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Aston Villa et PSG : Réunion de Titans en Super Cup

« Nous avons vraiment souffert. Je ne pense pas que cette équipe ait déjà été dominée de cette façon. » Luis Enrique n’est pas homme à la dramatisation facile. Ce soir-là, le 15 avril 2025, il venait pourtant de survivre à une tempête. Aston Villa venait de pousser le Paris Saint-Germain au bord du précipice, dans un quart de finale de Champions League transformé en thriller à neuf buts sur l’ensemble des deux matches. Paris passait, Villa tombait. Mais personne ne sortait indemne.

Le souvenir brûlant de Villa Park

On avait promis à Aston Villa une soirée de souffrance pour son retour parmi l’élite européenne. À l’aller, au Parc des Princes, Morgan Rogers avait osé défier le scénario en ouvrant le score. Un éclair vite éteint par Désiré Doué. Kvicha Kvaratskhelia avait ensuite remis l’ordre attendu, avant que Nuno Mendes ne plante, en fin de match, ce troisième but qui ressemblait à une condamnation. 3-1. Montagne à gravir. Presque une formalité pour Paris, disait-on.

Presque.

Au retour, Villa Park a d’abord cru assister à une exécution. Achraf Hakimi frappe tôt, Mendes encore. 2-0, le couvercle se referme. Le retour de Villa en Champions League prend des airs de fin prématurée, étouffé par l’armada parisienne, ses talents à la pelle, sa certitude de puissance.

Puis tout bascule.

Une frappe déviée de Youri Tielemans rallume une flamme. Un but qui, sur le moment, ressemble à un simple sursis. En réalité, c’est l’allumette. John McGinn, capitaine incandescent, se lance ensuite dans un raid solitaire et conclut. Villa Park explose. Le doute s’installe enfin dans les têtes parisiennes. Ezri Konsa finit de faire trembler le colosse, au terme d’une action illuminée par Marcus Rashford. En 23 minutes, Villa marque trois fois. Deux buts en deux minutes. Le géant chancelle, les jambes parisiennes se dérobent.

« Nous jouions à un niveau qui n’était pas digne de la Champions League, a concédé Luis Enrique après coup. Villa a eu des occasions pour égaliser. À 2-0, nous avions presque Villa au tapis. C’est devenu trop facile, un peu de surconfiance, et ça leur a donné une chance. »

Cette chance, les Anglais l’ont saisie à pleines mains. Ils ont gagné la bataille, 3-2. Mais perdu la guerre, 5-4 sur l’ensemble des deux matches. Les occasions évoquées par Enrique restent encore suspendues dans l’air de Birmingham : chaque tir, chaque centre, chaque déviation stoppés par un Gianluigi Donnarumma monumental, désigné joueur du match par Sky Sports. Villa a frôlé l’exploit. Paris, lui, a compris ce soir-là à quel point le chemin vers le sommet pouvait être étroit.

Quatre cent quatre-vingt-quatre jours plus tard, les deux clubs se retrouvent. Beaucoup de choses ont changé. L’essentiel, pourtant, demeure : PSG et Aston Villa savent désormais exactement de quoi l’autre est capable.

Un PSG installé au sommet

Poussé au bord de la sortie par Villa, Paris n’a pas vacillé longtemps. Derrière, Arsenal a été balayé en demi-finale, Inter Milan démantelé en finale. La première Champions League du club a enfin été soulevée.

Ce titre a propulsé Ousmane Dembélé vers un Ballon d’Or, porté par une saison où tout a semblé s’aligner pour lui et pour le collectif.

Depuis, la machine parisienne n’a pas levé le pied : deux titres de champion, une Coupe de France, un Trophée des champions, deux Supercoupes de France, et une deuxième Champions League ajoutée la saison passée. Une domination qui ne repose pas seulement sur des noms, mais sur une ossature restée stable, mûrie ensemble.

Devant, Dembélé, Kvaratskhelia et Doué forment un trio d’attaquants capables de déchirer n’importe quelle défense. Derrière eux, Fabian Ruiz, Vitinha et Joao Neves tiennent un milieu dense, technique, équilibré.

La ligne défensive, avec Hakimi, Marquinhos, Willian Pacho et Mendes, protège désormais Matvey Safonov, gardien installé dans la continuité de Donnarumma.

Et ce n’est que la base. Sur le banc, Bradley Barcola, Ilya Zabarnyi, Ibrahim Mbaye, Maghnes Akliouche, sans oublier Lucas Digne, revenu à Paris après avoir marqué l’histoire récente de Villa, complètent un effectif qui déborde de solutions.

Un adversaire redoutable, rodé, qui ne dépend plus des états d’âme d’une star mais d’un bloc sûr de sa force. Le genre d’équipe qui punit la moindre approximation, même les soirs où tout semble sourire à l’adversaire.

Villa, entre cicatrices et renaissance

Face à ce mastodonte stabilisé, Aston Villa arrive avec un visage retouché. Unai Emery a ramené le club en Champions League grâce à une quatrième place en championnat et un triomphe en Europa League, brisant une attente de trente ans sans trophée en soulevant une coupe à Istanbul.

Mais l’été a bousculé le projet.

Morgan Rogers est parti à Chelsea pour 117 millions de livres, un transfert record. Youri Tielemans a rejoint Manchester United pour 35 millions. Deux pièces maîtresses, deux hommes qui avaient porté la révolte contre Paris. Deux absences lourdes, sportivement et symboliquement.

Emery, fidèle à sa réputation de bâtisseur, n’a pas attendu pour rebâtir. Joao Gomes est arrivé pour renforcer le cœur du jeu, Johan Manzambi pour apporter de la fraîcheur, tandis qu’Alejandro Garnacho tente de se relancer dans un environnement où le talent brut est souvent mis en valeur.

Sur les seize joueurs utilisés lors du dernier duel face au PSG, cinq ont quitté le club. Amadou Onana, titulaire ce soir-là, manque aussi à l’appel, victime d’une rupture des ligaments croisés.

L’effectif, encore en construction, pourrait être complété par l’arrivée de Matteo Ruggeri au poste de latéral gauche et de Joao Palhinha pour densifier encore un milieu déjà rugueux. Rien n’est totalement figé, tout bouge encore à Villa.

Il y a tout de même des raisons de sourire. Ollie Watkins, Ezri Konsa et Emiliano Martinez doivent faire leur retour dans le groupe pour cette rencontre, après leurs vacances post-Mondial. Trois cadres, trois repères dans un vestiaire qui se réorganise.

John McGinn, lui, a été aperçu à l’entraînement après une alerte lors de la préparation en Asie contre Pathum United. Pour Emery, revoir son capitaine en forme à l’heure d’affronter le champion d’Europe n’a pas de prix.

Même affiche, nouveau contexte

Sur le papier, les noms n’ont pas radicalement changé. PSG reste PSG, Villa reste Villa. Dans la réalité, l’équation est différente.

Paris débarque en champion d’Europe confirmé, avec un groupe arrivé à maturité, sûr de ses automatismes, de ses repères, de sa capacité à gérer les temps faibles.

Aston Villa se présente avec un statut nouveau, celui d’un club qui a goûté aux trophées et refuse de considérer cette parenthèse comme un accident heureux. Il faut intégrer de nouveaux visages, compenser des départs majeurs, retrouver des automatismes dans une compétition où chaque erreur se paie cash.

Le décor, lui, change : cette fois, c’est la Super Cup à Salzbourg qui sert de théâtre. Un trophée à ajouter à une armoire déjà bien garnie pour Paris. Une opportunité de se jauger au très haut niveau, encore, pour Villa.

« Je sens que le club entre dans une nouvelle ère, avec cette possibilité de se battre pour des trophées », a confié Unai Emery à l’UEFA avant la rencontre. Une nouvelle ère, oui. Et quoi de plus révélateur, pour la tester, que de recroiser le chemin du champion d’Europe qui a déjà vacillé, une fois, sous les lumières de Villa Park ?