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Comment la Damallsvenskan suédoise gère le départ régulier de ses talents vers la WSL et au-delà

Christian Lundstrom, responsable du football féminin à Hacken, champions suédois, s’interroge souvent sur ce que pourrait être son équipe première si Getingarna avait conservé toutes les joueuses vendues ces dernières années. Avec en attaque Felicia Schroder (aujourd’hui à Real Madrid) et Stina Blackstenius (Arsenal), Johanna Rytting Kaneryd (Lyon) à l’aile, Filippa Angeldahl en milieu (Madrid), Julia Zigiotti Olme (Manchester United) ou encore la gardienne Livia Peng (Chelsea), l’effectif aurait fière allure.

Il y a vingt ans, la Damallsvenskan était considérée comme la meilleure ligue féminine au monde, notamment grâce à des stars comme Marta. Aujourd’hui, elle est devenue un tremplin où les talents émergents sont régulièrement recrutés par des clubs plus importants, notamment ceux de la Women's Super League anglaise.

La WSL, premier acheteur de talents suédois

Depuis l'été 2022, pas moins de 60 joueuses ont quitté la Damallsvenskan pour rejoindre l’Angleterre, avec des transferts vers Arsenal, Chelsea, Manchester City ou Tottenham. Mais ce n’est pas la seule destination : selon le dernier rapport FIFA, la Damallsvenskan a encaissé 4,2 millions de dollars lors de la fenêtre estivale 2026, soit plus que toute autre ligue. La WSL arrive deuxième, mais avec 95 transactions pour 3,97 millions de dollars.

Accepter la réalité et anticiper

Lovisa Strom, membre de la direction sportive de Kristianstads DFF, explique comment son club indépendant gère cette situation. Malgré le passage de nombreuses joueuses vers des clubs plus huppés, ils terminent régulièrement dans le top six depuis neuf saisons.

« Nous savons que nous allons perdre des joueuses. Certaines restent longtemps, d’autres viennent pour se développer avant de partir, et cela nous convient. Nous calculons toujours qu’on perdra des joueuses. »

Cette lucidité permet aux équipes comme Hacken de planifier plusieurs fenêtres de transfert à l’avance, construisant ainsi une équipe de réserve prête à remplacer les départs.

Former et garder un équilibre

Le mélange d’expérience, de jeunes talents et de promesses issues du centre de formation est crucial. Hammarby, autre club souvent dépeuplé de ses meilleures joueuses, mise sur une culture solide et une identité forte, minimisant l’impact des départs.

« Peu importe qui joue, tout le monde connaît les principes et l’ADN de l’équipe », souligne Eva Nystrom, ancienne capitaine finlandaise et joueuse passée par Hammarby.

Contrats longs et relations humaines

Les clubs suédois peuvent désormais offrir des contrats plus longs, permettant de mieux valoriser les transferts. Felicia Schroder, par exemple, avait signé un contrat jusqu’en 2029 avec Hacken avant que Real Madrid ne paie un montant record pour la recruter.

« Il faut expliquer aux joueuses que le but n’est pas de les retenir à tout prix, mais bien de les vendre », indique Lundstrom.

Pour Lovisa Strom, il s’agit aussi d’une discussion honnête avec les joueuses, en étant ouvert à leurs ambitions tout en exigeant une indemnité en cas de départ.

Une ligue toujours attractive

Selon Opta, la Damallsvenskan se classe juste derrière les meilleures ligues américaines, anglaises, allemandes, espagnoles et italiennes, et au-dessus de la France, du Mexique ou des championnats scandinaves voisins. Son coefficient UEFA élevé assure aussi une bonne visibilité européenne aux joueuses.

Eva Nystrom confirme que la ligue offre un cadre professionnel supérieur à celui de la Finlande, avec des opportunités européennes qui attirent les talents.

Un environnement propice au développement

Therese Sjogran, directrice sportive à Manchester City, soulignait déjà en 2021 que la connaissance du football et la capacité à faire progresser les joueuses restent la force de la Suède, même si la puissance financière a diminué.

L’importance de la culture club

Kristianstads mise sur sa réputation pour attirer les nouvelles venues. Strom évoque l’exemple d’Evelyne Viens, ancienne joueuse partie à Roma, qui ferait la promotion du club auprès d’une recrue potentielle.

« Les joueuses se sentent bien ici, et être bien dans sa tête aide à être meilleur sur le terrain. »

Pour Lundstrom, le nombre de joueuses formées et vendues prouve que Hacken offre une plateforme solide pour progresser.

Des défis persistants

Malgré ces points positifs, les clubs doivent composer avec des transferts souvent modestes financièrement, sauf rares exceptions comme Schroder. Les revenus générés restent importants, surtout pour des clubs indépendants comme Kristianstads.

Le développement des jeunes est primordial, avec 80 % des joueuses adolescentes en 2026 formées localement. Mais le manque d’entraîneurs qualifiés reste un problème majeur. Erling Nilsson de Rosengard pointe le défi financier lié au recrutement et à la rémunération de ces coachs.

Par ailleurs, les talents quittent la Damallsvenskan de plus en plus tôt, directement pour des clubs comme Barcelone ou Lyon sans passer par un palier intermédiaire.

La concurrence locale

Rosengard doit aussi faire face à la montée de Malmo FF, club masculin ayant recréé une équipe féminine qui a grimpé rapidement les divisions. Cette nouvelle dynamique complique le recrutement des jeunes joueuses.

Dans cette compétition, les clubs affiliés à des équipes masculines bénéficient d’un avantage économique et structurel, comme l’admet Lundstrom. Les clubs indépendants, eux, doivent trouver d’autres stratégies.

Une nouvelle ère

La Damallsvenskan n’a plus vu un de ses clubs en finale de Ligue des Champions féminine depuis douze ans, quand Tyreso avait été battu 4-3 par Wolfsburg. Ce fut aussi le début de la fin pour certains grands noms et d’importants départs. Aujourd’hui, la ligue n’est plus la meilleure mais reste stable financièrement et très performante dans la formation des talents.

Le récent succès de Hacken et Hammarby en Women’s Europa Cup montre que la compétition européenne n’est pas hors de portée.

Enfin, le fait que toutes les joueuses majeures de l’équipe nationale suédoise aient évolué dans la Damallsvenskan témoigne de la qualité du championnat. Comme le dit Nathalie Bjorn, défenseure et figure de la sélection classée huitième mondiale : « Quelque chose se fait bien en Suède. »