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Arsenal féminin : un été décisif sous Renee Slegers

Nommée définitivement en janvier 2025 après un intérim maîtrisé, Renee Slegers vit son premier vrai été de construction. Cette fois, ce n’est plus une retouche. C’est une empreinte. Profonde.

Le timing s’y prêtait. Une vague de fins de contrat, un effectif arrivé en bout de cycle, et un club qui n’a plus soulevé le titre de WSL depuis 2019. Le moment parfait pour aligner, enfin, le vestiaire sur la vision de l’entraîneure et du club.

Rajeunir pour repartir

La première décision saute aux yeux : faire baisser l’âge moyen. La saison dernière, aucune équipe de WSL n’affichait un effectif plus âgé qu’Arsenal. Parmi les qualifiés pour la phase de ligue de la Women’s Champions League 2025-26, seul Juventus présentait un groupe plus mûr.

Avec huit des neuf joueuses les plus âgées en fin de contrat, la fenêtre était béante. Slegers n’a pas tout balayé pour autant. Kim Little (36 ans), Steph Catley (32), Caitlin Foord (31), Stina Blackstenius (30) et Leah Williamson (29) ont prolongé. Le cœur d’expérience reste en place. Les informations qui filtrent indiquent même qu’Arsenal a tenté un dernier virage pour conserver Katie McCabe, et que la hiérarchie entre Beth Mead et Foord n’était pas figée.

Mais trois cadres trentenaires ont tout de même fait leurs adieux : McCabe (30), Mead (31) et Manuela Zinsberger (30). De quoi alléger le compteur avant l’arrivée d’un bloc plus jeune. Georgia Stanway, Ona Batlle et Geraldine Reuteler ont 27 ans, Selina Cerci vient de fêter ses 26 ans, et la prometteuse Baum n’en a que 19. Si Salma Paralluelo rejoint à son tour Londres, elle n’aura que 22 ans.

Le message est clair : Arsenal veut rester compétitif tout de suite, mais ne plus vieillir à vue d’œil.

Un effectif trop court, une dépendance trop forte

Le chantier ne se limite pas à la date de naissance sur les passeports. Ces dernières saisons, Arsenal a régulièrement calé dans la course au titre. Les raisons sont multiples, mais une ressort avec insistance : la profondeur d’effectif.

Statistiquement, le constat est brutal. Aucune équipe de WSL n’a utilisé moins de joueuses qu’Arsenal la saison passée. Parmi les clubs qualifiés pour la phase de ligue de la Champions League, seuls Benfica, St. Pölten, Valerenga, Wolfsburg, OH Leuven et Twente ont fait tourner encore moins.

Sur le papier, Slegers disposait d’options. Dans la réalité, certaines étaient quasiment rayées de la feuille. Jenna Nighswonger n’a joué qu’une fois avant d’être prêtée à Aston Villa en janvier. Codina et Victoria Pelova ont peu vu le terrain, au point que leur départ cet été ressemble à une simple conséquence logique.

Les coups durs n’ont rien arrangé. Katie Reid a subi une rupture des ligaments croisés en début de saison. Leah Williamson n’a pu débuter que deux matches de championnat, freinée par des soucis physiques récurrents. Kyra Cooney-Cross a vu sa disponibilité réduite par la maladie de sa mère. Au final, Slegers a souvent travaillé avec un noyau restreint, trop restreint pour une équipe qui vise le titre et l’Europe.

Cette fragilité numérique a nourri une autre faiblesse : une dépendance excessive à certaines individualités, surtout au milieu. Lorsque Little et Mariona Caldentey n’étaient pas alignées dans les deux rôles reculés, le niveau chutait nettement. L’arrivée de Stanway et Reuteler, combinée à une disponibilité attendue plus régulière de Cooney-Cross, change la donne. Le poids du jeu ne repose plus sur deux paires d’épaules.

Stanway sort d’une saison à Bayern Munich où elle a été utilisée plus bas qu’à l’accoutumée, avec une réussite éclatante. Reuteler, elle, peut couvrir plusieurs rôles au milieu, y compris en position de numéro 10. De quoi offrir à Slegers des combinaisons qu’elle n’avait tout simplement pas à disposition.

S’appuyer sur des joueuses du calibre de Little et Caldentey est logique. S’en rendre presque prisonnier ne l’était plus.

Rompre la monotonie offensive

C’est pourtant peut-être devant que ce mercato peut tout changer.

La saison passée, Arsenal ne manquait pas de noms en attaque. Alessia Russo tenait la place de numéro 9, Blackstenius offrait une alternative, soit en relais, soit devant elle quand l’Anglaise reculait en numéro 10. Sur les côtés, Mead, Foord, Chloe Kelly et Olivia Smith permettaient d’adapter les plans de jeu et de remplacer les titulaires autour de l’heure de jeu, ce que Slegers faisait souvent.

Avec le temps, ce schéma est devenu lisible. Prévisible, même. Derrière Russo, les options en 10 se résumaient souvent à Frida Maanum. Résultat : dès que Blackstenius entrait, Russo glissait presque mécaniquement un cran plus bas. Sur les ailes, les adversaires savaient qu’Arsenal changerait les deux côtés en seconde période. Et dès qu’une ailière se blessait – ce qui est arrivé à Kelly comme à Mead – la palette se rétrécissait encore.

Les nouveaux visages bousculent ce décor. Reuteler peut évoluer en 10. Cerci offre une solution supplémentaire en pointe, capable aussi de s’exiler sur un côté. Baum, si son transfert se confirme, peut jouer sur les deux ailes et possiblement dans l’axe. Batlle, elle, peut se glisser en latérale gauche inversée, créant des supériorités intérieures et des angles de passes inédits pour les adversaires de WSL.

D’un coup, Arsenal gagne en imprévisibilité, en polyvalence, en variété. Et, surtout, en capacité à rester menaçant même lorsque le plan A se grippe.

Des recrues qui pèsent lourd

Au-delà des profils, il y a le symbole. Ces signatures sont aussi un cri d’ambition.

Batlle ne répond à aucun besoin urgent en termes de postes. Les couloirs sont déjà bien fournis à Arsenal. Mais on parle d’une joueuse de classe mondiale, arrachée à Barcelona, champion d’Europe en titre, en plein cœur de ses meilleures années. C’est un coup de force.

Stanway arrive avec un pedigree similaire. Double championne d’Europe avec l’Angleterre, elle a pris l’habitude de répondre présente dans les grands rendez-vous, au point d’être considérée comme l’une des meilleures milieux du monde.

Cerci n’a pas encore cette aura internationale, mais les chiffres parlent pour elle : sur les deux dernières saisons, aucune joueuse n’a été plus prolifique qu’elle en Bundesliga. Reuteler, de son côté, a éclaboussé de son talent la campagne historique de la Suisse jusqu’en phase à élimination directe du dernier Championnat d’Europe.

Quant à Baum, si son arrivée se concrétise comme attendu, elle coche toutes les cases de la pépite capable de grimper très haut. Arsenal ne se contente pas de combler des trous. Le club anticipe, structure, intègre tôt ces recrues pour qu’elles soient prêtes dès la pré-saison.

Pendant ce temps, Chelsea cherche toujours sa buteuse, après plusieurs refus de premier plan. Manchester City avance à pas feutrés avec les arrivées de Mead et Niamh Charles. Du côté de Manchester United, le marché reste timide, Andrea Medina étant la seule recrue à ce jour.

Arsenal, lui, a déjà posé ses cartes sur la table. Net, précis, assumé.

La question est désormais simple : ce plan audacieux suffira-t-il à ramener à Londres un titre de WSL qui échappe aux Gunners depuis 2019 ? La saison qui s’ouvre apportera une réponse tranchée.