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Jamie Carragher critique Bruno Fernandes et l'avenir de Michael Carrick

La gifle reçue à Como (4-1) n’a pas seulement laissé des traces au tableau d’affichage. Elle a ouvert une fracture béante au cœur de Manchester United. Sur le terrain, les joueurs ont sombré. Devant les micros, ils ont explosé.

Au centre de la tempête : Bruno Fernandes. Le capitaine a remis en cause les choix tactiques de Michael Carrick, s’interrogeant publiquement sur l’absence de pressing individuel face à Como. Une sortie qui a fait bondir Jamie Carragher.

Carragher charge Fernandes : « Une honte »

Sur CBS Sports, l’ancien défenseur de Liverpool n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le Portugais a franchi une ligne rouge.

« On a dit que Lisandro Martinez était complètement à côté de la plaque en appelant la direction du club », a rappelé Carragher, en référence aux critiques du défenseur après la défaite 2-0 contre Atletico Madrid. « Pour Bruno Fernandes de faire ça, c’est une honte. »

Carragher n’oublie pas que le milieu offensif a été élu joueur de la saison dernière.

« La saison passée, il a été Player of the Year. C’est grâce à Michael Carrick arrivé comme manager. Il n’aurait jamais eu ce trophée sans Carrick. Il l’a remis à son vrai poste. »

Puis le ton se durcit encore.

« Son attitude et sa façon de faire, ce n’est pas acceptable du tout. Il réagit comme ça parce qu’il a été remplacé et qu’il a été humilié ce soir par le manager. »

Fernandes avait critiqué le choix de ne pas presser Como en individuel. Carragher, lui, renverse l’argument.

« Quand il parle de pressing, que ce soit individuel ou en zone, depuis des années, Bruno Fernandes fait que Man Utd ne peut pas presser. Il court partout comme un gamin dans la cour de récré pour les supporters. Tout le monde pense qu’il travaille dur, mais ce n’est pas vrai. Il flingue le reste de l’équipe en faisant ça. »

Le contraste avec Brian Robson

Pour illustrer son propos, Carragher convoque une figure mythique du club.

« Il ne joue pas dans une période de succès à Manchester United, mais il y a des années, il y avait un capitaine appelé Brian Robson, un des plus grands joueurs à avoir porté ce maillot. Il ne jouait pas dans des équipes qui gagnaient le championnat ou la Coupe d’Europe tous les ans. Il est quand même considéré comme une légende du club. Il n’a jamais balancé un manager ou ses coéquipiers sous le bus. Il s’est toujours battu pour Man Utd. »

Le contraste avec le comportement actuel du capitaine est brutal.

« Le voir, lui (Bruno), chaque semaine, lever les bras contre ses coéquipiers, c’est une honte qu’il ait critiqué le manager au vu de ses performances cette saison. Attitude affreuse, et pas du tout ce qu’un capitaine de Manchester United devrait être. »

Carragher va plus loin et élargit le débat.

« Combien de managers a-t-il eus ? Tous les managers de Man Utd n’auraient donc pas d’identité ? »

Un club « pourri de haut en bas »

Au-delà du cas Fernandes, c’est tout le club qui est visé.

Carragher salue le travail de Cesc Fabregas, coach de Como, qu’il décrit comme « la meilleure chose chez les jeunes entraîneurs ». Mais il lâche surtout un constat glaçant sur United.

« Man Utd est pourri de haut en bas. Tout, dans ce club. Ça ne peut pas continuer pour un club de cette stature. »

Dans ce chaos, il trouve pourtant une satisfaction : la réaction de Carrick.

Après que le capitaine a critiqué la tactique, le manager a répondu en conférence de presse : « si tu ne reviens pas courir, tu ne gagneras pas ». Une pique claire à l’implication défensive de ses joueurs.

« Je suis content que Michael Carrick ait dit ça sur Bruno Fernandes. Qu’ils ne courent pas, parce qu’ils ne courent pas. Je suis ravi qu’il l’ait sorti et ravi qu’il lui ait répondu. »

« Un autre manager de Man Utd va encore y passer »

Carragher, toutefois, ne se fait guère d’illusions sur les conséquences de cette déroute à Como pour l’ancien milieu de terrain.

« C’est embarrassant. Mais le pire, c’est que je ne pense pas qu’il y avait beaucoup de gens qui croyaient que Manchester United pouvait gagner ce soir », reconnaît-il. « D’une certaine façon, ce n’est même pas un choc. C’est la manière qui choque. »

Et c’est là que le couperet tombe.

« C’est un résultat tellement mauvais, une performance tellement mauvaise, que ça peut avoir de sérieuses répercussions pour le manager, malheureusement pour lui. Bon gars, bon joueur pour Man Utd, il a fait du bon travail la saison dernière, mais encore une fois, on dirait qu’un autre manager de Man Utd va encore y passer. »

L’image est terrible : un club qui brûle entraîneur après entraîneur, sans jamais régler le problème de fond.

Merson appelle au calme : « Garder Carrick »

Face à ce discours quasi fataliste, Paul Merson prend le contrepied. Pour lui, changer encore de manager ne servirait à rien.

« C’est un mauvais résultat. C’est un peu comme un jeu de serpents et d’échelles. Ils montent en haut de l’échelle, puis tombent sur le serpent et redescendent », image l’ancien international. « Il faut stabiliser tout ça. »

Et pour stabiliser, Merson ne voit qu’une solution : la continuité.

« Pour calmer le bateau, je pense qu’il faut garder le même manager. Il a prouvé qu’il pouvait obtenir des résultats l’an dernier. C’est ce que je voulais voir de Michael Carrick la saison dernière. Quand tout allait bien et que les gens disaient “donnez-lui le poste”, c’est facile quand tu gagnes chaque semaine. »

L’ancien milieu insiste : c’est maintenant que le manager se révèle.

« C’est quand ça ne va pas bien que tu vois comment un manager réagit. Maintenant, c’est le moment de voir comment tu vas réagir. »

Changer pour changer n’aurait aucun sens à ses yeux.

« Tu le remplaces pour quoi ? Tu pourrais faire venir Carlo Ancelotti et lui dire de gagner le championnat, il échouerait lamentablement. Mais si tu veux d’abord apprendre à marcher, et ensuite avancer… Là, on fait juste venir des managers et c’est toujours la même histoire. C’est Man Utd, tu dois gagner le championnat. Tu es censé être dans le top 4. Ce n’est plus Man Utd aujourd’hui. »

Le message est clair : le club vit encore sur une image qui ne correspond plus à sa réalité sportive.

Carrick, de l’excuse à la rupture

Sur Sky Sports News, Danyal Khan s’est dit frappé par le changement de ton de Carrick après la débâcle de Como.

Il décrit un entraîneur brisé au coup de sifflet final, se dirigeant vers le parcage visiteurs, ignorant presque ses joueurs, mains levées pour s’excuser aux quelques centaines de supporters restés dans les travées. Une scène qui rappelle, pour beaucoup, la fin d’Ole Gunnar Solskjaer en 2021, après une lourde défaite à Watford. Carrick faisait alors partie du staff, et Solskjaer avait été limogé.

Depuis plusieurs mois, Carrick avait pris l’habitude de défendre son groupe, même lorsque l’intensité, le pressing et l’agressivité de son équipe étaient pointés du doigt. Cette fois, il n’a plus couvert personne. Il a validé les critiques, et renvoyé la responsabilité vers ses joueurs.

Son capitaine a attaqué la tactique. Il a répondu sur l’effort. Une rupture nette, presque brutale, avec son discours précédent.

Dans un club que même ses anciens rivaux décrivent comme « pourri de haut en bas », ce changement de ton ressemble à un aveu : Michael Carrick sait qu’il joue désormais sa survie sur le banc de Manchester United.