Angleterre au Mondial 2026 : Tuchel et l'espoir de victoire
Soixante ans d’attente. Six décennies de frustrations, de demi-finales perdues, de tirs au but ratés et de promesses inachevées. L’Angleterre débarque à la Coupe du monde 2026 avec une évidence brutale : cette génération n’a plus le droit de se contenter d’« être dans le coup ».
Sous Gareth Southgate, les Three Lions ont frôlé le sommet – demi-finale en 2018, deux finales de Championnat d’Europe d’affilée. Sous Thomas Tuchel, ils ont pris une autre dimension : plus froids, plus structurés, parfois presque cliniques. Mais la cicatrice reste la même : aucun trophée majeur depuis 1966.
Le décor est planté. Place aux hommes censés briser la malédiction.
Tuchel, l’architecte obsédé par le contrôle
Thomas Tuchel a transformé l’Angleterre en machine de qualifications. Huit victoires en huit matches, aucune encaissée. Personne en Europe n’avait fait ça. Neuf succès sur ses dix premiers matches à la tête de la sélection, comme Glenn Hoddle, mais avec un détail qui dit tout de sa patte : neuf clean sheets sur ces dix rencontres.
En 2025, l’Angleterre a affiché un taux de victoire de 90 % (10 matches, 9 succès, 1 défaite), son meilleur ratio sur une année civile avec au moins dix rencontres. Le CV du sélectionneur parle pour lui : coupes et titres avec Borussia Dortmund, Paris Saint‑Germain, Chelsea, Bayern Munich. Un technicien façonné par l’exigence du très haut niveau… et par une jeunesse brisée par une blessure à 24 ans, suivie de petits boulots, dont serveur au « Radio Bar » à Stuttgart.
Son équipe a survolé les éliminatoires. Puis a soudain paru fragile en mars, bousculée en amical par l’Uruguay et le Japon. Un rappel : cette Coupe du monde ne se gagnera pas dans les tableurs de statistiques, mais dans la gestion des tempêtes.
Gardiens : Pickford et le poids de l’histoire
Jordan Pickford (Everton)
Tuchel a prévenu en 2025 que « la course est lancée » pour le poste de numéro un. Personne n’y a vraiment cru. Jordan Pickford reste le visage des cages anglaises, pour un cinquième tournoi majeur consécutif.
Ses chiffres racontent sa place dans l’histoire : 26 matches en phase finale avant ce Mondial, autant que John Stones, derrière seul Harry Kane. Seul Peter Shilton a gardé plus souvent les buts de l’Angleterre. Il a effacé le record de Gordon Banks avec une série de dix clean sheets consécutifs l’an passé. Il a été le premier gardien anglais à arrêter un tir au but en séance lors d’un grand tournoi depuis 20 ans, face à la Colombie en 2018.
En club, il reste une valeur sûre : sur les deux dernières saisons de Premier League, seul David Raya a signé plus de clean sheets que ses 23.
Dean Henderson (Crystal Palace)
Quatre ans entre sa première et sa deuxième cape. Dean Henderson a dû apprendre la patience. Il a profité de sa deuxième apparition compétitive, en Albanie lors des qualifications, pour garder sa cage inviolée.
Après quatre saisons à enchaîner les bouts de matches (48 titularisations en championnat entre 2020-21 et 2023-24), il a basculé dans un autre monde : il n’a manqué qu’un seul match de l’élite sur les deux dernières saisons, avec 22 clean sheets, troisième total sur la période. Sa finale de FA Cup 2025 avec Crystal Palace restera comme un tournant : contrôle VAR pour un rouge, penalty arrêté, parades décisives, et le premier grand trophée de l’histoire du club.
Champion du monde U20 en 2017, il découvre enfin une Coupe du monde, après deux Euros passés sur le banc.
James Trafford (Manchester City)
James Trafford arrive avec un seul match en sélection, un nul 1-1 face à l’Uruguay en mars, mais un profil qui intrigue. Il a joué chaque minute du doublé domestique en coupes avec Manchester City cette saison, même si ses seules titularisations en championnat datent d’août, avant l’arrivée de Gianluigi Donnarumma.
City l’avait vendu à Burnley en 2023. Il y a gardé 29 clean sheets en 45 matches, devenant le premier gardien élu PFA Championship Player of the Year. Résultat : City l’a racheté l’été dernier. En sélection, son aura s’est construite lors de l’Euro U21 2023, avec un penalty arrêté dans les dernières secondes de la finale contre l’Espagne.
Issu d’une famille d’agriculteurs à Greysouthen, en Cumbria, il raconte avoir dû expliquer la règle du hors‑jeu à tout le monde. Il a appris à conduire sur un tracteur. Le reste, il l’a fait ballon au pied.
Défense : polyvalence, cicatrices et paris assumés
Reece James (Chelsea)
Reece James arrive au Mondial avec un corps marqué : dix blessures aux ischio-jambiers depuis décembre 2020. Sa place au Qatar 2022 lui avait échappé pour un genou, l’Euro 2024 pour un nouveau pépin musculaire. En mars, une nouvelle alerte aux ischios a fait trembler sa candidature. Il est revenu après huit semaines, contre Liverpool le 9 mai.
Paradoxalement, son vécu en tournoi majeur est famélique : une seule apparition, contre l’Écosse à l’Euro 2020. Capitaine de Chelsea depuis 2023, dernier survivant du groupe vainqueur de la Ligue des champions 2021 sous Tuchel, il a disputé quatre finales de FA Cup d’affilée… toutes perdues. Son unique but avec l’Angleterre, un coup franc splendide en Lettonie en 2025, rappelle pourtant l’arme qu’il peut devenir sur phases arrêtées.
Ezri Konsa (Aston Villa)
Ezri Konsa incarne la solidité brute. Il a joué plus de minutes que presque tous les joueurs de champ en qualifications (555), derrière seulement Harry Kane, et a enchaîné 11 victoires de rang avec l’Angleterre, égalant un record vieux de 1910 pour un défenseur (Bob Crompton).
En Premier League, parmi les défenseurs avec au moins 30 matches, seul Virgil van Dijk a été dribblé moins souvent que lui cette saison : quatre fois. Et personne n’a obtenu plus de fautes que ses 337 depuis ses débuts en 2019. Il a inscrit son premier but en sélection en Serbie, en octobre, parlant d’un « moment inoubliable ». Présent à l’Euro 2024, il avait démarré le quart de finale contre la Suisse. Il revient cette fois avec un statut renforcé.
Marc Guehi (Manchester City)
Marc Guehi, lui, collectionne les trophées. Capitaine de Crystal Palace lors de la conquête de la FA Cup et du Community Shield en 2025, il a soulevé la FA Cup cette saison avec Manchester City. Il n’est que le quatrième joueur à gagner deux finales de FA Cup consécutives avec deux clubs différents, après Arthur Kinnaird, Brian Talbot et Olivier Giroud.
En sélection, il a marqué en Serbie lors d’un 5-0 en qualifications, et porté le brassard pour la première fois en mars contre le Japon. Né en Côte d’Ivoire, arrivé en Angleterre à un an, élevé dans une famille très religieuse, avec un père pasteur dans le sud de Londres et lui-même batteur dans la chorale, il apporte un calme et une maturité qui collent parfaitement à l’exigence de Tuchel.
Tino Livramento (Newcastle United)
Tino Livramento a failli regarder ce Mondial à la télévision. Une blessure à la cuisse contre Bournemouth en avril a menacé sa place. Il n’a débuté que 14 matches de championnat dans une saison hachée par les pépins physiques.
Quand il joue, il offre un luxe rare : 61 % de ses minutes en latéral droit, 39 % à gauche. Deux de ses trois premières capes se sont terminées sur des 5-0, contre la République d’Irlande et la Serbie. Formé à Chelsea, vendu par Southampton avec une énorme plus-value, il aurait pu représenter le Portugal (par son père Louis) ou l’Écosse (par sa mère Caroline). L’Angleterre a gagné ce bras de fer.
John Stones (Manchester City)
John Stones aborde sa troisième Coupe du monde d’affilée, mais avec un paradoxe : il n’a débuté que huit matches cette saison. Dernier rescapé du premier effectif de Pep Guardiola à Manchester City, il quittera le club cet été après dix saisons, six titres de champion, une Ligue des champions, trois FA Cups, cinq EFL Cups et un Mondial des clubs.
Son corps a souvent dit stop : 294 matches joués sur 592 possibles depuis 2016-17, 737 jours d’indisponibilité, 32 blessures différentes. Bernardo Silva, arrivé un an après lui, compte 206 rencontres de plus. Avec l’Angleterre, c’est l’inverse : 26 matches en tournoi majeur, plus que tout joueur sauf Harry Kane, dont douze en Coupe du monde et la totalité des campagnes jusqu’aux finales des Euros 2020 et 2024. Deux de ses trois buts internationaux datent du 6-1 contre le Panama en 2018. Une mémoire vive du groupe.
Nico O’Reilly (Manchester City)
Nico O’Reilly est l’une des curiosités tactiques de cette sélection. Numéro 10 de formation, il s’est mué en latéral gauche moderne, capable de défendre, d’entrer à l’intérieur comme un milieu et de surgir dans la surface. Cette saison, il a disputé 77 % de ses minutes de Premier League à gauche de la défense, 10 % ailier gauche, 13 % au milieu.
Avant cette année, il n’avait commencé que six matches de championnat. Désormais, seul Erling Haaland a joué davantage pour City. Il a inscrit les deux buts de la finale de la EFL Cup, débuté la finale de FA Cup. Repéré par City à six ans, scolarisé à St Patrick’s, la même école primaire que Nobby Stiles, il débarque à ce Mondial avec trois sélections et un profil taillé pour les idées de Tuchel.
Dan Burn (Newcastle United)
Dan Burn est l’histoire que le football aime raconter. Caddie à Asda, 55 livres la pige en réserve de Darlington, puis un long chemin via Fulham, Yeovil, Birmingham, Wigan, Brighton… jusqu’au retour dans son club de cœur, Newcastle.
Natif de Blyth, ancien abonné à St James’ Park, il avait été recalé du centre de formation à 11 ans. Il a inscrit l’un des buts de la finale de EFL Cup 2025, offrant à Newcastle un premier trophée domestique en 70 ans. Il a connu la sélection à 32 ans et 316 jours, plus âgé que tous les débutants anglais depuis 1951 sauf Kevin Davies. Cette saison, il a partagé son temps entre latéral gauche (38 %), défenseur central gauche (61 %) et même un peu à droite. Un géant utile partout.
Djed Spence (Tottenham Hotspur)
Djed Spence a été convoqué malgré une mâchoire fracturée trois jours avant l’annonce de la liste. Droitier, il a pourtant surtout joué latéral gauche cette saison avec Tottenham, une polyvalence qui a pesé dans l’esprit de Tuchel.
Il a dû patienter : recruté en 2022, il a dû enchaîner trois prêts avant de signer sa première titularisation avec Spurs, 881 jours après ses débuts. Devenu le 80e joueur de Tottenham à porter le maillot anglais lors de ses premières minutes contre la Serbie, il a ensuite été écarté de la liste en Europa League avant de revenir dans les plans et d’entrer en jeu lors de la victoire en finale contre Manchester United. Une trajectoire en zigzag, mais un profil de piston moderne.
Jarell Quansah (Bayer Leverkusen)
Jarell Quansah a quitté Liverpool, son club de cœur, sans états d’âme. Il a parlé d’une décision « évidente » lorsque Bayer Leverkusen a mis 35 millions sur la table l’été dernier. En Allemagne, il a disputé 11 matches de Ligue des champions dès sa première saison.
À Liverpool, il avait terminé la saison du titre 2025 avec 13 apparitions en championnat seulement, dont quatre titularisations. Défenseur central à l’aise balle au pied, parfois utilisé latéral droit, notamment en finale de EFL Cup 2025, il a longtemps tourné autour de la sélection : appelé par Gareth Southgate, Lee Carsley puis Tuchel dans cinq groupes différents avant de débuter enfin en novembre dernier. Il venait alors de briller lors de l’Euro U21, remporté par l’Angleterre.
Milieu : puissance de feu, volume et héritage
Jude Bellingham (Real Madrid)
Jude Bellingham arrive au Mondial en quête de sensations. Sa saison au Real Madrid a été moins éclatante que la précédente, marquée par une opération à l’épaule et une mise à l’écart pour les matches contre le pays de Galles et la Lettonie. Tuchel a même reconnu qu’il aurait pu se passer de lui même à 100 %.
Le milieu n’en reste pas moins un homme de grands rendez-vous : buteur contre l’Iran au Mondial 2022, puis contre la Serbie et la Slovaquie à l’Euro 2024, il compte déjà 15 matches de tournoi majeur avant ses 23 ans. Proche de la barre des 50 sélections, il deviendrait le plus jeune Anglais à l’atteindre. Sa saison 2023-24, avec 23 buts, 12 passes, un titre de Liga, une Ligue des champions, et les trophées de meilleur joueur de Liga et de meilleur jeune de la Ligue des champions, reste la référence. L’Angleterre espère revoir ce Bellingham-là au bon moment.
Elliot Anderson (Nottingham Forest)
Elliot Anderson n’a que sept sélections et moins d’un an de carrière internationale, mais Tuchel le considère déjà comme incontournable, parlant d’un « joueur d’élite, avec la bonne attitude et le talent ».
Ses chiffres en Premier League sont vertigineux : seul James Garner a couru plus loin que ses 403,5 kilomètres cette saison. Il mène le championnat pour les possessions gagnées (302) et les passes réussies parmi les milieux (1 999). Formé à Newcastle, qu’il a rejoint à huit ans, il a dû partir à Nottingham Forest en 2024, sacrifié sur l’autel des règles de Profit and Sustainability. Eddie Howe a parlé du « transfert le plus à contrecœur » de sa carrière. Ancien international écossais chez les jeunes jusqu’aux U21, il est devenu l’un des symboles du pressing agressif de l’Angleterre.
Morgan Rogers (Aston Villa)
Morgan Rogers, c’est le poumon inusable. Il a débuté toutes les rencontres de Premier League d’Aston Villa sauf une sur les deux dernières saisons. Dans les cinq grands championnats européens, seul Harvey Barnes a disputé plus de matches que ses 55 cette saison. Il affiche aussi le troisième plus gros volume de course de Premier League 2025-26.
Plus jeune Anglais à marquer en finale européenne majeure depuis Steven Gerrard en 2001, il a joué tous les matches de l’ère Tuchel avant les rencontres de préparation au Mondial, sauf un. Son unique but en sélection, contre le pays de Galles en octobre 2025, a fait de lui le 34e joueur d’Aston Villa à marquer pour l’Angleterre, égalant Manchester United au sommet de cette statistique.
Declan Rice (Arsenal)
Declan Rice est le métronome, l’assurance tout risque. Il a débuté les 19 derniers matches de l’Angleterre en phase finale avant ce Mondial, sans jamais marquer. Mais son influence dépasse les buts.
Sa fiabilité frôle l’inhumain : seulement 17 matches de championnat manqués en huit saisons, dont quatre depuis son arrivée à Arsenal. Il a pris part à 157 des 171 rencontres possibles avec les Gunners. Ancien capitaine de West Ham, auteur de 15 buts en 245 apparitions et vainqueur de la Conference League 2023 lors de son dernier match avec les Hammers, il a changé de dimension à Londres. Né à Kingston upon Thames, passé par l’Irlande via ses grands-parents paternels, il a disputé trois amicaux pour les Boys in Green en 2018 avant de changer de camp. Ian Wright a lâché une formule qui résume l’attente : si l’Angleterre gagne le Mondial, « il faudra inventer un trophée au-dessus du Ballon d’Or pour Declan Rice ».
Kobbie Mainoo (Manchester United)
Kobbie Mainoo a vécu une saison en deux temps. Longtemps cantonné au banc par Ruben Amorim, qui a résisté aux appels du public, il n’a pas débuté un match de championnat avant le 17 janvier. Tout a basculé avec l’arrivée de Michael Carrick : 15 titularisations sur 16 possibles.
Carrick l’a qualifié de milieu « complet » après un match contre Brentford fin avril. Quelques jours plus tard, Mainoo prolongeait jusqu’en juin 2031. Né à Stockport, fan de Manchester United enfant, il a fêté sa 100e apparition avec le club en mai. Il avait déjà offert la FA Cup 2024 à United avec le but décisif en finale contre City. Titulaire lors de tous les matches à élimination directe à l’Euro 2024, où il a brillé, il a pourtant disparu des radars internationaux entre septembre 2024 et mars 2026. Le voilà de retour au bon moment.
Jordan Henderson (Brentford)
Jordan Henderson s’avance vers l’histoire. Le milieu fêtera ses 36 ans le jour du premier match de l’Angleterre contre la Croatie. Il pourrait devenir le premier Anglais à disputer quatre Coupes du monde, et le premier à prendre part à sept grands tournois (quatre Mondiaux, trois Euros), devant Sol Campbell, Steven Gerrard et Wayne Rooney.
Sa longévité en sélection force le respect : son apparition contre l’Uruguay en mars a fait de lui le quatrième joueur anglais dont la carrière internationale s’étend sur plus de 15 ans, aux côtés de Stanley Matthews, Peter Shilton et Wayne Rooney. Malgré tout, il ne compte « que » 19 matches en phase finale, douzième total anglais. Son dernier but remonte aux huitièmes de finale du Mondial 2022 contre le Sénégal. À Brentford, il apporte désormais surtout son expérience. En sélection, il reste la voix du vestiaire.
Eberechi Eze (Arsenal)
Eberechi Eze a fait vivre un cauchemar à Tottenham cette saison. Cinq de ses sept buts en championnat ont été marqués contre Spurs, le club qu’il a failli rejoindre avant de préférer un retour à son Arsenal d’enfance. Il devient seulement le deuxième joueur à inscrire au moins quatre buts dans un derby du nord de Londres sur une saison, après Ted Drake en 1934-35.
Transféré pour 67,5 millions de Crystal Palace, il a terminé sa première année à l’Emirates avec un titre de champion. Il sortait déjà d’une saison historique avec Palace, ponctuée par le but de la victoire en finale de FA Cup, le premier trophée majeur du club. En sélection, il a marqué lors de deux matches de qualification consécutifs, contre la Lettonie et la Serbie. Il dispute son deuxième tournoi majeur, après trois entrées en jeu à l’Euro 2024.
Attaque : Kane au sommet, une armée de couteaux autour
Harry Kane (Bayern Munich)
Harry Kane arrive dans la forme de sa vie. 63 buts en 55 matches cette saison, club et sélection confondus. Depuis son premier but avec Leyton Orient en 2011, il a atteint la barre des 500 réalisations en carrière en février, contre Werder Bremen.
Son rapport aux penalties confine à l’obsession : 108 réussis sur 121 tentés, soit 89 % de réussite, tirs au but compris. Depuis son échec contre la France en quart de finale du Mondial 2022, il a transformé 47 de ses 50 tentatives. Avec 15 buts en tournois majeurs, seuls Jurgen Klinsmann (16), Gerd Müller (18), Miroslav Klose (19) et Cristiano Ronaldo (22) font mieux en Europe. Il lui manque trois buts pour dépasser Gary Lineker et devenir le meilleur buteur anglais en Coupe du monde. Son but contre l’Albanie en novembre l’a déjà propulsé devant Pelé (77 buts). Un de plus, et il entrera dans le top 10 des buteurs de l’histoire, à hauteur de Neymar et Godfrey Chitalu (79).
Le brassard, le poids de l’histoire, la saison de tous les records : le Mondial 2026 ressemble à son rendez-vous avec le destin.
Marcus Rashford (Barcelona, prêté par Manchester United)
Marcus Rashford connaît les grandes scènes. Il a déjà joué 18 matches en tournoi majeur, à deux longueurs de David Beckham (20), et pourrait rejoindre Wayne Rooney et Steven Gerrard (21) dans le top 10 anglais.
Il avait marqué trois fois au Qatar – contre l’Iran, puis un doublé contre le pays de Galles – mais n’a débuté que deux de ses 18 matches de Coupe du monde ou d’Euro. Son unique but lors de ses 13 dernières sélections est un penalty à la 90e minute en Serbie, lors d’un 5-0 en septembre. En club, son prêt au Barcelona a relancé sa trajectoire : 48 matches toutes compétitions confondues, 14 buts, 11 passes décisives, et un coup franc dans le Clásico de mai qui a scellé le titre de Liga. Hansi Flick a salué sa « mentalité parfaite » après qu’il a perdu sa place de titulaire au profit d’un Raphinha de retour.
Anthony Gordon (Newcastle United)
Anthony Gordon a vécu une saison à deux vitesses. Sept buts en championnat, dont quatre sur penalty, un rendement correct sans plus. Mais en Ligue des champions, il a explosé : seuls Kylian Mbappé, Harry Kane et Khvicha Kvaratskhelia ont marqué plus que ses dix réalisations. Il n’est que le deuxième Anglais, après Kane, à atteindre les dix buts sur une campagne de C1.
Contre Qarabag, il est devenu le deuxième joueur de l’histoire de la compétition à inscrire quatre buts en première période d’un match. Trois mois après ses débuts en sélection, il était déjà dans le groupe pour l’Euro 2024, même si son expérience en tournoi se limite à deux minutes contre la Slovénie. De retour d’une blessure à la hanche en avril, il a dû se contenter du banc à Newcastle, Eddie Howe parlant d’une décision prise « en partie avec une vision sur l’avenir », alors que Gordon est fortement annoncé au Bayern Munich.
Bukayo Saka (Arsenal)
Bukayo Saka est à la lisière d’un cap symbolique. Avec 48 sélections au moment de l’impression, il peut devenir le quatrième joueur à atteindre les 50 capes sous le maillot d’Arsenal, après Ashley Cole, Tony Adams et David Seaman. Il est déjà le meilleur buteur anglais de l’histoire du club, avec 13 réalisations, une de plus que Cliff Bastin, record battu contre le pays de Galles en octobre 2025.
Il avait signé trois buts en quatre matches au Qatar, un doublé contre l’Iran et un but face au Sénégal. Entre 2021-22 et 2023-24, il n’a manqué que trois matches de championnat, enchaînant 11, 14 puis 16 buts. Ses deux dernières saisons ont été plus discrètes au niveau statistique (six puis sept buts en championnat), mais il a enfin réalisé son rêve : un titre de champion avec son club formateur. « Ils rigolaient, ils se moquaient. Ils ne rigolent plus », a-t-il lâché en visant les critiques d’Arsenal. Sa relation avec Kane et Bellingham pourrait bien dicter le destin offensif de cette équipe.
Noni Madueke (Arsenal)
Noni Madueke se définit comme une « double menace », capable d’attaquer des deux côtés, même si l’aile droite reste son jardin. Il a marqué son premier but en sélection lors du 5-0 en Serbie en octobre. Tuchel a adoré : « Il est rapide, direct, il aime dribbler. C’est exactement ce qu’on attend de lui. »
Passé par Tottenham en jeune, il a pris un virage inattendu après une discussion entre son père et celui d’Ian Maatsen lors d’un tournoi : direction les Pays-Bas et le PSV. Vainqueur de la Coupe des Pays-Bas, il a rejoint Chelsea en janvier 2023, y a remporté la Conference League et le Mondial des clubs, avant de filer à Arsenal. En dehors du terrain, il rêve de mode. Pour lui, football, musique, style forment un tout. Sur le terrain, Tuchel attend de lui qu’il casse les défenses par le dribble.
Ollie Watkins (Aston Villa)
Ollie Watkins a transformé une déception en carburant. Non retenu dans le groupe élargi de 35 joueurs pour les amicaux de mars, il a parlé de « feu dans le ventre » pour prouver sa valeur. Sa saison n’a pas été un long fleuve tranquille : un seul but lors de ses 19 premiers matches toutes compétitions confondues.
Il a pourtant prolongé une série remarquable : dix saisons de rang avec au moins dix buts en championnat. En avril, il est devenu le premier joueur d’Aston Villa en 66 ans à atteindre les 100 buts pour le club. En sélection, son moment de gloire reste son but dans le temps additionnel contre les Pays-Bas, en demi-finale de l’Euro 2024, qui a envoyé l’Angleterre en finale. Il compte 20 capes et six buts depuis 2021. Un joker de luxe, capable de faire basculer un match en sortie de banc.
Ivan Toney (Al-Ahli)
Ivan Toney est la surprise de cette liste. Exilé en Arabie saoudite, peu de monde l’imaginait sur la route du Mondial. Ses chiffres ont parlé pour lui : 32 buts en 32 matches de championnat avec Al-Ahli cette saison, 64 en 86 rencontres sur deux ans.
Son unique apparition sous Tuchel se résume à trois minutes contre le Sénégal en juin dernier. Il a manqué le Soulier d’or saoudien pour un but, dépassé in extremis par un triplé de Julian Quinones lors de la dernière journée. Spécialiste des penalties, il n’avait manqué qu’une tentative sur ses 31 dernières avant de quitter l’Angleterre, puis a enchaîné 24 réussites de suite avec Al-Ahli avant de rater en février. Suspendu huit mois en 2023 pour des paris interdits, il s’offre aujourd’hui un improbable retour sur la grande scène.
Cette Angleterre-là arrive au Mondial avec des chiffres, des records, des trajectoires de roman et un sélectionneur obsédé par le détail. Elle a déjà tout fait, ou presque, sauf l’essentiel : gagner. Reste une question, simple et brutale : cette fois, osera‑t‑elle enfin aller jusqu’au bout ?




