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Arne Slot à Anfield : un adieu symbolique à Liverpool

À De Kuip, ils l’avaient accompagné jusqu’à la porte. À Anfield, ils vont devoir le retenir.

Quand Arne Slot avait quitté Feyenoord, les tribunes avaient fait trembler le stade sur un dernier « You’ll Never Walk Alone » rugi à pleins poumons. Une ovation, des larmes, un tour d’honneur, et ce chant partagé avec Liverpool comme un pont symbolique vers sa nouvelle vie. Dimanche, face à Brentford, le Néerlandais bouclera à Anfield une saison bien plus rude que prévue, sans trophée et avec une cinquième place comme maigre consolation.

Rien à voir avec l’euphorie de l’an passé.

Il y a douze mois, le même rendez-vous de fin de saison avait tourné à la fête totale. Slot venait de décrocher le deuxième titre de Premier League de l’histoire du club, dès sa première année en Angleterre. Le Kop vibrait, les joueurs exultaient, le manager chantait la chanson de Jürgen Klopp, micro à la main, aspergé de champagne par un vestiaire en fusion. Anfield ressemblait à une scène de triomphe permanent.

Cette fois, l’ambiance sera plus lourde, plus lucide. Mais elle n’a pas besoin d’être sombre.

De Rotterdam à Liverpool, un même refrain

Slot sait ce que représente ce chant. À Feyenoord déjà, « You’ll Never Walk Alone » faisait office d’hymne. Le technicien de 47 ans en connaissait chaque mot, chaque montée, chaque silence. Lors de son dernier match à De Kuip en 2023/24, après avoir mené Feyenoord au titre d’Eredivisie la saison précédente puis à une deuxième place, les supporters l’avaient salué debout, l’avaient accompagné dans un tour de terrain interminable. Ils savaient qu’il partait pour succéder à Klopp. Ils savaient aussi que ce n’était pas un adieu banal.

Quand il a posé le pied à Anfield, cette familiarité a servi de rampe de lancement. Le contexte, le chant, la culture : Slot s’y est engouffré avec une aisance déconcertante. La transition paraissait presque trop fluide. Premier exercice, première Premier League remportée. Un début de mandat de rêve.

Puis la deuxième saison est arrivée. Et avec elle, la fameuse « deuxième saison » dont tant d’entraîneurs se méfient.

La saison des coups de vent

Le terme « syndrome de la deuxième saison » n’a rien de théorique pour Slot. Il l’a vécu de plein fouet. Liverpool a glissé au cinquième rang, sans le moindre trophée pour sauver les apparences. Le club a traversé un automne cauchemardesque, avec six défaites en sept rencontres, une série qui aurait fait vaciller plus d’un banc.

Certains n’imaginaient même pas le Néerlandais encore en place à ce stade. La pression s’est empilée semaine après semaine, match après match. Résultats en berne, confiance qui s’effrite, interrogations sur les choix tactiques et la gestion de l’effectif : la mécanique parfaitement huilée de la première saison s’est grippée.

Pourtant, le club n’a pas tremblé. La direction a tenu sa ligne : Slot reste l’homme du projet. Le message est clair, assumé. L’Anfield de dimanche ne viendra pas juger un bilan sur neuf mois, mais regarder au-delà.

Le Kop, entre exigence et protection

Le Kop a la mémoire longue. Il n’a pas oublié le titre, ni la façon dont Slot avait embrassé l’héritage de Klopp. Il n’a pas oublié non plus que l’entraîneur a su faire corps avec l’institution dès ses premiers pas en Angleterre.

Alors, même si la saison a usé tout le monde, l’heure n’est pas à la rupture. Le public devra trouver un ton juste : reconnaître la fatigue, les frustrations, tout en offrant un soutien réel à celui qui est censé mener la prochaine étape. Ce n’est pas un détail. C’est souvent dans ces moments de creux que se cimentent les relations durables entre un entraîneur et un stade.

Anfield sait aussi qu’il ne s’agit pas seulement de Slot.

Salah, le roi en partance

Au milieu de ce décor, un autre adieu probable plane sur le match : celui de Mohamed Salah. L’« Egyptian King » se dirige vers ce qui devrait être sa dernière apparition sous le maillot de Liverpool. Sa voix a déjà porté sur Slot : le légendaire attaquant a clairement affiché son respect pour le manager. Quand une figure de cette stature prend position, son avis pèse.

Dimanche, le club a l’occasion d’offrir à Salah le départ qu’il mérite. Une ovation à la hauteur de ce qu’il a donné. Des buts, des records, des titres, des soirées européennes gravées dans la mémoire collective. Son histoire avec Liverpool touche sans doute à sa fin, mais elle peut se conclure sur une note digne, devant un Kop debout.

Dans le même temps, Slot jouera lui aussi, à sa manière, une seconde chance. Pas sur le plan contractuel, ni dans la confiance de ses dirigeants, mais dans le regard du public. Une saison ratée peut être un accident. Deux le sont rarement. C’est maintenant que se construit la suite.

Dimanche, Anfield ne fêtera ni trophée, ni parade. Il fêtera autre chose : la capacité d’un club à encaisser un coup de vent sans renier son cap. À saluer un roi qui s’en va, tout en réaffirmant sa foi en l’entraîneur censé écrire le prochain chapitre.

La question est simple : ce Kop qui a déjà chanté Slot en champion acceptera-t-il de le chanter, cette fois, comme un pari pour demain ?