Bob Huggins : L'héritage d'un entraîneur emblématique à Cincinnati
Cincinnati – L’annonce est tombée comme un coup de poing, à la veille d’un hommage longtemps attendu. L’université de Cincinnati et la famille de Bob Huggins ont révélé mercredi que l’ancien entraîneur emblématique vit désormais « avec une affection cognitive progressive » qui touche sa mémoire et certains aspects de sa vie quotidienne.
Aucun diagnostic précis n’a été rendu public. Mais les mots choisis suffisent à mesurer la gravité de la situation pour l’un des coachs les plus marquants du basket universitaire moderne, à l’heure même où son ancienne université s’apprête à le faire entrer au Cincinnati Athletics Hall of Fame, vendredi, à l’occasion du week-end du match de football face à Texas Tech.
L’architecte du renouveau de Cincinnati
Arrivé sur le banc des Bearcats en 1989, Bob Huggins a complètement changé le visage du programme. Quand il prend les commandes, Cincinnati vient de traverser 14 ans sans la moindre apparition en NCAA Tournament. Trois ans plus tard, en 1992, l’équipe atteint le Final Four. Le tournant est là. Le programme, jusque-là en retrait, se réinstalle brutalement sur la carte du basket universitaire.
Sous sa direction, Cincinnati devient une machine à gagner. Les Bearcats grimpent jusqu’à la première place du AP Top 25 lors de la saison 1996-1997, symbole d’une domination régulière en saison. Ils bouclent cette campagne au 10e rang national, malgré une élimination précoce en deuxième tour du tournoi NCAA. Le scénario se répète : en 1999, Cincinnati attaque la saison en tête du classement de l’AP, statut de favori assumé, mais bute encore une fois au deuxième tour. C’est alors la quatrième saison consécutive que les Bearcats s’arrêtent à ce stade, malgré des statuts de têtes de série n°2 ou n°3.
La trace laissée par Huggins à Cincinnati reste pourtant profonde. Sous sa férule, les Bearcats passent de programme oublié à puissance régulière, craint dans tout le pays.
Une sortie douloureuse, puis un long rebond
L’histoire avec Cincinnati se termine dans la tension. Au printemps 2005, Huggins démissionne, un an après une arrestation pour conduite en état d’ivresse (DUI) et au terme d’une relation devenue conflictuelle avec le président de l’université. La rupture est brutale, presque inconcevable pour une fanbase qui s’est construite autour de son caractère rugueux et de ses équipes agressives.
Après une saison loin des bancs, Huggins rebondit à Kansas State. Un passage éclair, une seule année, mais suffisant pour rappeler qu’il reste l’un des grands techniciens du pays. Très vite, l’appel de son alma mater change tout : West Virginia lui confie les clés de son programme.
Là encore, le coach impose sa patte. Pendant 16 saisons, il dirige les Mountaineers, accumule les victoires et se forge un statut de monument vivant du basket universitaire. Au total, il décroche 345 succès avec West Virginia, qui viennent s’ajouter aux 398 signés avec Cincinnati.
Une fin de carrière marquée par les scandales
La trajectoire n’a pourtant rien d’une ligne droite. En juin 2023, Huggins démissionne et prend sa retraite après une nouvelle arrestation pour DUI. L’épisode intervient quelques semaines seulement après une suspension de trois matchs et une réduction de salaire, sanction infligée pour l’utilisation d’une insulte lors d’une interview radio. L’image du coach se fissure, la fin de règne tourne au feuilleton.
La confusion s’installe même après son départ : dans les semaines suivant son arrestation, son avocat adresse une lettre à West Virginia affirmant que Huggins n’a jamais signé de lettre de démission formelle. Un dernier bras de fer administratif, sur fond de carrière brisée.
Avant Cincinnati et West Virginia, Huggins avait déjà construit patiemment son CV. Cinq saisons à la tête d’Akron. Et, encore avant, des débuts à Walsh University, alors en Division II, où il lance sa carrière d’entraîneur.
Un palmarès immense, une nouvelle bataille
Les chiffres parlent pour lui. Sur l’ensemble de sa carrière, Bob Huggins affiche un bilan de 863 victoires pour 389 défaites en NCAA, dont près de la moitié à Cincinnati et une autre grande part à West Virginia. Si l’on additionne ses succès dans toutes les divisions NCAA et NAIA, ses 935 victoires le placent au huitième rang de l’histoire chez les entraîneurs masculins.
Cette semaine, Cincinnati s’apprête à célébrer l’entraîneur qui a ramené les Bearcats sur le devant de la scène nationale. Mais derrière les applaudissements et les souvenirs de Final Four, plane une autre réalité : à 73 ans, Bob Huggins affronte désormais une maladie qui grignote sa mémoire, après une vie passée à empiler les victoires, les systèmes de jeu et les vestiaires en fusion.
La question n’est plus de savoir combien de matchs il gagnera encore. Elle est de mesurer à quel point son héritage, lui, résistera au temps.




