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Bob Huggins : Un géant du basket universitaire face à la maladie

Bob Huggins, géant du basket universitaire, fait face à une maladie cognitive progressive qui commence à toucher sa mémoire et certains gestes du quotidien. La nouvelle, lourde et intime, a été rendue publique mercredi par sa famille dans un communiqué diffusé par l’université de Cincinnati.

À 73 ans, Huggins s’apprête pourtant à remonter sur le devant de la scène. Vendredi soir, il entrera au University of Cincinnati Athletics Hall of Fame, dans la ville où son nom reste associé à une ère de puissance et de régularité au plus haut niveau NCAA.

Un monument du basket universitaire

Les chiffres, déjà, racontent l’ampleur du personnage : 935 victoires en carrière, 26 participations au tournoi NCAA, deux Final Fours, des passages marquants à Walsh, Akron, Cincinnati, Kansas State et West Virginia. En 2022, le Naismith Memorial Basketball Hall of Fame l’a officiellement rangé parmi les grands de ce sport.

À Cincinnati, il est plus qu’un ancien coach. Il est une référence. De 1989 à 2005, Huggins a accumulé 399 victoires, un record dans l’histoire des Bearcats, et aligné 14 qualifications consécutives pour le tournoi NCAA. Son équipe atteint le Final Four en 1992, stoppée en demi-finale nationale par Michigan, mais l’empreinte est posée : Cincinnati redevient une puissance.

Ses équipes portent sa marque : intenses, physiques, disciplinées. Sous ses ordres, les Bearcats voient défiler des all-Americans comme Danny Fortson et Steve Logan, et surtout Kenyon Martin, sacré joueur national de l’année par l’AP en 2000. Une vitrine individuelle qui reflète l’exigence quotidienne imposée par Huggins.

Une reconnaissance au goût particulier

Le communiqué familial parle d’un homme lucide sur ce qui l’attend, mais décidé à se raccrocher à ce qui compte encore : « les relations, les expériences et les moments qui lui apportent de la joie ». La famille explique avoir choisi le silence ces derniers mois avant de rendre publique la maladie, à l’approche de cette intronisation à Cincinnati.

Huggins, lui, savoure l’honneur. Sa famille souligne combien ses années à la tête des Bearcats constituent « un chapitre inoubliable » de sa vie, fait de « relations précieuses, d’accomplissements remarquables et de souvenirs qui garderont toujours une place à part dans son cœur ».

Il doit revenir à Cincinnati ce week-end, pour retrouver anciens joueurs, collègues, amis. Une réunion de famille sportive, presque, dans une ville où son passage a redéfini les ambitions du programme. Au-delà des trophées, ce sont ces liens tissés sur des décennies qui seront célébrés.

De West Virginia aux tourments récents

Après Cincinnati, Huggins relance une nouvelle histoire à West Virginia. Sans recruter les stars les plus convoitées du pays, il bâtit encore des équipes rugueuses, difficiles à manœuvrer. En 2010, West Virginia décroche le titre du Big East et écarte Kentucky, tête de série numéro un, en route vers le Final Four. L’aventure s’arrête face à Duke, mais le message est clair : peu importe le blason, les équipes de Huggins savent exister au plus haut niveau.

La fin de carrière, elle, se révèle plus sombre. En 2023, lors d’une intervention sur une radio de Cincinnati, il emploie un terme homophobe pour désigner les fans de Xavier et tient des propos insultants envers les catholiques. La sanction tombe : trois matchs de suspension en début de saison 2023-24, un million de dollars de réduction salariale, obligation de suivre une formation de sensibilisation.

Quelques semaines plus tard, en juin 2023, il est arrêté à Pittsburgh, soupçonné de conduite en état d’ivresse. Il démissionne dès le lendemain. Ce n’est pas une première : en 2004, déjà, alors qu’il est encore à Cincinnati, une arrestation pour conduite en état d’ivresse avait précipité sa sortie dans un bras de fer avec le président de l’université. Deux épisodes qui ont fissuré l’image du coach, sans effacer l’ampleur de son œuvre sportive.

La relève et l’héritage

La trace de Huggins se lit aussi dans les trajectoires de ceux qu’il a formés. En mars, Cincinnati a confié son banc à Jerrod Calhoun, ancien élève et protégé. Diplômé de l’université en 2004, Calhoun avait débuté comme assistant étudiant sous Huggins lors de la saison 2003-04, avant de le rejoindre à West Virginia pour cinq saisons, de 2007 à 2012. La continuité est là, discrète mais symbolique : un programme façonné par Huggins se tourne vers l’un de ses héritiers pour écrire la suite.

Vendredi, lorsque Bob Huggins fera son entrée au Hall of Fame de Cincinnati, la soirée aura un double visage. Celui de la célébration d’un coach qui a transformé chaque programme où il est passé en habitué du tournoi NCAA. Et celui, plus intime, d’un homme qui affronte désormais une maladie qui attaque la mémoire, ce même territoire où s’empilent victoires, défaites, vestiaires en fusion et nuits de mars sous tension.

La question n’est plus de savoir combien de matchs il gagnera encore. Elle est de mesurer combien de temps le basket, ses joueurs, ses salles et ses villes resteront aussi nets dans son esprit qu’ils le sont, à jamais, dans la mémoire de ceux qu’il a marqués.