Allemagne : Musiala ou Wirtz, le casse-tête de Klopp
Jürgen Klopp n’a pas encore dirigé le moindre match en phase finale avec l’Allemagne, et déjà le débat enfle : comment faire cohabiter Jamal Musiala et Florian Wirtz dans le même onze sans déséquilibrer toute l’équipe ?
Pour Lothar Matthäus, la question est claire, presque brutale. Le poste qui brûle, c’est celui de milieu offensif. Dans cette zone, l’Allemagne possède deux diamants : Musiala, le joyau du Bayern Munich, et Wirtz, désormais à Liverpool FC. Deux créateurs, deux dynamiteurs, deux joueurs faits pour avoir le ballon… au même endroit.
Matthäus, qui connaît mieux que quiconque le poids des choix au milieu de terrain, pose le décor sans détour dans les colonnes de Sport Bild. Oui, Musiala et Wirtz peuvent jouer ensemble. Techniquement, c’est possible, séduisant même. Mais il y a un « mais » qui change tout : l’équilibre.
Avec Joshua Kimmich comme seul véritable milieu défensif, aligner les deux prodiges face aux grandes nations reviendrait à tendre l’équipe vers l’avant au point de la fragiliser. Trop de risque, trop d’espaces derrière. Dans la lecture de Matthäus, dans le système de Klopp, le verdict tombe : ce sera Musiala ou Wirtz contre les très gros. Pas les deux.
Un luxe qui devient dilemme
Sur les quatre derniers matches internationaux, Klopp avait réussi à contourner le problème. D’abord en s’appuyant sur la star du Bayern : Musiala a débuté les deux premières rencontres, aux Pays-Bas puis contre la Grèce. Wirtz, lui, figurait dans le deuxième groupe appelé à affronter la Serbie puis à se rendre en Grèce.
Le scénario a basculé au dernier moment. Musiala se blesse à l’échauffement avant le match contre les Pays-Bas. L’Allemagne rappelle alors Wirtz plus tôt que prévu. Le débat, lui, ne fait que s’enflammer.
Car les chiffres parlent pour les deux. Musiala, lancé en sélection en mars 2021, affiche déjà 46 sélections pour 10 buts. En 2022, il est même élu joueur allemand de l’année. Wirtz, arrivé un peu plus tard, en septembre 2021, a déjà accumulé 48 sélections et 12 buts. Deux parcours parallèles, deux trajectoires ascendantes, et une même ambition : devenir le centre de gravité du jeu offensif.
Matthäus ne minimise pas leur importance. Pour lui, quand ils retrouveront leur meilleur niveau, ce seront probablement les deux meilleurs joueurs de la sélection. D’où ce paradoxe : devoir en laisser un sur le banc frise l’absurde. Et pourtant, c’est bien ce qui se profile dans les matches à haute tension.
Le fantôme de 1974
L’ancien capitaine de la Mannschaft replonge dans l’histoire. Ce genre de dilemme, le football allemand l’a déjà connu. En 1974, la question déchirait déjà les débats : Günter Netzer ou Wolfgang Overath ? Deux maîtres à jouer, un seul trône dans l’axe. L’équipe avait choisi son équilibre, quitte à laisser un génie sur le côté.
L’écho est évident. Aujourd’hui, les noms ont changé, pas le problème. Musiala ou Wirtz ? Créativité maximale ou compromis tactique ? Klopp devra trancher, comme ses prédécesseurs avant lui, avec une nuance de plus : la pression médiatique et l’obsession moderne pour faire cohabiter tous les talents.
Matthäus, lui, rêve d’une solution idéale. Il aimerait que Klopp puisse répondre un jour : « Musiala et Wirtz ». Les deux ensemble, au cœur du jeu, dans une équipe suffisamment structurée derrière pour encaisser ce choix audacieux. Mais son jugement final tombe, lucide, presque fataliste : il ne croit pas que cette option deviendra la norme lors de l’Euro 2028.
La Mannschaft avance donc vers son avenir avec un luxe rare : deux numéros 10 pour une seule chaise. Reste à savoir si Klopp osera casser le cadre pour les associer… ou s’il acceptera, comme en 1974, de sacrifier un génie pour gagner un tournoi.



