Coupe du Monde 2026 : Gianni Infantino pourrait-il imposer un tournoi à 64 équipes ?
Depuis dix ans à la tête de la Fifa, Gianni Infantino semble convaincu qu’augmenter le nombre de participants est toujours une bonne idée. Plus de tournois, plus de matchs, plus d'argent.
On a vu cela avec la nouvelle formule de la Coupe du Monde des clubs, l’élargissement du nombre d’équipes à la Coupe du Monde, ainsi que la montée des tarifs des billets. La finale du Mondial a même vu une pause à la mi-temps digne d’un spectacle à l’américaine, durant plus de 27 minutes.
Pourquoi s’arrêter là ? Infantino a récemment évoqué la possibilité d’une Coupe du Monde à 64 équipes. Il estime que si les petites nations ne sont pas invitées à participer, elles n’auront aucune raison de progresser davantage.
Cependant, ces pays ne sont pas exclus aujourd’hui. Ils peuvent se qualifier s’ils sont suffisamment compétitifs. En témoigne le parcours de nations comme le Cap-Vert, Curaçao, la Jordanie ou l’Ouzbékistan.
Le format plus simple sur le papier
Passer à 64 équipes permettrait d’avoir 16 groupes avec les deux premiers qualifiés pour les phases à élimination directe. Plus besoin de repêcher certains troisièmes, ce qui simplifie la compétition.
Mais au-delà de cette logique, quel autre motif justifierait une telle expansion ?
Qui soutient cette idée ?
Le projet vient surtout de Conmebol, la confédération sud-américaine. Pour les célébrations du centenaire de la Coupe du Monde en 2030, organisée principalement par le Maroc, le Portugal et l’Espagne, avec des matchs inauguraux en Uruguay, Argentine et Paraguay, Conmebol souhaite un tournoi à 64 équipes.
Son président, Alejandro Dominguez, défend l’idée d’inclure tout le monde dans la fête, affirmant que le football international grandit lorsqu’il s’ouvre au monde entier.
Malgré ses efforts, ce projet n’a pas trouvé beaucoup d’échos positifs ailleurs. Uefa et son président Aleksander Ceferin rejettent l’idée, jugeant qu’elle compliquerait la compétition et les qualifications. Le président de Concacaf, Victor Montagliani, parle de risques pour l’écosystème global du football, et le chef de l’AFC, Sheikh Salman bin Ibrahim Al Khalifa, craint le chaos.
La décision reviendra aux 37 membres du Conseil de la Fifa.
L'impact sur la qualité sportive
Un tournoi à 64 équipes offrirait plus d’opportunités aux pays émergents, ce que défend Infantino après la belle performance du Cap-Vert en 2026, qui a réussi à sortir de son groupe et a poussé l’Argentine en prolongation.
Cependant, il faut relativiser : plusieurs nations comme Haïti, l’Irak, la Jordanie ou Panama n’ont pas marqué le moindre point, et les têtes d’affiche ont rarement été menacées dans la phase de groupes.
Il serait compliqué de voir des équipes du top 4 mondial manquer les huitièmes de finale, comme cela est arrivé par le passé avec des nations comme la Belgique, l’Allemagne ou l’Espagne.
Les nouveaux venus envisagés
Selon les qualifications actuelles, voici quelques équipes qui auraient pu rejoindre un Mondial à 64 pays :
Six de ces équipes figurent dans le top 50 mondial, mais beaucoup appartiennent à des confédérations moins fortes comme l’Asie ou l’Amérique centrale et Caraïbes, dont les performances ont souvent été décevantes.
Par exemple, seulement deux des neuf pays asiatiques et trois des six concacéfiens ont franchi la phase de groupes. La Nouvelle-Zélande, seule représentante de l’Océanie, a terminé dernière de son groupe.
On pourrait penser qu’il faudrait donner plus de places à l’Europe pour équilibrer la compétition, mais d’autres préfèrent croire que ce format favorise le développement du football dans les pays moins puissants.
Infantino présentera l’extension comme bénéfique pour le football mondial, mais on peut douter que cela serve la qualité de la compétition. Plus du tiers des 211 nations de la Fifa seraient présentes, transformant la phase de groupes en une sorte de qualification élargie avant le vrai knockout.
Les défis logistiques
Ajouter 16 équipes revient à créer quatre groupes supplémentaires de quatre équipes, ce qui signifie plus de matchs et plus de jours de compétition. Le Mondial 2026 a duré 39 jours ; l’ajout de 24 rencontres demanderait environ cinq jours de plus.
Cette édition avait la particularité de s’étendre sur plusieurs fuseaux horaires et de se dérouler dans des stades couverts, permettant d’étaler les rencontres sur une journée entière pour les retransmissions télévisées.
Dans le futur, ce ne sera pas aussi simple, surtout avec le changement climatique qui complique les matchs en journée, notamment en Europe où les vagues de chaleur deviennent fréquentes.
Des pays sans infrastructures couvertes similaires à Atlanta, Dallas, Houston ou Vancouver auront du mal à gérer cela.
Organiser un Mondial à 64 équipes pose aussi la question de la capacité d’accueil : 16 villes hôtes avec des stades de 43 000 à 81 000 places étaient nécessaires en 2026. Une augmentation demanderait plus de villes et plus d’installations d’entraînement de haut niveau, sans parler des hôtels et des réseaux de transport.
Il paraît peu probable qu’un seul pays puisse accueillir un tel événement, même l’Arabie saoudite, qui envisage un Mondial en janvier 2035, devra peut-être co-organiser avec d’autres nations.
Des collaborations entre pays européens ou nordiques, voire en Europe de l’Est, pourraient devenir la norme. Pour l’Asie ou l’Afrique, le défi financier reste énorme.
Une question d’argent ?
Infantino a promis d’augmenter les ressources financières du football. Chaque fédération reçoit désormais environ 8 millions de dollars sur quatre ans, avec un complément pour les plus petites nations. Les confédérations disposent de dizaines de millions pour développer le sport.
Cette manne provient essentiellement des revenus générés par la Coupe du Monde. En 2017, la Fifa estimait que le Mondial à 48 équipes rapporterait 6,5 milliards de dollars. En 2022, avec 24 matchs supplémentaires, ce chiffre a été revu à 9 milliards.
Un tournoi à 64 équipes augmenterait encore ces recettes grâce à la télévision, aux sponsors et à la billetterie.
La Fifa voit dans cette croissance une mission de développement du football, mais certains critiques pensent que le jeu souffrira si cette expansion continue sans limite.




