif et corriger les défauts.
J’ai eu une expérience similaire avec un latéral droit acheté très cher, qui refusait d’adopter le positionnement défensif que j’attendais. Je l’ai remplacé par un jeune joueur des réserves qui comprenait que son rôle était pour l’équipe, pas pour lui-même.
Connaître ses joueurs hors du terrain
Comprendre les caractères est aussi important que les aspects tactiques. Il faut apprendre à connaître ses joueurs, leur vie privée, leurs habitudes.
À West Brom, j’avais trois joueurs sud-américains que nous devions soutenir. Mon adjoint et moi organisions des sorties avec eux et leurs familles pour gagner leur confiance et respect. Cela aide à mieux intégrer des joueurs venant de cultures différentes.
Un autre joueur avait une routine surprenante : entraînement le matin, sommeil jusqu’au soir, puis sorties nocturnes. Malgré cela, ses performances sur le terrain étaient excellentes. Il était isolé au début, mais avec du temps et du contact personnel, il s’est parfaitement intégré.
Tony Pulis a partagé ces réflexions lors d’une interview avec BBC Sport.
- Statut: En difficulté
- Dépenses estivales: Environ 400 millions de livres
- Position avant intervention de De Zerbi: 17e en Premier League
- Nombre de matchs joués cette saison: 5
- Équipes encore sans victoire en Premier League: Tottenham, Fulham, Bournemouth




