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La fulgurante ascension de Fabian Hurzeler : de la bronca aux sommets européens

En février, l’Amex grondait. Brighton venait de perdre à domicile contre son rival honni Crystal Palace, et le nom de Fabian Hurzeler résonnait dans le stade pour de mauvaises raisons. Sifflets nourris, chants cinglants – « you’re getting sacked in the morning » – pour le plus jeune entraîneur permanent de l’histoire de la Premier League, alors âgé de 31 ans.

Son équipe glissait, 14e du classement, une seule victoire sur les 12 derniers matches de championnat. L’atmosphère sentait la fin de cycle, alors que son mandat ne faisait que commencer.

Hurzeler, lui, n’a pas baissé les yeux. « Il n’y a que deux options », lâchait le technicien allemand après ce 1-0 douloureux face à Palace. « Abandonner ou pousser encore plus fort, et c’est toujours cette option que je choisis dans ma vie. »

Huit mois plus tard, la scène a radicalement changé.

Brighton a tenu bon. Le club a refusé la panique, gardé foi en ce pari audacieux fait en juin 2024, quand il a nommé ce trentenaire à la tête de l’équipe première. Aujourd’hui, les Seagulls en récoltent les fruits.

Palace revient à l’Amex ce dimanche (coup d’envoi 14h00 BST) dans un décor méconnaissable : Brighton est troisième du championnat, porté par des victoires de prestige contre le champion en titre Arsenal et le vainqueur de la Ligue Europa Aston Villa. Ce ne sont plus des coups d’éclat isolés, mais la signature d’une équipe qui a repris sa place dans le paysage européen.

Les chiffres parlent pour Hurzeler : 11 victoires en 18 matches de Premier League. Une série qui a propulsé Brighton vers l’Europe et transformé l’inquiétude d’hier en une autre crainte, bien différente : celle de le voir partir.

Les mêmes tribunes qui lui lançaient « you don’t know what you’re doing » il y a quelques mois s’interrogent désormais : combien de temps le club pourra-t-il retenir un entraîneur dont la cote explose ?

Après la victoire de samedi dernier à Sunderland, les émissions d’après-match ont pris un autre ton. On ne se demandait plus s’il allait tenir jusqu’à Noël, mais plutôt quel grand club tenterait de l’arracher en premier. Hurzeler a déjà été récompensé par un nouveau contrat longue durée avant même la fin de la saison dernière, puis doté d’une enveloppe de 150 millions de livres pour recruter cet été. Des moyens conséquents, signe clair que Brighton a voulu verrouiller son projet autour de lui.

Pour Glenn Murray, ancien attaquant du club, cette métamorphose est née dans la tempête. « On en apprend davantage sur soi-même et sur les gens autour de vous quand on perd des matches », confiait-il à BBC Sport en évoquant la mauvaise série de la saison passée. « Hurzeler est passé de l’autre côté, et la façon dont il fait jouer ce groupe est exceptionnelle. »

Le contraste avec la nuit glaciale de février face à Palace est saisissant. À l’époque, Brighton semblait s’enfoncer, sans idées, sans confiance. Aujourd’hui, c’est une équipe sûre d’elle, agressive avec ballon, ambitieuse sans. Une équipe qui n’a plus peur de regarder les cadors droit dans les yeux.

Dimanche, Palace retrouvera un stade où le doute a laissé place à une forme de fierté presque méfiante. Les supporters savourent, mais savent que ce genre de trajectoire attire les regards. Si Brighton continue à ce rythme, la question ne sera plus de savoir si Hurzeler est l’homme de la situation. Elle sera de savoir combien de temps le club pourra garder un entraîneur qui, à 31 ans seulement, fait déjà figure de futur grand nom du banc.

À Craven Cottage, l’ambiance est tout autre. Là où Brighton a résisté à la tentation du couperet, Fulham arrive à un moment charnière.

Alvaro Arbeloa attend toujours sa première victoire en championnat. Six journées, aucune. Et la manière dont le dernier match a échappé aux Londoniens à Ipswich a laissé des traces : match en main, puis égalisation à la 88e minute, avant que Dara O’Shea ne frappe en toute fin de temps réglementaire, à la 91e. Cruel, mais surtout révélateur.

Pour Chris Sutton, ancien champion d’Angleterre, le rendez-vous de samedi contre Hull City pèse lourd. Ce match « ressemble à un énorme rendez-vous » pour Arbeloa, estime-t-il. Sutton rappelle avoir vu Fulham face à Liverpool et Manchester United : du jeu, des séquences convaincantes… mais aucun résultat. Les Cottagers n’arrivent pas à « passer la ligne ».

Et le calendrier ne fait pas de cadeau. Après Hull, ce sera Coventry à l’extérieur. Sutton le sait : Fulham n’est pas réputé pour brûler ses entraîneurs. Mais s’ils perdent encore, « la pression sera vraiment sur Arbeloa ».

Le principal intéressé refuse d’entrer dans ce jeu-là.

Après la défaite à Ipswich, l’ancien entraîneur du Real Madrid a tenu un discours ferme. « Je ne m’inquiète jamais pour ma position », a-t-il assuré. « Je ne ressens pas la peur. On ne peut pas être entraîneur si on la ressent. Il faut travailler, prendre des décisions et montrer de la confiance à ses joueurs. »

Arbeloa insiste sur ce qu’il voit au quotidien : « Je suis très content de beaucoup de choses qu’ils font. Je sais que ce n’est pas facile pour eux. Ce n’est pas ma position qui compte, c’est celle de Fulham. C’est le plus important. Évidemment, ce ne sont que six matches, mais c’est vrai que nous avons besoin de points.

Le problème, justement, ce sont ces points qui s’envolent en fin de rencontre.

Depuis son arrivée estivale pour succéder à Marco Silva, parti à Benfica, Fulham a développé un défaut récurrent : s’effondrer dans le dernier quart d’heure. L’équipe a encaissé des buts dans les 15 dernières minutes lors de quatre de ses six matches de Premier League. Ipswich n’est que le dernier exemple d’une tendance qui coûte cher.

Silva, nommé en 2021, avait apporté stabilité et compétitivité, éloignant le spectre de la relégation sans jamais vraiment trembler. En misant sur Arbeloa, Fulham a pris un virage plus risqué. L’Espagnol, passé par Liverpool et le Real Madrid comme joueur, n’affichait qu’une expérience limitée sur un banc principal, avec un court intérim au Real Madrid entre janvier et mai de cette année après le départ de Xabi Alonso.

Un pari, assumé par le club et par Tony Khan, directeur des opérations football. Un pari qui, pour l’instant, ne tourne pas en leur faveur.

Les résultats sont bruts : zéro victoire, deux points, dernière place du classement. Les méthodes d’Arbeloa ne font pas l’unanimité dans le vestiaire, certaines de ses décisions concernant des joueurs surprennent en interne. Le doute s’installe.

Lui, pourtant, jure que la semaine a été « normale ». Pas de demande de garanties à sa direction, dit-il. Juste du travail, des séances, la préparation d’un match qu’il qualifie de « difficile » contre « une équipe très difficile ».

Sur le terrain d’entraînement, il assure voir la bonne réponse. Selon lui, ses joueurs ont déjà montré qu’ils pouvaient appliquer son plan « pendant de longues minutes » contre Ipswich, Manchester United ou Liverpool. Le défi, répète-t-il, est de tenir ce niveau « pendant 90 minutes ». Il dit avoir vu de l’engagement, de la concentration, un groupe « très focalisé » sur la rencontre de samedi.

Mais le football professionnel ne vit pas de promesses. Il vit de tableaux d’affichage.

Sami Mokbel, journaliste senior à BBC Sport, résume l’enjeu : Arbeloa aborde un week-end potentiellement décisif. Six matches seulement après son arrivée, son poste fait déjà l’objet de « doutes ». L’étiquette de pari « atypique » collée à sa nomination prend un autre sens quand les résultats ne suivent pas.

Tony Khan veut que ce choix réussisse. Fulham voulait sortir des sentiers battus, ne pas simplement remplacer Marco Silva par un profil classique. Mais si Hull repart de Londres avec un résultat, la discussion changera de ton.

Ce ne sera plus seulement la question d’un projet à construire. Ce sera celle de savoir combien de temps Fulham peut se permettre d’attendre que ce projet décolle, alors que le club regarde déjà le reste de la Premier League depuis le bas du tableau.