Bojan Miovski sauve les Rangers dans un match décisif
Quatre minutes de temps additionnel, un stade qui gronde, des rangées de sièges qui se vident. À Ibrox, la soirée filait tout droit vers le malaise. Puis Bojan Miovski a surgi.
L’attaquant, relégué au rang de cinquième choix il y a encore quelques semaines, a sauvé les Rangers d’un coup de patte précis face à St Mirren, alors que le match glissait vers un 0-0 lourd de conséquences. Sans ce but, les discussions auraient tourné autour des sifflets, des visages fermés et d’un public excédé par une seconde période décousue.
À la place, les 270 dernières secondes se sont écoulées sans réaction de St Mirren, et Ibrox a explosé comme pour un trophée. Joueurs, staff, remplaçants : tout le monde a célébré comme si la saison venait de basculer. D’une certaine façon, c’est peut-être le cas.
Un but qui change tout
L’importance de ce but ne se mesure pas qu’au bruit qu’il a provoqué. Au même moment, Celtic s’imposait sur le même score à Perth contre St Johnstone, conservant un bilan parfait en championnat. Sans Miovski, les Rangers se seraient retrouvés à sept points du champion en titre après seulement six journées.
Le vent aurait tourné très fort avant un double rendez-vous brûlant face au voisin : d’abord Martin O’Neill et ses hommes en quart de finale de Premier Sports Cup dimanche, puis un déplacement à Celtic Park en Premiership la semaine suivante. Avec ce succès arraché, la dynamique reste vivante.
Les chiffres offrent d’ailleurs un visage plus flatteur que les émotions du soir : invaincus depuis cinq matches à domicile, quatre victoires consécutives depuis la défaite contre Hibernian le mois dernier, qui avait allumé les premiers signaux d’alarme après l’élimination européenne.
« Si on regarde froidement, six victoires sur sept, quatre succès de suite, nous n’avons encaissé qu’un but et c’est un csc », peut rappeler sans trembler Derek McInnes. Le bilan brut le protège. Le contenu, lui, raconte une équipe encore en chantier.
Une heure de domination, puis le trou d’air
Depuis le 5-1 infligé à St Mirren en League Cup lors de leur précédente visite à Ibrox, les Rangers ont gagné quatre fois… toujours d’un but d’écart. La marge s’est évaporée, la maîtrise aussi par séquences. McInnes ne s’en cache pas : son effectif reconstruit avance encore à vue.
« On a eu ce qu’on méritait, même si St Mirren a eu une période de 20 minutes en deuxième mi-temps où ils ont été meilleurs », a-t-il expliqué à BBC Scotland. « Ils ont joué avec plus de confiance, ils sont venus nous chercher et on a multiplié les mauvaises décisions. »
Pendant une heure pourtant, le plan semblait dérouler. Intensité, pressing haut, vagues successives. « On les a absolument pilonnés en première période », insiste McInnes. Mais à 0-0, quand on a tant souffert sans être puni, l’adversaire se sent pousser des épaules.
« À 0-0, en tant qu’entraîneur d’en face, quand tu as été passé au rouleau et que tu n’as pas pris de but, ça te donne de la force et la conviction que tu peux ramener quelque chose », reconnaît-il.
Les célébrations débridées après le but de Miovski ? McInnes les assume totalement. « Les buts de dernière minute, c’est fantastique pour les joueurs, les coaches, les supporters. On préférerait ne pas avoir à en arriver là, mais il faut rendre crédit aux joueurs qui ont continué à y croire. »
Il sait pourtant que la joie ne masque pas tout. « Il y a énormément de choses à améliorer, mais en attendant, il faut continuer à gagner et à progresser si on veut accomplir quelque chose cette saison. »
Une équipe plus agressive, mais encore fragile
Depuis les tribunes, Andy Halliday a vu les mêmes contrastes. L’ancien milieu des Rangers retient surtout le visage affiché avant la pause.
« En première mi-temps, je les ai trouvés vraiment bons », a-t-il confié sur BBC Radio Scotland’s Sportsound. « Ils ont énormément progressé sans ballon sur les trois ou quatre derniers matches. Ils ont joué avec beaucoup d’agressivité, beaucoup d’intensité, et ils se sont créé une multitude d’occasions. Mais il leur manque cette implacabilité dans le dernier tiers. »
Pour lui, la cassure après la pause est nette. « Je ne suis pas vraiment d’accord avec l’analyse de Derek McInnes sur la deuxième mi-temps. St Mirren a eu bien plus qu’une période de 20 minutes. Les Rangers ont perdu tout contrôle, ils sont devenus un peu désespérés. »
Trop directs, trop tôt, trop brouillons. « Ils ont été un peu trop insistants trop vite, mais au final, ça a payé : ce jeu plus direct leur apporte le but », souligne Halliday. Un constat lucide : la force brute a fini par forcer la serrure, sans gommer les failles.
Miovski, de la porte de sortie au rôle de sauveur
Devant, McInnes avance avec des munitions limitées. Les blessures de longue durée de Youssef Chermiti et de Lawrence Shankland, arrivé cet été et installé comme avant-centre numéro un, ont coupé l’élan offensif. La nouvelle opération à venir pour l’ailier japonais Daisuke Yokota, touché à l’aine quelques semaines seulement après son arrivée, ajoute une couche de frustration.
Dans ce contexte, voir Bojan Miovski surgir comme héros du soir a presque des allures de scénario improbable. Tombé au rang de cinquième option, annoncé sur le départ il y a encore deux ou trois semaines, l’attaquant se retrouve soudain au cœur du récit.
« Ça montre ce qu’est le football et à quelle vitesse tout peut changer », résume Halliday. « On aurait dit qu’il était complètement hors du coup, qu’il allait partir pendant le mercato, et il plante un but énorme. »
Halliday ne l’imagine pas forcément titulaire contre Celtic, mais il sait que les cartes ont bougé. « Il est clairement plus dans le paysage après un but comme ça. »
McInnes, lui, avait jusque-là misé sur Ryan Naderi et sur Kevin Kelsy, la recrue chère venue de Portland Timbers. Pourtant, les chiffres plaident pour Miovski.
« C’est typique du football : il y a quelques semaines, Bojan semblait très loin », admet le manager. « Mais si on regarde ses buts par minute en Premiership, il est au niveau de Lawrence Shankland. »
Et McInnes de conclure : « J’étais ravi d’hériter d’un joueur comme Bojan, qui connaît le championnat écossais et qui est un buteur. Joué dans les bonnes conditions et avec le bon partenaire, il est capable de marquer. »
Les Rangers n’ont pas encore trouvé leur plein régime. Ils gagnent court, parfois dans la douleur, souvent dans le désordre. Mais ils gagnent. À l’heure d’attaquer un double choc face à Celtic qui peut redessiner leur saison, la question est simple : ce but de Miovski restera-t-il comme un simple sursis… ou comme le vrai point de départ ?




