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Burnham et Manchester City : révélations sur des rencontres secrètes

Le feuilleton autour de Manchester City ne se joue plus seulement sur le terrain ni dans les bureaux de la Premier League. Il a désormais gagné le cœur du pouvoir politique britannique, avec Andy Burnham au centre du cyclone.

Le Premier ministre, déjà fragilisé par le scandale des « faux contrats » et les plus de 100 infractions financières retenues contre le club, doit maintenant répondre à une autre accusation : avoir minimisé l’ampleur de ses contacts avec les dirigeants de City lorsqu’il était maire de Greater Manchester.

« Une seule rencontre importante » ? Les registres racontent autre chose

Pendant des jours, Andy Burnham a assuré n’avoir eu qu’« une seule rencontre significative » avec les responsables du club et leurs propriétaires émiratis. Sous la pression croissante de l’opposition, il a promis de rendre publiques toutes ses interactions avec eux.

Puis est tombée l’enquête du tabloïd The Sun. Selon le journal, Burnham a en réalité rencontré des responsables de Manchester City au moins six fois entre 2017 et 2026, période où il occupait le poste de maire et où les investissements du groupe d’Abu Dhabi se sont massivement intensifiés dans la région.

Les questions sur ses liens avec les propriétaires du club, déjà éclaboussés par le scandale de manipulation financière, « ne disparaîtront pas », a-t-il été prévenu à Westminster. Et chaque nouvelle pièce ajoutée au dossier semble lui donner raison.

Dîners fastueux, registres effacés

The Sun affirme avoir mis la main sur un ancien registre d’intérêts, depuis supprimé, montrant que Burnham a été somptueusement reçu à deux reprises par le président de Manchester City, Khaldoon Al Mubarak.

Deux dîners, deux soirées de prestige, qui contredisent la version donnée par le Premier ministre aux députés au début de la semaine.

Hier encore, à la Chambre des communes, Burnham a tenté de clarifier. Il a expliqué que sa déclaration floue sur des visites « gratuites » à l’Etihad Stadium « à quelques occasions » incluait ces deux dîners avec Al Mubarak. Il a insisté sur un point : jamais, selon lui, l’enquête de la commission indépendante sur Manchester City n’a été évoquée lors de ces rencontres.

La cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, n’a pas été convaincue. Sa réplique a claqué : « Je ne pense pas que sa réponse, soigneusement formulée, suffira. »

Soriano, De Vries, Co-op Live : les rendez-vous discrets

Les révélations ne s’arrêtent pas là. D’autres documents internes font état de réunions privées avec deux figures clés de l’appareil City Football Group.

En 2023, Burnham aurait ainsi rencontré Ferran Soriano, directeur général de Manchester City, dans l’enceinte de la salle Co-op Live, dont une partie appartient à Abu Dhabi United Group de Sheikh Mansour. Une rencontre organisée après la fin des travaux sur le toit de l’arena, où Soriano siège également comme administrateur.

Deux ans plus tard, en 2025, un autre rendez-vous est mentionné avec Roel de Vries, alors directeur des opérations du club et membre du conseil exécutif de Co-op Live. Motif : célébrer l’attribution des Brit Awards à Manchester.

Ces échanges n’ont rien d’illégal en soi. Mais mis bout à bout, ils esquissent un réseau de relations bien plus dense que ce qu’Andy Burnham avait laissé entendre publiquement.

Voyage en Inde, investissements et menace à 30 milliards

L’ombre de City s’étend aussi sur l’actuelle maire de Manchester, Bev Craig. The Sun révèle qu’elle a emmené un représentant du club à Delhi et Mumbai lors d’un voyage officiel organisé par le ministre des Entreprises, Jonathan Reynolds.

En toile de fond, un enjeu colossal : les investissements d’Abu Dhabi dans la région de l’Etihad Stadium et au-delà. Des sources émiraties citées dans la presse préviennent que la sanction attendue contre Manchester City – présentée comme la plus lourde de l’histoire de la Premier League – pourrait faire fuir jusqu’à 30 milliards de livres d’investissements au Royaume-Uni.

Burnham lui-même a reconnu qu’il serait « très inquiet » à l’idée de perdre les propriétaires d’Abu Dhabi. Une phrase qui, relue à la lumière des nouvelles révélations, prend un relief particulier.

Un match à l’Etihad, une caméra, aucune trace officielle

Comme si cela ne suffisait pas, une vidéo est ressortie des archives. On y voit Andy Burnham le 15 décembre 2018, à l’Etihad Stadium, avant un match de Premier League entre Manchester City et Everton, le club de son cœur.

Le blogueur Ian Cheeseman l’interroge devant la zone d’hospitalité ultra sélect du Tunnel Club. Les images montrent un invité de marque, à quelques mètres des salons les plus exclusifs du stade.

A-t-il payé sa place ? Était-il invité ? Aucune réponse claire. Aucune mention de cette visite n’apparaît dans les registres d’intérêts disponibles.

On sait seulement qu’en 2020, Burnham a signé un registre faisant état des deux dîners avec Khaldoon Al Mubarak. Ce registre a ensuite disparu du site de la Greater Manchester Combined Authority.

La BBC indique que la politique de l’autorité est de ne publier que les entrées relatives au mandat en cours du maire. Sauf que certaines déclarations datant de 2022 sont toujours accessibles, alors même que le mandat actuel n’a débuté qu’en 2024. Une incohérence de plus, qui nourrit les soupçons.

« Si un club a triché, il doit être puni »

Face à cette tempête politico-financière, Bev Craig tente de tenir une ligne de crête. Interrogée sur les investissements d’Abu Dhabi dans l’est de Manchester, elle ne défend ni ne condamne le club sur le fond du dossier sportif.

Sa position est nette : « Si un club de football a enfreint les règles, alors il doit être puni pour les avoir enfreintes. »

Mais elle ajoute aussitôt une autre réalité, plus locale, plus concrète : demandez aux habitants de l’est de Manchester s’ils ont bénéficié d’une nouvelle bibliothèque, d’un nouveau centre de loisirs, d’un nouveau lycée. « Ils auront ressenti ces bénéfices », souligne-t-elle.

C’est là que tout se joue désormais. Entre l’exigence de transparence politique, la rigueur des règlements sportifs et le poids colossal de l’argent venu d’Abu Dhabi, Manchester se retrouve au centre d’un conflit de loyautés.

Le club attend sa sanction. Le Premier ministre, lui, doit encore expliquer pourquoi ses propres registres racontent une histoire bien plus chargée que la sienne.