Arsenal face à Nottingham Forest : enjeux et dynamiques en Premier League
Le décor est planté : un dimanche de mi-octobre, un City Ground à cran, et le champion en titre qui débarque avec la ferme intention de rappeler à tout le monde qui commande encore en Premier League. Nottingham Forest, lui, cherche surtout à enrayer une spirale qui commence à sentir le brûlé.
Forest, la mauvaise pente
Deux défaites de rang en championnat, une seule victoire en sept matches toutes compétitions confondues : la dynamique d’Oliver Glasner inquiète. Crystal Palace puis Coventry ont déjà puni les approximations de Forest. Une troisième chute d’affilée en Premier League, face au tenant du titre, aurait un parfum de sérieux avertissement pour la saison.
Le paradoxe, c’est que le City Ground n’a pas toujours été si accueillant pour Arsenal ces derniers temps. Les deux dernières visites des Gunners en championnat se sont soldées par deux 0-0. Forest avait alors su fermer toutes les portes, étouffer le rythme, casser les enchaînements. Mais ce Forest-là défendait mieux.
Cette fois, la carapace se fissure. L’équipe a encaissé des buts lors de six de ses sept matches officiels depuis le début de l’exercice 2026-2027. Et si le club a réussi une série remarquable de 13 rencontres de Premier League consécutives avec au moins un but marqué à l’extérieur – un record pour Forest –, à domicile, c’est le trou noir : trois matches sans marquer, cinq réceptions sans victoire, et une confiance qui s’effrite.
Gibbs-White en suspens, Forest sur le fil
Comme si la dynamique ne suffisait pas, les soucis physiques compliquent la donne. Morgan Gibbs-White, cerveau offensif et relais technique essentiel entre les lignes, n’a pas pris part aux séances de la semaine. Il doit encore prouver qu’il est apte lors de l’entraînement de samedi pour espérer figurer dans le groupe le lendemain. Sans lui, Forest perd une grande partie de sa créativité dans les 30 derniers mètres.
Une note plus positive : Nikola Milenkovic, freiné par une contusion osseuse, a enfin repris l’entraînement vendredi. Son nom entre à nouveau dans les discussions pour le onze, même si sa condition reste une inconnue.
Glasner pourrait s’appuyer sur un 3-4-2-1 articulé autour de Sels dans le but, Aina, Diomande et Murillo en charnière, Munoz et Williams sur les côtés, Schlager et McAtee à la récupération, Ndoye et Hudson-Odoi en soutien de Delap en pointe. Une structure pensée pour densifier l’axe et fermer les couloirs, mais qui exigera une discipline défensive irréprochable. Ce que Forest n’a pas souvent montré ces dernières semaines.
Savona et Jesus sont déjà forfaits, Milenkovic et Gibbs-White restent incertains. Pour un groupe en quête de repères, la marge d’erreur est infime.
Arsenal relancé, Arsenal rassuré
En face, Arsenal arrive avec le coffre plein. La réaction à Leeds a été celle d’un champion sûr de sa force : menés en début de seconde période, les Gunners ont renversé le match grâce à Riccardo Calafiori et Bruno Guimaraes pour s’imposer 2-1. Un succès au caractère, qui a confirmé qu’ils n’avaient pas laissé leur mentalité de prétendant au vestiaire cet été.
Trois jours plus tard, l’équipe de Mikel Arteta a déroulé en UEFA Champions League. Lille a été balayé 3-0, avec Jurrien Timber, Eberechi Eze et Bukayo Saka au tableau d’affichage. Deux matches, deux victoires, aucun but encaissé dans cette phase de ligue européenne : la machine tourne à un régime déjà très élevé.
En championnat, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 15 points après six journées, un départ calqué sur 2013-2014 et 2022-2023, seulement devancé dans l’histoire récente du club par 2004-2005 et 2007-2008 (16 points). Trois clean sheets au passage, une assise défensive solide malgré le 3-0 encaissé à Brighton lors du dernier déplacement, véritable accroc isolé dans un ensemble cohérent.
Des bobos, mais des options partout
Tout n’est pas parfait pour Arteta. Piero Hincapie et Martin Zubimendi se sont blessés lors d’une séance postérieure à la victoire contre Leeds. Hincapie est d’ores et déjà forfait, Zubimendi garde un mince espoir de prendre place dans le groupe. William Saliba manque toujours à l’appel pour des raisons physiques, Tzolis est lui aussi indisponible.
Malgré ça, l’entraîneur espagnol peut se permettre des choix de luxe derrière. Yerson Mosquera est de retour, Timber pousse pour débuter après sa prestation pleine d’autorité en milieu de semaine. On se dirige vers un 4-2-3-1 avec Raya dans les buts, White, Konsa, Gabriel et Calafiori en défense, Rice et Lewis-Skelly en double pivot, Saka, Odegaard et Madueke en soutien de Havertz en pointe.
Sur le papier, c’est une équipe taillée pour imposer son tempo, étirer le bloc adverse et punir la moindre erreur de concentration. Surtout face à un adversaire qui concède beaucoup d’occasions et peine à tenir 90 minutes à haute intensité.
L’histoire penche pour Arsenal, le présent aussi
Les chiffres historiques n’offrent guère de réconfort à Forest. Sur 18 confrontations en Premier League, Arsenal en a remporté 11, pour 5 nuls et seulement 2 défaites. Les Gunners restent sur six matches sans perdre face aux Reds (4 victoires, 2 nuls). Forest n’a plus trouvé le chemin des filets contre eux en championnat depuis quatre rencontres. Les deux derniers 0-0 au City Ground restent des exceptions dans un rapport de forces globalement déséquilibré.
La dernière victoire de Forest dans ce duel remonte à mai 2023, un 1-0 au City Ground. Une autre époque. Une autre dynamique. À l’inverse, Arsenal affiche une solidité statistique impressionnante : 11 succès en 19 déplacements la saison passée en Premier League, même si le récent naufrage 3-0 à Brighton rappelle que rien n’est automatique loin de l’Emirates.
Un détail qui amuse les amateurs de coïncidences : la première confrontation entre les deux clubs en Premier League remonte au 17 octobre 1992, au même endroit, conclue sur un 0-1 en faveur d’Arsenal. Trente-quatre ans et un jour plus tard, les Londoniens reviennent avec un statut de champion en titre et une confiance intacte.
Autre donnée qui compte : le mois d’octobre réussit traditionnellement très bien aux Gunners. Aucun club actuellement en Premier League n’affiche un meilleur bilan sur cette période du calendrier : 75 victoires en 121 matches, soit 62 % de succès. Quand les feuilles tombent, Arsenal accélère.
À l’inverse, le créneau du coup d’envoi ne sourit pas à Forest. Depuis 2014-2015, le club n’a jamais gagné un match de Premier League programmé un dimanche à 16h30 : deux nuls, trois défaites. Arsenal, sur ce même horaire, affiche 31 victoires sur 61 rencontres (16 nuls, 14 défaites). Les habitudes, même anecdotiques, disent parfois quelque chose du confort ou du malaise d’un groupe dans un contexte donné.
Un verrou à faire sauter
Reste cette énigme locale : comment expliquer que le champion en titre, si prolifique, soit resté muet lors de ses deux dernières visites de championnat au City Ground ? La réponse tient à la fois à la prudence de Forest à domicile face aux grosses cylindrées, et au manque de tranchant ponctuel d’Arsenal dans la zone de vérité.
Mais le contexte a changé. Forest encaisse, Arsenal joue avec une assurance retrouvée, et le flux offensif londonien paraît plus varié, plus difficile à lire. Saka, Odegaard, Havertz, Madueke, Eze ou Timber qui surgit sur les coups de pied arrêtés : les menaces viennent de partout.
Les matches de Forest en championnat cette saison tournent en moyenne à 2,17 buts. Côté Gunners, la tendance est à la maîtrise : peu de buts encaissés, des rencontres souvent sous contrôle, une capacité à accélérer au moment opportun. Le verrou du City Ground a tenu deux fois de suite. Le maintenir une troisième fois, face à une équipe qui veut défendre son trône, relèverait presque de l’exploit.
Forest peut-il vraiment étouffer encore une fois le champion, ou va-t-il subir de plein fouet la montée en puissance d’Arsenal dans un mois d’octobre qui lui réussit si bien ?




