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ASEAN Cup : la Malaisie s'effondre après un 6-0 contre Singapour

À Bandung, la joie malaisienne n’aura duré que quelques minutes. Le temps d’un aller-retour entre l’extase et l’incrédulité. Sur la pelouse du Si Jalak Harupat Stadium, les joueurs célébraient un 6-0 éclatant contre Singapour, persuadés d’avoir composté leur billet pour la finale de la FIFA ASEAN Cup, première division.

Ils ne savaient pas encore que, à plusieurs centaines de kilomètres de là, Jakarta écrivait une fin de scénario complètement folle.

Un 6-0 qui semblait ouvrir les portes de la finale

La Malaisie avait fait le travail. Mieux que ça, elle avait marché sur Singapour. Un succès 6-0, une démonstration, dans la lignée d’un parcours de groupe solide : 3-0 contre le Bangladesh, 0-0 accroché contre l’Indonésie, aucune défaite, aucun but encaissé.

Au centre de ce récital offensif, un homme : Bergson. L’attaquant d’origine brésilienne, naturalisé, a porté l’attaque malaisienne tout au long du tournoi. Quatre buts sur l’ensemble de la phase de groupes, dont un triplé contre Singapour. À la fin du temps réglementaire, tout semble logique : sept points, une différence de buts de +9, la sensation d’avoir fait tout ce qu’il fallait.

Les sourires s’affichent, les accolades se multiplient. Quelques joueurs commencent même à fêter la qualification. Le vestiaire se prépare à savourer.

Puis les téléphones s’allument.

Jakarta, temps additionnel et bascule historique

Dans l’autre match, l’Indonésie mène déjà largement face au Bangladesh. Le score enfle, mais reste, jusque dans le temps additionnel, insuffisant pour doubler la Malaisie à la différence de buts.

Et puis le temps additionnel s’étire. Deux minutes annoncées d’abord. Sept à l’arrivée.

Au bout de la sixième et de la septième minute de ce temps ajouté, l’Indonésie frappe encore. Deux buts de plus, un score final de 9-2, et un classement renversé :

  • Indonésie : 7 points, différence de buts +9, 11 buts marqués
  • Malaisie : 7 points, différence de buts +9, 9 buts marqués

Même total de points, même différence, mais l’Indonésie passe devant au nombre de buts inscrits. La finale lui revient. La Malaisie, elle, tombe du podium imaginaire de la joie au sol très concret de la désillusion.

Au Si Jalak Harupat Stadium, l’ambiance se fige. Les visages se ferment. Certains joueurs restent plantés sur la pelouse, comme si l’information était trop absurde pour être vraie.

Bergson, lui, explose sur les réseaux sociaux.

Colère, suspicion et message effacé

Sur son compte Instagram, l’attaquant laisse éclater sa frustration. Il dénonce une situation « ridicule », estimant que « tout a favorisé l’Indonésie durant le tournoi ». Il pointe du doigt un calendrier jugé déséquilibré : l’Indonésie qui joue ses trois matchs à Jakarta, le soir, pendant que les équipes visiteuses doivent voyager jusqu’à Bandung et jouer l’après-midi.

Surtout, il s’étonne de ce temps additionnel rallongé dans la dernière rencontre : deux minutes annoncées, puis finalement sept, avec deux buts encaissés par le Bangladesh dans les deux dernières minutes. « Qu’est-ce qu’il y a de si étrange et d’illogique dans tout ça ? », interroge-t-il.

Le message ne restera pas. Supprimé dans la nuit.

Bergson choisit ensuite un autre ton, plus rassembleur, en publiant un nouveau texte pour saluer l’effort de ses coéquipiers : « Je suis fier de tout le monde. »

La Fédération malaisienne interpelle la FIFA

La frustration ne reste pas cantonnée aux réseaux sociaux. La Fédération de football de Malaisie adresse une lettre ouverte à la FIFA, réclamant des explications sur la modification du temps additionnel dans le match Indonésie – Bangladesh.

Côté indonésien, le sélectionneur John Herdman parle d’une erreur de communication entre l’arbitre central, Nasrullo Kabirov, et le quatrième arbitre, Yusuke Ohashi. Selon lui, deux minutes de temps additionnel n’auraient pas reflété les nombreuses interruptions de la seconde période, marquée par quatre consultations du VAR et plusieurs interventions de l’arbitre pour calmer des débuts d’échauffourées.

La Malaisie, elle, ne s’attarde pas officiellement sur la polémique du temps additionnel par la voix de son sélectionneur. Tan Cheng Hoe se contente de souligner la douleur du résultat : ses joueurs ont tout donné, et se retrouvent malgré tout privés de finale.

« Très difficile à croire » : le choc dans le vestiaire malaisien

Dans le camp malaisien, la stupéfaction domine. Paulo Josue, autre attaquant naturalisé d’origine brésilienne, peine à digérer le 9-2 encaissé par le Bangladesh.

« C’est très difficile à croire. Une équipe nationale qui concède neuf buts dans un tournoi comme celui-ci », lâche l’attaquant de 37 ans. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en trois matchs, la Malaisie n’a pas encaissé le moindre but, mais sort quand même par la petite porte de la phase de groupes.

Josue appelle pourtant à relever la tête, à affronter la situation plutôt que de s’y noyer. Le tournoi n’est pas terminé : une place sur le podium reste en jeu.

Le 5 octobre, la Malaisie disputera le match pour la troisième place face au Vietnam. Une rencontre qui dira beaucoup de la capacité de ce groupe à transformer la frustration en réaction.

Arif Aiman appelle au calme

Au milieu de la tempête émotionnelle, la voix d’Arif Aiman se veut apaisante. Le milieu offensif de 24 ans demande aux supporters de ne pas s’en prendre aux joueurs, rappelant que l’équipe a tout donné sur ce premier tour et n’a pas concédé un seul but.

Pour lui, la Malaisie a dominé le contenu : « Nous avons été meilleurs que les équipes présentes ici, et peut-être que nous serons encore plus forts à l’avenir. »

Le sentiment d’injustice ne disparaîtra pas de sitôt. La question du temps additionnel, des lieux de match, du calendrier, continuera d’alimenter les conversations. Mais le terrain, lui, ne ment jamais très longtemps.

Face au Vietnam, cette équipe malaisienne saura-t-elle transformer la blessure de Bandung en acte fondateur, ou laissera-t-elle ce 1er octobre comme la date d’une occasion manquée qui hantera longtemps sa génération ?

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