Celtic : entre succès et incertitudes sur le banc
Le paradoxe est brutal. Sur le papier, tout va bien : après sept journées, Celtic est en tête du championnat. Dans les coulisses, le climat est tout autre. Martin O'Neill, monument du métier, se retrouve au cœur d’un bras de fer glacé avec la direction de Parkhead, sur fond de clause de départ estimée à 1 million de livres, révélée par le Daily Record.
La trêve internationale n’a rien apaisé. Elle a simplement figé une impression : le club est en suspens, coincé entre les résultats domestiques acceptables et une série de rendez-vous manqués qui font tâche pour une institution de ce standing.
Une série noire qui change tout
La bascule s’est produite avant la coupure. Trois défaites de rang. Deux derbys perdus face aux Rangers. Et, au milieu, une nuit européenne qui restera comme l’une des plus douloureuses de ces dernières années : un effondrement en barrages de Ligue des champions contre LASK après avoir mené de quatre buts.
Perdre un tel avantage face à une équipe autrichienne a laissé des traces profondes dans le vestiaire comme dans les tribunes. La défaite contre Ferencváros est venue alourdir un bilan continental déjà préoccupant.
Pour un club qui bâtit une partie de son modèle sur les revenus européens, l’addition dépasse largement le simple plan sportif. Chaque élimination pèse sur les finances, complique le recrutement, ternit l’image. À ce niveau, ce ne sont plus seulement des contre-performances : ce sont des signaux d’alarme.
Face à cette spirale, O'Neill aurait laissé entendre, après cette série de revers, qu’il pourrait se retirer. Une suggestion plus qu’une annonce, mais suffisante pour ouvrir une brèche.
Un licenciement à 1 million qui change le calcul
Dans un autre contexte, avec un autre club, la tentation d’un changement brutal serait forte. Mais Celtic est en tête du championnat. Et le licenciement d’un entraîneur de 74 ans, au palmarès et au poids symbolique considérables, coûterait environ 1 million de livres.
Payer une telle somme pour se séparer d’un technicien qui domine encore la ligue nationale ? La décision deviendrait immédiatement politique. Il faudrait l’expliquer aux actionnaires, au vestiaire, aux supporters.
La direction se retrouve donc coincée entre deux risques : assumer les errements européens d’un manager installé, ou plonger dans une nouvelle phase de turbulence en pleine saison, en assumant une facture salée.
Le passé récent plaide pour la prudence. Brendan Rodgers, Wilfried Nancy puis le retour d’O'Neill : en peu de temps, Celtic a déjà connu un enchaînement de changements majeurs sur le banc. Un nouvel électrochoc mal préparé pourrait faire plus de dégâts que de bien.
Roy Keane, présence encombrante ou simple visiteur ?
Comme souvent dans ces périodes de flottement, les rumeurs se nourrissent du moindre détail. La présence de Roy Keane à Celtic Park lors de la défaite 1-0 a suffi à enflammer les conversations.
L’ancien capitaine de Manchester United n’a jamais caché son envie de revenir sur un banc. Sa personnalité, son aura, son histoire avec le club écossais en font un nom immédiatement bankable.
Keane a pourtant balayé l’idée qu’il serait venu observer une équipe en difficulté pour mieux se positionner en héritier potentiel. Mais son simple passage dans les tribunes a suffi à alimenter le débat.
La réalité est plus froide : Keane n’a plus dirigé d’équipe depuis son départ d’Ipswich Town en 2011. Son retour dans un rôle de numéro un serait un pari à très haut risque, autant médiatique que sportif. Une option qui intrigue, mais certainement pas une solution prête à être dégainée du jour au lendemain.
Garder O'Neill, mais reprendre la main
Pour l’instant, la logique sportive comme financière pousse vers une conclusion claire : Celtic doit conserver Martin O'Neill. Au moins jusqu’à ce que la situation soit jugée sur un échantillon plus large que quelques semaines catastrophiques.
L’argument du classement est imparable. Être leader et signer un chèque d’environ 1 million de livres pour rompre un contrat exigerait une justification en béton. La direction ne l’a pas. Pas encore.
Mais rester immobile serait tout aussi fautif. Les humiliations européennes, les derbys perdus, la sensation de fragilité dans les grands rendez-vous ne peuvent pas être balayées d’un revers de main.
Le club a besoin de deux choses : de la clarté, et un plan.
Une prise de parole forte de la direction, une discussion franche avec O'Neill, un calendrier défini – même en interne – pour évaluer la suite. Et, en coulisses, un travail discret pour identifier des entraîneurs plus jeunes, avec des références solides, capables de prendre le relais à moyen terme. Sans improvisation, sans casting précipité.
Deux matches pour un tournant
La reprise contre Motherwell, le 11 octobre, puis le test européen face à Benfica, pèseront lourd. Ces rencontres diront si l’équipe suit encore pleinement O'Neill, si le discours passe, si la dynamique peut être redressée.
Celtic a besoin de stabilité tout de suite, mais ne peut plus se permettre l’improvisation à long terme. Les supporters accepteront qu’un vétéran se batte pour sa place sur le bord de la touche. Ce qu’ils pardonneront beaucoup moins facilement, c’est une direction incapable de trancher.
La vraie question n’est peut-être plus de savoir si Martin O'Neill est encore l’homme de la situation. Elle est de savoir si Celtic a enfin la volonté – et le courage – de penser son futur avant que les résultats ne l’y obligent.



