Ander Herrera : un retour au Real Zaragoza pour l'amour du jeu
À 37 ans, Ander Herrera joue pour rien. Ou presque.
De retour à la maison, à Zaragoza, le milieu espagnol a choisi de renoncer à un dernier gros contrat pour offrir ses dernières foulées au club qui l’a vu naître. Son salaire hebdomadaire de 5 500 £ ? Intégralement reversé à la fondation du club. Un geste rare, presque anachronique dans un football saturé de chiffres et de clauses.
Le retour du fils prodigue
Après avoir accumulé une fortune à Manchester United, puis au Paris Saint-Germain, Herrera aurait pu filer tranquillement vers une retraite dorée. Un championnat exotique, un dernier chèque, une sortie en douceur. Il a pris la route inverse.
Il est revenu là où tout a commencé : à Real Zaragoza, aujourd’hui englué en troisième division, dans la Primera Federación. Un club à l’histoire lourde – six Copa del Rey – mais brisé par une décennie de problèmes financiers et de controverses judiciaires, au point de sortir du football professionnel en mai dernier.
Dans cette tempête, Herrera n’a pas demandé un salaire. Il a proposé un service.
Il le dit sans détour : il doit tout à ce club. Sans Zaragoza, explique-t-il, il n’aurait probablement jamais été footballeur professionnel. Pour lui, revenir au moment où le club touche le fond n’est pas un caprice romantique, c’est une responsabilité partagée avec tous les supporters.
« Je voulais jouer gratuitement »
Ce choix, Herrera peut se le permettre. Ses années à Old Trafford puis au PSG l’ont mis à l’abri. Mais là où beaucoup se contenteraient d’un discours reconnaissant, lui est passé à l’acte. Il se dit fier de ce qu’il a gagné, sur le terrain comme sur le plan financier. Il n’en a plus besoin. Alors il joue, comme il le dit, « pour rien ».
Derrière ce geste, il y a une idée fixe : rendre au football ce qu’il lui a donné. Herrera ne se voit pas uniquement comme un professionnel. Il se revendique aussi comme un fan, un amoureux du jeu, qui veut pouvoir regarder en arrière, une fois les crampons rangés, et être fier de l’empreinte laissée.
Son retour à Zaragoza n’a donc rien d’un simple contrat. C’est un acte de foi. Un devoir affectif plus qu’un emploi.
Un pari qui commence à payer
Sur le terrain, ce pari prend déjà forme. Dans le groupe B de la Primera Federación, Real Zaragoza a lancé sa saison pied au plancher : cinq victoires sur les sept premiers matches. Une dynamique qui contraste brutalement avec les années de déclin et d’instabilité.
Chaque succès rapproche un peu plus le club de son objectif : remonter au plus vite vers les divisions supérieures, retrouver un statut plus digne de son passé et laisser derrière lui les dossiers financiers et judiciaires qui l’ont plombé.
Herrera, lui, s’accroche à cette mission. Pas pour redorer sa propre image, mais pour offrir à Zaragoza une dernière contribution majeure avant de tourner la page. Il sait que la retraite approche. Il veut que, lorsque ce jour viendra, son dernier chapitre ait été écrit là où tout a commencé.
Si ce retour se conclut par une remontée, alors ce geste désintéressé prendra une dimension encore plus forte : celle d’un joueur qui, au crépuscule de sa carrière, aura choisi la fidélité plutôt que le confort. Et dans le football moderne, c’est presque devenu un exploit.




