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Conflit social à Los Angeles avant la Coupe du monde

À Los Angeles, la Coupe du monde n’a pas encore commencé que le bras de fer a déjà démarré loin de la pelouse. Au SoFi Stadium, ce ne sont ni les sélectionneurs ni les stars qui montent au créneau, mais les cuisiniers, les barmans et le personnel des buvettes. Environ 2 000 travailleurs de la restauration, représentés par le syndicat Unite Here Local 11, menacent de se mettre en grève à l’approche du tournoi.

Le décor est posé : un stade ultramoderne, huit matches programmés, dont l’affiche d’ouverture locale entre les États-Unis et le Paraguay le 12 juin. Et, en coulisses, un conflit social qui enfle jour après jour.

Un avertissement direct à la FIFA

Dans un communiqué publié lundi, Unite Here Local 11 a lancé un message sans détour à la FIFA : exclure l’agence fédérale US Immigration and Customs Enforcement (ICE) de toute implication dans l’organisation des rencontres à Los Angeles, sous peine de voir le mouvement social se durcir.

Le syndicat affirme que ses membres travaillent encore sans contrat formel alors que le tournoi approche à grands pas. Une situation jugée intenable pour ces salariés qui s’apprêtent à porter sur leurs épaules une partie de la logistique d’un des événements les plus médiatisés de la planète.

Selon le syndicat, l’absence de garanties contractuelles alimente les craintes autour des droits, des horaires, de la sécurité et des conditions de travail pendant la compétition.

Trois exigences claires pour SoFi Stadium et la FIFA

Unite Here Local 11 a mis sur la table un cahier de revendications précis, adressé à la fois à la FIFA et au propriétaire du stade, Kroenke Sports & Entertainment.

  • une déclaration officielle garantissant que l’ICE ou les services de garde-frontières ne joueront aucun rôle dans les opérations liées au tournoi ;
  • la protection des emplois des travailleurs représentés par le syndicat et l’amélioration de leurs conditions de travail ;
  • un soutien concret à des programmes de logement abordable destinés aux salariés de l’hôtellerie-restauration.

La tension est montée d’un cran après les déclarations de Todd Lyons, directeur par intérim de l’ICE, qui a assuré que son agence jouerait un « rôle clé » pendant la Coupe du monde. Pour le syndicat, ces propos sonnent comme une menace directe pour la sécurité des travailleurs et des supporters, en particulier ceux issus de communautés migrantes.

Face à ce front social, la FIFA garde le silence. Aucun commentaire officiel. Même mutisme du côté du SoFi Stadium, où les responsables n’ont pour l’instant livré aucune réaction à la montée de la contestation.

La peur de l’IA et la bataille du logement

Le conflit dépasse largement la question des plannings de service les soirs de match. Le syndicat veut aussi des garanties sur l’usage des technologies d’intelligence artificielle pendant le tournoi. Crainte affichée : que l’IA serve à réduire les effectifs, automatiser certaines tâches et, à terme, supprimer des postes.

Mais la revendication la plus lourde de sens touche au coût de la vie dans la région de Los Angeles, et particulièrement à Inglewood, où se dresse le SoFi Stadium. Unite Here Local 11 lie explicitement son action à l’explosion des loyers et à la pression immobilière qui frappe les travailleurs.

Le syndicat réclame la création et l’alimentation d’un fonds de logement pour les salariés, des restrictions sur les locations de courte durée, ainsi que des mesures fiscales destinées à financer des logements abordables et à protéger les familles migrantes.

Dans une déclaration officielle, le coprésident du syndicat, Kurt Petersen, a dénoncé le contraste entre les profits attendus et la réalité du terrain : la FIFA et les sponsors « engrangeront des milliards de dollars » grâce à l’événement, tandis que « le rôle vital des cuisiniers, des travailleurs et du personnel des stands – qui constituent l’épine dorsale du succès du tournoi – est ignoré ».

Un dialogue au point mort

Selon Unite Here Local 11, les tentatives de dialogue avec la FIFA remontent à la désignation de Los Angeles comme ville hôte. Le syndicat affirme avoir multiplié les demandes de réunion. Sans succès. Il parle d’indifférence, de portes closes, de mails sans réponse.

Pendant ce temps, l’horloge tourne. Huit rencontres doivent se tenir au SoFi Stadium, sous un climat social de plus en plus électrique. Une grève du personnel de restauration ne mettrait pas en péril la tenue des matches, mais elle frapperait l’image du tournoi et l’expérience des supporters, dans un pays où les enjeux politiques autour de l’immigration et du coût de la vie restent explosifs.

À Los Angeles, la Coupe du monde se jouera aussi dans les cuisines, derrière les comptoirs et dans les salles de réunion. Reste à savoir si la FIFA acceptera de s’asseoir à la table des négociations avant que les travailleurs ne décident, eux, de quitter leurs postes.