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Cinq ans de suspension pour Adane Anmaw Mengesha : violations antidopage

Adane Anmaw Mengesha, espoir éthiopien de 22 ans en course sur route, vient de voir sa carrière brutalement stoppée. L’agence américaine antidopage USADA a annoncé qu’elle acceptait une suspension de cinq ans pour multiples violations des règles antidopage, mêlant utilisation interdite de perfusions intraveineuses et falsification de documents médicaux.

Une perfusion déclarée… puis l’enquête qui bascule

Tout part du Cherry Blossom 10 Miler, à Washington D.C., le 4 avril 2025. Épreuve labellisée par USA Track & Field, où Mengesha signe une performance majeure : deuxième place. Lors du contrôle antidopage, elle déclare l’utilisation d’une solution d’acides aminés administrée par perfusion intraveineuse.

Cette déclaration, loin de la protéger, ouvre la porte à une enquête plus poussée. USADA découvre alors que l’athlète a reçu plusieurs perfusions de plus de 100 mL sur des périodes de 12 heures, entre le 26 et le 30 mars 2025, sur prescription médicale pour traiter un problème de santé.

Sur le papier, aucun produit interdit. Mais le règlement est clair : toute perfusion ou injection dépassant 100 mL sur 12 heures, hors exceptions très encadrées (hospitalisation, intervention chirurgicale, examen clinique), constitue une « Méthode spécifiée » prohibée en permanence. Le volume seul suffit à caractériser la violation.

La faute initiale, puis la faute grave : la falsification

L’affaire aurait pu s’arrêter à une infraction liée à la méthode. Elle va prendre un tournant autrement plus lourd.

En coordination avec l’Autorité antidopage éthiopienne (ETH-ADA), USADA établit que Mengesha a bien reçu ces perfusions pour une condition médicale. Mais lorsqu’elle dépose une demande d’Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) auprès d’ETH-ADA, elle franchit une ligne rouge : elle fournit de faux documents, censés prouver que les perfusions ont été administrées dans un hôpital à Addis-Abeba.

En tant qu’athlète éthiopienne, elle devait impérativement déposer son dossier d’AUT auprès d’ETH-ADA. En maquillant la réalité, elle tombe dans la catégorie la plus sensible des infractions : le « sabotage » ou falsification du processus antidopage. Cette tentative de dissimulation complique et prolonge l’enquête, retardant la résolution du dossier.

De six ans à cinq : un aveu qui lui évite le maximum

Le Code mondial antidopage prévoit une sanction très lourde pour ce type de cas. Face à une violation passible de quatre ans ou plus, l’athlète peut bénéficier d’une réduction d’un an si elle reconnaît les faits et accepte la sanction proposée dans les 20 jours suivant la notification.

C’est ce qui sauve partiellement Mengesha. Au lieu des six ans initialement envisagés, la sanction tombe à cinq ans, USADA appliquant cette clause de réduction.

La période d’inéligibilité a débuté le 5 novembre 2025, date de sa suspension provisoire. Elle est donc exclue de toute compétition jusqu’en novembre 2030. Ses résultats à partir du 4 avril 2025, dont sa deuxième place au Cherry Blossom 10 Miler, sont annulés, avec perte des médailles, points et primes associés.

Un rappel brutal des règles du jeu

L’affaire Mengesha illustre la rigidité assumée du cadre antidopage. Les règles de l’USADA Protocol for Olympic and Paralympic Movement Testing, des politiques nationales du United States Olympic and Paralympic Committee, et du règlement antidopage de World Athletics, tous alignés sur le Code mondial antidopage et la Liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage, ne laissent aucune zone grise sur les perfusions : au-delà de 100 mL en 12 heures, hors cas médicaux très précisément définis, c’est interdit, qu’il y ait substance dopante ou non.

USADA martèle depuis des années le même message : connaître les règles fait partie du métier. L’agence multiplie les outils pour les athlètes et leurs entourages – parents, entraîneurs, médecins – avec des explications détaillées sur les contrôles, les substances interdites, les démarches de localisation, les demandes d’AUT, les risques liés aux compléments et aux produits dopants ou récréatifs.

Sessions éducatives avec les fédérations, guides de nutrition, manuels du sport propre, alertes régulières : le dispositif se veut complet. À cela s’ajoutent plusieurs canaux de signalement pour dénoncer l’usage de produits dopants, afin de protéger ceux qui respectent les règles et défendre l’idée d’une compétition équitable.

Dans ce paysage, le cas d’Adane Anmaw Mengesha restera comme un avertissement cinglant : dans l’athlétisme de haut niveau, la frontière entre soin médical et violation des règles ne se négocie pas, et la tentation de maquiller la vérité coûte souvent plus cher que la faute initiale.